(Montréal) La Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) a fait son temps et il faut maintenant prévoir des mesures plus ciblées, si on ne veut pas aggraver la pénurie de main-d’œuvre, croit Gabriel Ste-Marie, candidat du Bloc québécois.

Publié le 1er sept. 2021
Stéphane Rolland La Presse Canadienne

« Le problème reste marginal », reconnaît M. Ste-Marie dans le cadre d’une série d’entrevues visant à discuter des programmes économiques des principaux partis. Il souligne que la PCRE était un programme nécessaire, qui avait l’appui du Bloc.

« Sauf que là, ce qu’on voit depuis quelques mois, c’est que les entreprises ont redémarré et le gouvernement continue à offrir la PCRE sans que ça soit ciblé. Donc là, on a des entreprises qui voudraient réembaucher des personnes en toute sécurité, mais le programme sert à encourager le chômage. »

M. Ste-Marie insiste pour dire que les travailleurs dans les industries plus durement frappées par la pandémie devraient pouvoir continuer d’obtenir une aide. Il souhaiterait cependant que la PCRE ne cible que ces secteurs en difficulté, comme l’aérospatiale, la culture et le tourisme, entre autres.

« Si on prend l’aérospatial, par exemple, on le sait bien que le pilote d’avion n’ira pas travailler dans un restaurant ou le technicien de la scène n’ira pas dans un chantier de construction. On veut garder cette expertise-là. »

Le Bloc reprend ainsi une demande formulée par les principales associations représentant le milieu des affaires québécois. La proposition a toutefois été critiquée par le Nouveau Parti démocratique (NPD) qui estime que les travailleurs qui choisissent la PCRE plutôt qu’un emploi le font en raison des mauvaises conditions de travail offertes par le recruteur.

« On ne veut pas que collectivement on s’endette pour payer quelqu’un à rester chez lui tandis que cette personne-là pourrait aller travailler en toute sécurité, répond M. Ste-Marie. Le mur-à-mur coûte de l’argent et est inefficace pour l’économie. »

Faciliter le travail des retraités

Pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre, Ottawa doit aussi revoir la prestation du Supplément de revenu garanti (SRG) afin de ne pas décourager les jeunes retraités qui souhaitent travailler. La prestation de retraite fédérale, qui vise les personnes touchant de faibles revenus de retraite, diminue rapidement lorsque les prestataires reçoivent un salaire.

Cette situation a été décriée à maintes reprises par plusieurs experts en fiscalité, qui estiment qu’elle empêche les retraités moins nantis d’améliorer leur situation financière sans être pénalisés.

Le candidat de Joliette, dans Lanaudière, dit avoir rencontré de jeunes retraités qui seraient prêts à travailler à temps partiel, mais qui sont découragés par la baisse de leur prestation de SRG. « Ils se font à peu près tout couper [l’équivalent du] salaire qu’ils gagnent. »

« Ça prend un incitatif pour les encourager à retourner au travail et s’ils y retournent, que ça soit payant, que ça ne soit pas juste du bénévolat », ajoute-t-il.

Le Bloc demande aussi des assouplissements au traitement des dossiers des travailleurs temporaires embauchés par les entreprises agricoles. « Il faut simplifier ça. Les agriculteurs font déjà des semaines de fou, mais ils doivent passer des heures à remplir des formulaires plusieurs mois en avance tandis que, la météo étant changeante, on ne sait jamais à quel moment la saison va commencer. »

Élargir l’assurance-emploi

La pandémie a démontré les faiblesses de l’assurance-emploi au Canada, ce qui a forcé la création de la PCU, l’ancienne PCRE. « C’est un peu illogique, car ce système devait être là pour les crises économiques », déplore le député sortant.

Le Bloc veut « mieux couvrir » les travailleurs, notamment les travailleurs autonomes et les travailleurs des industries saisonnières en région afin d’encourager l’occupation du territoire en région. « L’assurance-emploi ne joue plus son rôle depuis un certain nombre d’années. Ça doit être corrigé. »

Une bonification du régime d’assurance-emploi préoccupe cependant le milieu des affaires, particulièrement les petites entreprises. L’employeur paie 60 % des cotisations, contre 40 % pour les salariés. « Pour la pandémie, il faudra que le gouvernement éponge [le déficit de la caisse d’assurance-emploi]. Pour la suite, je sais que c’est un enjeu qui préoccupe les entreprises. Il faudra trouver un équilibre. »

La péréquation verte

Le parti souverainiste propose également la création d’une péréquation verte, qui viserait à reconnaître les efforts qu’ont faits les provinces, comme le Québec, afin de réduire leur émission de gaz à effet de serre.

Même si le prochain gouvernement est minoritaire, le Bloc peut-il vraiment convaincre Ottawa d’adopter cette mesure ? « On apporte des solutions innovantes et on continue à la porter, répond M. Ste-Marie. On croit qu’elle peut faire son chemin et que ça peut faire une différence. Quand la population va dire que c’est une bonne idée, peut-être que le gouvernement va la reprendre et l’idée aura été lancée par notre formation. »