(Ottawa) La loi québécoise sur la laïcité de l’État s’est rapidement invitée dans le débat en anglais alors que le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a été forcé de clarifier les raisons pour lesquelles il n’a « pas eu le courage de se battre » contre la Loi 21, puisqu’il porte lui-même des signes religieux.  

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
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La question a ouvert le second thème du débat : « polarisation, droits de la personne et immigration ». Le leader néo-démocrate a réaffirmé qu’il s’oppose à la loi québécoise comme à toutes celles « qui divisent la population » mais a poursuivi en jouant la carte de la défense des valeurs progressistes, que partagent aussi les Québécois.

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Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui participe ce soir à son premier débat dans la langue de Shakespeare, n’a pas tardé à répliquer à M. Singh, lui rappelant « que 70 % des Québécois appuient » la Loi 21. Jagmeet Singh a piqué le leader bloquiste au vif en soutenant que cette loi « dit aux gens qu’ils ne peuvent occuper un emploi en fonction de leur apparence (the way they look) ».

« Ce que vous dites n’est pas vrai, vous savez que ce n’est pas vrai et c’est complètement faux », a répondu M. Blanchet du tac au tac. Le chef libéral, Justin Trudeau, en a rajouté, se disant surpris qu’un leader comme M. Singh, qui a défendu la discrimination toute sa vie, n’ait pas laissé la porte ouverte à une contestation judiciaire s’il est élu.

« Je suis le seul sur cette scène qui a dit : oui, un gouvernement fédéral pourrait avoir à intervenir devant les tribunaux pour protéger le droit des minorités », a-t-il lancé.

Scheer tire à boulets rouges


Pour sa part, le chef conservateur Andrew Scheer a tiré à boulets rouges sur son adversaire libéral Justin Trudeau dès sa première prise de parole : dans une charge à fond de train, il l’a taxé de « phony » et d’« imposteur », qui ne mérite pas de « gouverner ce pays ».

S’il avait commencé le Face-à-Face de TVA sur la défensive, mercredi passé, il a amorcé celui en anglais avec une vigoureuse tirade à l’intention du premier ministre sortant, en réponse à la question d’un électeur sur la polarisation sur la scène internationale.

« Je me tiendrai toujours debout pour le Canada et les intérêts des Canadiens, défendre le libre-échange et nos intérêts partout dans le monde. Mais Justin Trudeau, lui, ne fait que prétendre se tenir debout pour les Canadiens », a balancé M. Scheer sur le plateau du débat au Musée canadien de l’histoire, à Gatineau.

PHOTO JUSTIN TANG, AGENCE FRANCE-PRESSE

Justin Trudeau et Andrew Scheer

« Il n’arrive même pas à se souvenir combien de fois il a porté le blackface, parce que le fait est qu’il porte toujours un masque. Il met un masque de réconciliation et ensuite congédie la première femme autochtone procureure générale. Il met un masque de féministe, puis chasse deux députées qui ne voulaient pas de la corruption », a-t-il dit.

« M. Trudeau, vous êtes un “phony”, vous êtes un imposteur, et vous ne méritez pas de gouverner ce pays », a conclu Andrew Scheer dans sa toute première intervention de cette joute oratoire en anglais. Il a ainsi résumé en l’espace de quelques secondes une série de reproches qu’il formule depuis des mois à l’intention de Justin Trudeau.

À ses côtés, le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a accusé l’ensemble de ses adversaires d’être des « globalistes ». Sa formation, a-t-il lancé, est la seule qui « mettra le Canada en premier » plutôt que de miser sur la conquête d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Maxime Bernier et Yves-François Blanchet

Lorsqu’est venu son tour de parole, Justin Trudeau a profité de sa réponse à M. Bernier pour décocher une flèche à son principal rival, Andrew Scheer, affirmant que le chef du Parti populaire du Canada avait au moins le mérite de dire tout haut ce que M. Scheer dit en privé.