Alors que le scénario d’un gouvernement minoritaire semble de plus en plus inévitable, et devant une égalité persistante avec ses rivaux dans les sondages, Justin Trudeau a lancé un cri du cœur aux électeurs québécois. Il a en outre évoqué, pour la première fois de la campagne, la possibilité d’une victoire conservatrice.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

« Le 22 octobre, on pourrait se réveiller avec un gouvernement dirigé par Andrew Scheer », a-t-il admis ce mercredi matin au cours d’un long point de presse au Jardin botanique de Montréal.

Selon lui, « la seule façon » d’éviter cette avenue est de fédérer le vote libéral.

« J’ai besoin d’une délégation forte de Québécois », a-t-il ajouté, entouré d’une trentaine de candidats de la province.

À l’évidence, les voyants sont au rouge au Parti libéral. Le dernier sondage de la firme Angus Reid publié mardi conférait une légère avance aux conservateurs à l’échelle du pays. La situation est particulièrement difficile au Québec, où le Bloc québécois poursuit son irrésistible remontée, au point d’apparaître en tête des intentions de vote chez les Québécois. Ailleurs au pays, c’est le Nouveau Parti démocratique (NPD) qui gagne des points.

Justin Trudeau amorçait à Montréal un marathon de six passages dans des circonscriptions qui semblaient accessibles à son parti au début de la campagne, mais qui pourraient toutes lui filer entre les doigts le jour du scrutin. Après Hochelaga – Maisonneuve, circonscription néo-démocrate où se trouve le Jardin botanique, il aura visité Longueuil–Charles-LeMoyne, où la candidate libérale Sherry Romanado est menacée, en plus de Belœil–Chambly, Saint-Hyacinthe–Bagot, Drummond et Sherbrooke, qui ont toutes voté NPD en 2015. Ces six circonscriptions pourraient échoir au Bloc le 21 octobre prochain.

À Montréal, les ministres sortants Diane Le Bouthillier, Mélanie Joly et Jean-Yves Duclos, de même que le candidat Steven Guilbeault, ont tous précédé M. Trudeau au micro pour vanter le bilan libéral et tendre la main aux électeurs québécois.

« On a besoin de vous au gouvernement », a résumé Mme Le Bouthillier, candidate dans Gaspésie–Les-Îles-de-la-Madeleine.

Ajustement

En ce 36e jour de campagne, la stratégie libérale a visiblement été ajustée pour contrer la menace bloquiste.

Après avoir passé cinq semaines à brandir l’épouvantail de l’ex-premier ministre conservateur Stephen Harper, les libéraux lui associent désormais le Bloc québécois, qui souhaite obtenir la balance du pouvoir.

« Pendant que les conservateurs faisaient des coupures, c’est le Bloc qui avait la balance du pouvoir. Qu’ont-ils fait pour contrer les coupures ? Ils n’ont rien fait », a fait valoir Steven Guilbeault, en référence aux deux courts gouvernements minoritaires dirigés par Stephen Harper de 2006 à 2008 puis de 2008 à 2011.

Justin Trudeau en a rajouté sur le Bloc, affirmant que les Québécois « n’ont pas besoin de lutter contre un gouvernement qui est d’accord » avec eux.

Sans jamais nommer le NPD dans son discours, le chef libéral a par ailleurs appelé les électeurs à voter pour « un gouvernement progressiste, et non une opposition progressiste », réponse évidente au nouveau slogan néo-démocrate « les progressistes, c’est nous », dévoilé la veille.

Même s’il se dit d’accord avec plusieurs idées du Bloc, du NPD et du Parti vert, M. Trudeau veut positionner son parti comme le seul susceptible de former « un gouvernement fort ».

Mardi, Andrew Scheer a allongé sa liste de promesses adressées aux Québécois et aux francophones. Après avoir promis à la province de lui accorder plus de pouvoirs en immigration, voilà qu’il promet la création d’un tribunal des langues officielles et une réforme de la loi sur les langues officielles. En tout début de campagne, le NPD a pour sa part promis des pouvoirs accrus en environnement, notamment.

Interrogé par un journaliste de CBC sur les engagements spécifiques qu’il adressait aux Québécois, Justin Trudeau a répété qu’il comptait poursuivre sa lutte contre les changements climatiques, un enjeu pour lequel le Québec et la Colombie-Britannique « avaient fait plus que leur part » à ce jour. Il a par contre accusé son adversaire Andrew Scheer de mener la campagne « la plus sale et la plus négative de l’histoire du pays. »