Le chef bloquiste Yves-François Blanchet réitère la nécessité de créer un « comité transpartisan » pour se pencher sur la nomination des juges à Ottawa, dans la foulée des révélations entourant les ministres Diane Lebouthillier et David Lametti au cours des derniers jours.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On a vu durant le régime Trudeau un ensemble d’écarts éthiques graves en matière de nomination des juges », a déclaré lundi M. Blanchet lors d’une mêlée de presse à Gaspé. Aux côtés de son candidat local, Guy Bernatchez, il a appelé à faire des gestes qui viendraient « assainir les mœurs » et mettre fin aux « zones d’ombre » et « aux coups de téléphone discrets » ; bref, aux nominations partisanes.

Selon le parti, ce nouveau comité transpartisan pourrait se pencher sur une « méthode allant […] appuyer exclusivement sur les qualifications des candidats à la magistrature ». « On veut un processus transparent, rigoureux et exempt de toute considération partisane », a soutenu M. Blanchet.

C’est à Gaspé que le chef bloquiste a choisi de faire cette annonce, dans la circonscription de la ministre libérale Diane Lebouthillier. Celle-ci s’est retrouvée en eau trouble vendredi, après que Le Journal de Québec a révélé qu’elle aurait « beaucoup insisté » sur la candidature du juge Damien St-Onge, donateur et organisateur libéral de sa campagne en 2015, dans Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine.

Le ministre de la Justice, David Lametti, était responsable de la nomination à l’époque. Selon les documents obtenus, il a entériné la nomination de M. St-Onge en 2019, et ce, malgré une recommandation plus favorable pour un autre candidat. Selon le Bloc, la ministre libérale Diane Lebouthillier n’a rien fait d’illégal en appuyant la nomination d’un juge, mais a fait un geste immoral et non éthique.

« Les juges, ce sont les électeurs »

L’affaire a pris de l’importance au cours du week-end. Dimanche, les conservateurs d’Erin O’Toole ont demandé au commissaire à l’éthique de tenir une enquête sur Justin Trudeau, Diane Lebouthillier et David Lametti. Les troupes d’Erin O’Toole disent avoir « des inquiétudes sur le fait que M. Lametti a procédé à une nomination judiciaire inappropriée, à la suite de pressions exercées par Mme Lebouthillier pour qu’il nomme le partenaire en droit d’un des donateurs et organisateurs politiques ».

Yves-François Blanchet, lui, a dit lundi vouloir s’en remettre « à des autorités plus hautes » que le commissaire à l’éthique, qui reste une « institution indépendante ».

On ne commande pas des enquêtes du commissaire à l’éthique comme on commande des pizzas. Moi, je m’en remets à des autorités plus hautes. Les juges, ce sont les électeurs de Gaspésie–Les Îles qui auront l’occasion de sanctionner le comportement de Mme Lebouthillier dans une semaine.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

« Des fois, t’as envie de dire : qu’est-ce que tu n’as pas compris ? », a-t-il aussi lancé, décochant une flèche directe vers Diane Lebouthillier. « Ça ne marche pas comme ça. Les juges sont au sommet de la pyramide du système judiciaire et chez les libéraux, on les nomme à travers un innommable copinage », a-t-il accusé.

« On traîne Mme Lebouthillier dans la boue »

Le Parti libéral a répliqué lundi que la ministre « ne savait même pas » que M. St-Onge était considéré pour la magistrature et qu’il y avait un choix entre lui et d’autres candidats.

Une fois que le ministre de la Justice procède à la nomination, il est prévu qu’il aille consulter et chercher des appuis parmi les autres membres du Conseil des ministres, a aussi précisé une source à l’interne, pour expliquer l’appui donné par Mme Lebouthillier. « On traîne Mme Lebouthillier dans la boue, on traîne un juge dans la boue, on traîne le ministre de la Justice dans la boue », s’est insurgé le porte-parole.

Le Parti libéral a rappelé que c’est le gouvernement Trudeau qui a réformé le processus de nomination des juges. « Dans ce cas-ci comme dans tous les autres, l’intégrité du processus a été respectée et aucune pression n’a été appliquée par qui que ce soit sur qui que ce soit », soutient-on dans une déclaration officielle. Le cabinet de Mme Lebouthillier a aussi nié les allégations, en indiquant que Damien St-Onge n’a pas été organisateur de campagne et que la ministre n’a pas de « lien particulier avec cette personne ».

Avec La Presse Canadienne