Les mines étaient basses au rassemblement du Nouveau Parti démocratique (NPD) au Théâtre Plaza, rue Saint-Hubert.

Janie Gosselin Audrey Ruel-Manseau
LA PRESSE

Sur 15 députés néo-démocrates québécois sortants, le NPD n’a réussi à conserver qu’un siège dans la Belle Province. Un deuxième siège, dans Sherbrooke, n'était pas confirmé au moment de mettre en ligne. Une défaite cuisante après les 59 sièges acquis en 2011.

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Alexandre Boulerice, député sortant de Rosemont–La Petite-Patrie, a survécu à l’hécatombe néo-démocrate au Québec. Réélu hier pour un troisième mandat, il avoue qu’il a eu chaud.

« En début de campagne, oui, un petit peu plus. À la fin, avec les gens qui nous appelaient, les réactions dans la rue, le pointage, on était plus confiants. Mais on a travaillé jusqu’à la dernière minute », a admis M. Boulerice, conscient que le Bloc et les libéraux lui avaient chauffé les talons durant la campagne.

À l’échelle du Canada, 24 députés ont été élus sous la bannière orange. Ils étaient 39 à la dissolution du Parlement.

Seul représentant du NPD élu au Québec, Alexandre Boulerice, qui a obtenu plus de 42 % des voix, a tenu un discours aigre-doux lorsqu’il est monté sur scène pour s’adresser aux partisans.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Alexandre Boulerice

« C’est une soirée électorale assez spéciale. […] Je remercie l’ensemble des candidats du NPD qui nous ont rendus si fiers. Les résultats de ce soir en termes de sièges ne sont pas nécessairement ce qu’on a espéré. C’est la réalité, c’est aussi le mode de scrutin », a déclaré le candidat vedette et chef adjoint du NPD devant les quelques dizaines de partisans, bénévoles et autres candidats qui partageaient sa déception. Les néo-démocrates n’envisageaient pas une défaite aussi cuisante au Québec.

Je suis déçu [des résultats] au Québec. Je suis déçu. Je pensais qu’on aurait plus de sièges que ça.

Alexandre Boulerice, réélu dans la circonscription de Rosemont–La Petite-Patrie

« Il y a eu une remontée au cours de la campagne électorale, mais peut-être qu’on a manqué de temps un petit peu », a confié M. Boulerice à La Presse, ajoutant plus tard en mêlée de presse que le NPD avait peut-être fait « trop peu, trop tard » pour bien faire connaître son chef aux Québécois.

Alexandre Boulerice mettra le cap sur Ottawa pour un troisième mandat, mais pour la première fois sous un gouvernement minoritaire, avec lequel le NPD se dit prêt à négocier.

« La porte est ouverte, le dialogue est là, la main est tendue. Prenez l’image que vous voulez », a assuré M. Boulerice, précisant toutefois qu’il ne s’agirait pas d’une alliance inconditionnelle.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a adressé quelques mots aux Québécois dans un discours. « Nous n’allons pas laisser tomber le Québec. Je continuerai d’être présent au Québec » a-t-il dit, soulignant l’« accueil chaleureux » reçu dans la province.

Montréal aux libéraux

Le NPD comptait trois députés dans la région montréalaise au déclenchement de la campagne électorale, mais en a perdu deux, où de nouvelles recrues se présentaient, au profit des libéraux. Catheryn Roy-Goyette n’a pas réussi à se faire élire dans Hochelaga pour succéder à Marjolaine Boutin-Sweet. C’est la libérale Soraya Martinez Ferrada qui a remporté le scrutin. Dans Laurier–Sainte-Marie, une circonscription couvrant la majorité du Plateau Mont-Royal et une partie de Ville-Marie, la lutte s’annonçait serrée. La néo-démocrate Nimâ Machouf n’a pas réussi à garder le siège arraché à Gilles Duceppe en 2011 par Hélène Laverdière. L’écologiste libéral Steven Guilbeault a remporté la victoire.

Dans Outremont, la libérale Rachel Bendayan, élue lors d’une élection partielle l’hiver dernier après le départ de l’ancien leader du NPD Thomas Mulcair, a conservé son siège.

Le Bloc gagne les sièges

Propulsée à l’avant-scène lors de la vague orange qui a balayé le Québec en 2011, Ruth Ellen Brosseau a perdu son siège dans la circonscription de Berthier–Maskinongé, qui couvre des municipalités de Lanaudière et de la Mauricie, contre le bloquiste Yves Perron. D’abord perçue comme une simple « candidate poteau », la députée avait été tour à tour présidente du caucus néo-démocrate, leader du parti en Chambre et whip lors de son deuxième mandat. Elle était aussi porte-parole en matière d’agriculture et d’agroalimentaire pour la formation.

Le Bloc québécois a ravi la majorité des sièges néo-démocrates au Québec.

Dans la circonscription d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou, Jacline Rouleau espérait succéder au député sortant Romeo Saganash sous la bannière orange. La bloquiste Sylvie Bérubé a obtenu plus de voix.

Le bras droit de la députée sortante Christine Moore, Alain Guimond, espérait reprendre le flambeau de la néo-démocrate dans Abitibi-Témiscamingue. Lui aussi a subi une défaite importante au profit du Bloc québécois ; Sébastien Lemire a profité d’une confortable majorité.

Le député néo-démocrate dans Beloeil–Chambly, Matthew Dubé, a perdu contre le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Le Bloc a aussi remporté la circonscription de Rimouski–Neigette–Témiscouata–Les Basques avec Maxime Blanchette-Joncas, qui a défait le député sortant néo-démocrate Guy Caron.

Député sortant de Drummond, le néo-démocrate François Choquette a perdu contre le bloquiste Martin Champoux. Le Bloc a aussi remporté Jonquière, grâce à Mario Simard, défaisant la députée du NPD Karine Trudel. Dans Saint-Hyacinthe–Bagot, Brigitte Sansoucy a perdu contre le bloquiste Simon-Pierre Savard-Tremblay. La nouvelle candidate du NPD dans Salaberry–Suroît, Joan Gottman, n’a pas réussi à garder la circonscription orange. Claude DeBellefeuille, du Bloc, l’a emporté.

Louise Charbonneau, du Bloc, a remporté la circonscription de Trois-Rivières, où la lutte a été serrée entre les bloquistes, les libéraux et les conservateurs. Le député sortant du NPD Robert Aubin est arrivé quatrième.

À Sherbrooke également, la lutte était serrée. À 2 h 30, Élisabeth Brière, du Parti libéral, devançait le député sortant néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault par quelque 619 voix.

Des réélections

Jagmeet Singh, Burnaby-Sud (Colombie-Britannique)

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), élu en mars dernier lors d’élections partielles, a été reconduit. Il est devenu le leader du parti en octobre 2017, après le départ de Thomas Mulcair. Avocat criminaliste, l’homme de 40 ans a fait son entrée en politique provinciale en Ontario en 2011.

Charlie Angus, Timmins–Baie James (Ontario)

Le néo-démocrate entamera son sixième mandat comme député fédéral de la circonscription. Celui qui était porte-parole du NPD en matière d’éthique et de jeunesse autochtone a été élu pour la première fois en 2004.

Niki Ashton, Churchill–Keewatinook Aski (Manitoba)

Niki Ashton a été élue députée pour la première fois en 2008, à l’âge de 26 ans. Avant les élections, elle était porte-parole du NPD en matière d’emploi et de développement de la main-d’œuvre. Elle s’occupait également de réconciliation avec les peuples autochtones.

Des gains

Jack Harris, St. John’s-Est (Terre-Neuve-et-Labrador)

Candidat défait en 2015, Jack Harris a repris son siège hier dans la circonscription de St. John’s-Est. Il avait été élu pour la première fois à la Chambre des communes en 2008, sous la bannière néo-démocrate, avant de perdre sa circonscription en 2015 avec un écart de moins de 700 voix, au profit du libéral Nick Whalen. Entré en politique provinciale en 1987, il a été le leader du NDP de sa province durant 14 ans.

Leah Gazan, Winnipeg-Centre (Manitoba)

La candidate néo-démocrate Leah Gazan a défait le député libéral sortant Robert-Falcon Ouellette dans Winnipeg-Centre. Elle a participé à plusieurs mouvements sociaux, touchant notamment le droit des autochtones. Éducatrice et conseillère, la militante en droits de la personne a aussi participé à des luttes contre la violence faite aux femmes et l’itinérance.

Des pertes

Cheryl Hardcastle, Windsor–Tecumseh (Ontario)

La députée néo-démocrate Cheryl Hardcastle a perdu son siège au profit d’Irek Kusmierczyk, du Parti libéral, par un mince écart. Mme Hardcastle était députée depuis 2015, après avoir travaillé comme fonctionnaire durant de nombreuses années. Elle était notamment porte-parole du NPD en matière de sports et pour les personnes ayant des handicaps.

Tracey Ramsey, Essex (Ontario)

Députée depuis 2015, Tracey Ramsey briguait hier un second mandat pour le NPD. Elle était porte-parole de la formation politique en matière de commerce international. Elle a travaillé pour l’entreprise Ford durant 19 ans. C’est le conservateur Chris Lewis qui a remporté la circonscription ontarienne, avec une avance confortable.

Des déceptions

Svend Robinson, Burnaby-Nord–Seymour (Colombie-Britannique)

Opposé au projet d’oléoduc de Trans Mountain, Svend Robinson espérait faire un retour en politique après 15 ans passés loin des débats. Député du NPD de 1979 à 2004, il a été le premier élu fédéral à révéler publiquement son homosexualité, en 1988. Le député sortant du Parti libéral, Terry Beech, a conservé la circonscription.

Saranjit Singh, Brampton-Est (Ontario)

Les néo-démocrates espéraient une percée dans cette circonscription où le leader Jagmeet Singh a déjà eu un siège sur la scène provinciale. Finalement, le candidat Saranjit Singh a perdu contre le nouveau venu libéral Maninder Sidhu dans cette circonscription située dans le nord-ouest de Toronto.

— Janie Gosselin, La Presse