(Regina) Le chef conservateur Andrew Scheer assure qu’il compte rester à la tête de son parti malgré la défaite d’hier soir.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

« Je vais continuer comme chef. Nous sommes très contents de notre campagne même s’il est évident qu’on aurait aimé faire mieux », a-t-il lancé en point de presse à Regina.

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Car en dépit des résultats qui n’ont certes pas été la hauteur, il s’agit d’une « première étape pour remplacer Justin Trudeau », a-t-il argué.

Il a de nouveau déploré la désunion de la fédération, alors que les troupes bloquistes se sont imposées au Québec et que dans l’Ouest, le sentiment d’aliénation est grandissant.

« Quand je me suis entretenu avec Justin Trudeau hier soir, je l’ai exhorté de prendre acte de ces résultats significatifs et troublants », a relaté M. Scheer.

Et à qui, dans les provinces de l’Alberta, ont voté bleu en masse et sont en rogne contre le gouvernement en place à Ottawa, Andrew Scheer répond qu’il « croit au Canada ».

« J’entends votre frustration », a-t-il laissé tomber.


Le chef a reproché à Justin Trudeau d’avoir contribué au climat de division en passant la campagne à « diaboliser » des premiers ministres provinciaux comme Doug Ford.


Il est donc responsable du dénouement d’hier soir, a tranché le leader, qui s’est félicité d’avoir remporté plus de votes que son prédécesseur Stephen Harper en 2011.

Faire le plein en Alberta

Selon les données préliminaires d’Élections Canada, ils ont été 6 155 662 à jeter leur dévolu sur un conservateur en 2019, comparativement à 5 832 401 il y a huit ans.

Le plein de votes, l’équipe Scheer l’a fait dans les provinces de l’Ouest, notamment en Alberta, où plusieurs candidats ont eu le dessus avec des majorités substantielles.

Citons les cas de Chris Warkentin [Grand Prairie—Mackenzie, 84,2 %], Gerald Soroka [Yellowhead, 82,3 %] ou Earl Dreeshen [Red-Deer—Mountain View, 80,4 %].

Ainsi, plus de 20 % du nombre total de votes conservateurs provient des Albertains (1 413 360 appuis dans la province pétrolifère sur 6 155 662 à l’échelle nationale).  

Sinon, s’il est exact que sous Andrew Scheer, le nombre de votes est plus élevé que sous son prédécesseur, ce n’est pas vrai pour la proportion du vote (34,4 % contre 39,6 %).

À quand la chute ?

Comme il l’avait fait la veille dans son discours de défaite, Andrew Scheer s’est montré défiant à l’endroit de Justin Trudeau.

« Quand votre gouvernement tombera, les conservateurs seront prêts », a-t-il averti.

Il n’a pas voulu dire s’il s’opposerait systématiquement aux projets de loi libéraux – car il revient au premier ministre sortant de s’assurer que le travail se fasse au Parlement.

« C’est la responsabilité de Justin Trudeau de faire en sorte que les partis travaillent ensemble », a déclaré le leader conservateur lors de cette brève disponibilité média.

Plus de conservateurs, moins de Québécois

Les conservateurs se sont inclinés hier soir aux mains des libéraux après une campagne imprévisible que les deux partis ont passée au coude-à-coude dans les sondages.

Les banquettes conservatrices de la 43e législature seront en revanche plus garnies. En 2015, la délégation comptait 99 députés ; cette fois, il y aura 121 élus.

Les Québécois y seront présents en moins grand nombre, le parti d’Andrew Scheer n’ayant réussi à profiter de la baisse de la cote de popularité libérale dans la province.

Dix députés ont été élus hier comparativement à 12 en 2015.

Deux députés sortants conservateurs de la région de Québec, dont Sylvie Boucher, ont été évincés de leur siège par des bloquistes du hier soir.

« La démocratie a parlé », s’est résignée l’élue sortante, dont le départ signifie que seuls des hommes représenteront la bannière conservatrice pour le Québec.

La candidate défaite estime que le dossier de l’avortement a « probablement » nui aux chances conservatrices sur le sol québécois.

Invitée à se prononcer sur l’avenir d’Andrew Scheer à la barre du parti, Sylvie Boucher n’a pas souhaité répondre de manière catégorique.

« Je ne dis ni oui ni non. Mais c’est une discussion qu’on doit avoir [entre militants] », a-t-elle déclaré à La Presse.

Plusieurs partisans interrogés hier soir lors de la soirée électorale de Regina ont soutenu que le chef actuel méritait de demeurer aux rênes du parti.