Après la laïcité, c’est au fait français que le Bloc québécois a choisi de s’attarder mercredi. Son chef Yves-François Blanchet demande aux chefs « de ne pas entraver » l’application de la loi 101 au Québec, et à s’engager à faire appliquer celle-ci dans les organisations fédérales.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est une volonté unanime de l’Assemblée nationale, c’est aussi une volonté de tous les anciens premiers ministres du Québec, tous partis confondus. Et c’est évidemment un très large consensus au sein de la société québécoise », a expliqué M. Blanchet lors d’un point de presse à Montréal, en avant-midi.

Il affirme que le prochain gouvernement fédéral devra aussi « faire preuve de réserve et de retenue » avant de soutenir « d’éventuels adversaires » du projet de loi 96, qui a pour but « d’affirmer que la seule langue officielle du Québec est le français », en instant que c’est aussi sa « langue commune ». Le gouvernement Legault veut notamment faire inscrire cette affirmation dans la constitution canadienne, sans passer par les tribunaux, ce qui a soulevé l’ire des Verts fédéraux récemment. Chez les conservateurs, Erin O’Toole s’est engagé à appliquer la loi 101 dans les entreprises fédérales.

D’après M. Blanchet, « il faut faire du français comme on fait du multiculturalisme ». Il soutient ainsi que la Loi fédérale sur les langues officielles ne doit « simplement pas s’appliquer au territoire québécois, qui doit être le seul maitre d’œuvre de ses politiques linguistiques ». D’ailleurs, selon le bloquiste, la réforme de la Loi sur les langues officielles, proposée en juin par la ministre Mélanie Joly, « ne protège pas le français, mais bien le bilinguisme ». Elle remplace aussi l’application de la loi 101 « par des mesures qui assurent la protection de l’anglais au travail », a-t-il aussi accusé.

Le Canada a ses propres valeurs, et elles ont souvent tendance à être différentes des valeurs que nous partageons au Québec. Notre langue est le français, et nous ne croyons pas au multiculturalisme.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Si le Québec ne s’assure pas de l’intégration en français dans sa société, « non seulement on ne fait pas notre travail à l’endroit des gens qui veulent s’y installer, mais en plus on s’affaiblit nous-même comme nation », a persisté celui qui est aussi député de Belœil-Chambly.

À ses côtés, le député de La Pointe-de-l’île, Mario Beaulieu, n’a pas caché que « dans le cas de la langue, c’est sûr que la meilleure solution, ce serait l’indépendance du Québec ». « Mais d’ici ce temps-là, c’est crucial d’élire un Bloc québécois fort, au moment où on voit un déclin du français à Montréal », a-t-il dit.

Pourquoi le Bloc ?

Interrogé à savoir pourquoi les électeurs devraient voter pour le Bloc, si d’autres partis promettent les mêmes choses, M. Blanchet a répondu que le Bloc exerçait une influence à Ottawa. Il a déclaré que son parti était capable d’amener les autres à « endosser et récupérer » des propositions avantageuses pour le Québec.

« Sans l’adoption par le Parlement de nombreuses positions du Bloc québécois, le Québec se porterait moins bien », a-t-il affirmé. « C’est donc la démonstration que la plus intéressante formule pour les Québécois, c’est un Parlement minoritaire avec une forte présence d’élus du Bloc québécois. »

Au 18jour de la campagne électorale, M. Blanchet se trouvait à défendre non seulement la pertinence de son parti à Ottawa, mais aussi sa campagne sur le terrain. M. Blanchet mène actuellement une campagne sans beaucoup d’entrain, avec un minimum de rencontres avec des citoyens, et marquée de controverses qui auraient pu être évitées, aux yeux de plusieurs observateurs.

Il s’est toutefois défendu mercredi d’avoir perdu le contrôle de son message, assurant au contraire être « très content » de sa campagne et des idées mises de l’avant. Depuis deux jours, le chef bloquiste tente de ramener des enjeux comme la laïcité et la défense du français au cœur de la campagne. Il a par ailleurs promis de déployer une offensive publicitaire plus soutenue sur le web « au moment où l’attention des gens sera maximisée sur la campagne ».

Avec La Presse Canadienne