(OTTAWA) Le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique sont aux antipodes sur l’échiquier politique. Ils épousent des positions différentes sur les finances publiques, le libre-échange, l’environnement et le système de justice, notamment. Mais depuis quelques jours, ils parlent d’une même voix pour dénoncer les libéraux de Justin Trudeau qui, selon eux, volent leurs idées durant la campagne électorale.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

« Le plan de Justin Trudeau pour la présente élection est de copier les idées d’Andrew Scheer », a tonné récemment sur son compte Twitter Marc-André Leclerc, chef de cabinet du leader conservateur et directeur adjoint de la campagne nationale du Parti conservateur.

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, accompagné de quelques candidats libéraux, en marge de la marche pour le climat qui s’est tenue avant-hier à Montréal

« Ils volent nos idées pour voler nos votes. Mais ils ne les réalisent jamais après. C’est un vieux truc libéral, tout ça », s’indigne pour sa part le député sortant du NPD dans Rosemont–La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice.

« Les libéraux sont en panne d’inspiration. Ils n’ont pas un bilan particulièrement reluisant. Ils ont deux ou trois bons coups et beaucoup de promesses brisées. Ils essaient donc de grappiller des idées à droite et à gauche pour essayer de se forger une identité », ajoute M. Boulerice, lieutenant politique du chef néo-démocrate Jagmeet Singh au Québec.

Le Parti libéral rejette d’un revers de main ces accusations. « Cela fait des mois que l’on travaille sur notre programme. On n’a pas commencé la semaine dernière. C’est ridicule », a soutenu une source libérale.

Nous ne prenons aucune leçon du plan conservateur visant à faire reculer notre pays.

Pierre-Olivier Herbert, porte-parole de la campagne libérale

Mais en examinant les pièces à conviction soumises par le Parti conservateur et le NPD au cours des derniers jours, un électeur pourrait être tenté de leur donner raison tant il y a des similitudes entre ce qu’ont annoncé ces deux partis depuis le début de la campagne et ce que proposent les libéraux.

Des exemples

1. Dans les heures qui ont suivi le déclenchement des élections fédérales, le 12 septembre, Andrew Scheer a promis de rendre les prestations de maternité et les prestations parentales payées à même le compte de l’assurance-emploi libres d’impôt en offrant un crédit d’impôt non remboursable de 15 %. Cinq jours plus tard, Justin Trudeau a proposé de rendre non imposables à la source les prestations de maternité et les prestations parentales.

2. Le 15 septembre, le chef conservateur a promis de réduire le fardeau fiscal des contribuables en faisant passer graduellement le taux d’impôt fédéral applicable aux revenus inférieurs à 47 630 $ de 15 % à 13,75 % (une mesure qui coûterait au fisc 5,9 milliards de dollars en 2023-2024). Une semaine plus tard, les libéraux ont annoncé une réduction comparable (5,9 milliards) du fardeau fiscal de la classe moyenne, mais en fixant à 15 000 $ le montant personnel de base à partir de 2023 (une hausse de 2 000 $) pour les contribuables qui gagnent moins de 147 000 $ par année.

3. Le 25 septembre, Andrew Scheer a annoncé qu’il mettrait sur pied un crédit d’impôt de 20 % pour « les rénovations écoresponsables ». Le programme d’une durée de deux ans viserait à encourager les propriétaires à rénover leur maison (jusqu’à concurrence de 20 000 $) afin de réduire leurs factures énergétiques et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES). Le même jour, Justin Trudeau a annoncé qu’un gouvernement libéral réélu offrirait aux propriétaires de maison ou d’immeuble un audit énergétique gratuit et un prêt sans intérêt pouvant atteindre 40 000 $ remboursable sur 10 ans pour faire des rénovations.

4. La veille, le chef libéral avait proposé de réduire le taux d’imposition de moitié pour les petites entreprises (de 9 % à 4,5 %) et les grandes sociétés (de 15 % à 7,5 %) qui mettent au point et fabriquent des technologies neutres en carbone — une mesure qui ressemble à s’y méprendre à une proposition des conservateurs dans leur plan vert dévoilé en juin.

5. Quant au NPD, il milite depuis des années pour la création d’un régime national d’assurance médicaments. Le chef du parti, Jagmeet Singh, a promis d’investir 10 milliards dès la première année d’un gouvernement néo-démocrate. Justin Trudeau a pour sa part annoncé qu’il voulait investir 6 milliards pour jeter les premières bases d’un tel régime s’il obtient un second mandat.

6. Le chef libéral s’est engagé la semaine dernière à réduire de 25 % la facture de la téléphonie cellulaire en encourageant une plus grande concurrence. Le NPD parle depuis des mois de son intention de réduire les frais de télécommunications ; au début de la campagne, Jagmeet Singh a promis d’imposer un plafond aux prix mensuels des forfaits de communications sans fil pour les rendre comparables à la moyenne des pays de l’OCDE.

7. Enfin, le NPD d’abord et le Parti libéral ensuite ont dit avoir l’intention de s’attaquer à la spéculation immobilière en imposant des taxes pour les acheteurs étrangers.

En plus d’avoir des propositions qui s’apparentent à celles des autres partis, les troupes de Justin Trudeau ont modifié, toute la semaine, leurs affiches qui sont installées devant le lutrin du chef libéral. Au lieu du traditionnel rouge — la couleur du Parti libéral —, ces affiches sont passées au vert — la couleur du Parti vert — en cette semaine où le dossier des changements climatiques a dominé les manchettes.

Les libéraux ont d’ailleurs fait l’objet de vives critiques, cette semaine, en promettant que le Canada non seulement dépasserait les objectifs de réduction des émissions de GES découlant de l’accord de Paris en 2030, mais serait carboneutre en 2050, sans donner le moindre détail quant aux mesures qu’ils préconisent pour y arriver. La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a fait sourciller plus d’un observateur en déclarant : « Avons-nous tous les détails ? Non. Nous allons y arriver, mais la première chose que nous devons faire, c’est de passer au travers de cette élection. »

Réaction du néo-démocrate Alexandre Boulerice : « Les libéraux sont maintenant en train de voler des idées au Parti vert […], ils ont zéro plan pour y parvenir. Hey, dude ! Tu viens d’acheter un pipeline pour tripler sa production et tu veux être carboneutre en 2050. Ça ne marche pas, ça ! »