(Toronto) Elle a piloté la renégociation de l’ALENA avec le voisin protectionniste. Elle s’est posée en défenseuse du multilatéralisme. D’aucuns la voient déjà succéder un jour à Justin Trudeau au poste de premier ministre.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Attablée dans la cour arrière de sa résidence de Toronto, où elle reçoit La Presse par un après-midi ensoleillé, la ministre sortante des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, ne manifeste pas le désir de lever le voile sur ses ambitions politiques.

En revanche, elle parle des commentaires « faciles à faire » sur Donald Trump, des permis d’exportation de matériel militaire en Arabie saoudite et des deux Michael toujours détenus en Chine.

Résumé de l’entretien en quelques points.

La destitution de Trump

Jeudi soir, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a lancé – en plaisantant, a-t-il précisé – qu’il espérait la destitution du président américain Donald Trump. On ne surprendra pas Mme Freeland à formuler de tels propos.

« En tant que ministre des Affaires étrangères, je ne peux pas me permettre des commentaires qui sont peut-être faciles à faire, mais qui ne sont pas dans l’intérêt national », plaide l’ancienne journaliste, tout juste rentrée de la marche pour le climat de Toronto, où elle est allée avec son fils Ivan.

Pendant la campagne électorale aux États-Unis, en 2016, l’ambassadeur du Canada à Washington, David MacNaughton, a dit à l’ensemble du caucus que c’était un processus interne et que nous ne devions pas faire de commentaires. Quand on a vu les résultats, j’ai vraiment compris la sagesse de cette suggestion.

Chrystia Freeland, ministre sortante des Affaires étrangères

Quid des exportations à Riyad ?

Près d’un an après son déclenchement, la révision des permis d’exportation d’armes vers l’Arabie saoudite est toujours en cours. Et la ministre sortante refuse de dire si le verdict tombera d’ici le scrutin.

Le gouvernement Trudeau a annoncé le 25 octobre dernier, dans la foulée du meurtre du journaliste dissident Jamal Khashoggi par des sbires liés à l’entourage du prince héritier Mohammed ben Salmane, que les permis seraient scrutés à la loupe.

Depuis, pas de nouvelles. Les Canadiens en auront-ils avant de déposer leur bulletin dans l’urne, le 21 octobre prochain ? « On verra », se contente de dire Mme Freeland, se défendant bien de n’avoir pas bougé.

Ce n’est pas vrai que rien n’a été fait. On a fait une chose très concrète : pendant la révision, on a décidé de ne pas signer de nouveaux permis d’exportation. C’est quelque chose d’important, et c’est un signe que l’exercice est sérieux.

Chrystia Freeland, ministre sortante des Affaires étrangères

Le Canada a aussi tenté d’obtenir la libération du blogueur saoudien Raif Badawi, qui croupit toujours dans une geôle du royaume. Alors qu’elle était à Sherbrooke, mercredi dernier, la ministre sortante a visité sa femme, Ensaf Haidar.

Les deux Michael en Chine

Les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, arrêtés à Pékin en décembre dernier, se trouvent eux aussi encore derrière les barreaux.

Passeront-ils un deuxième Noël sous les verrous alors que la directrice financière de la société chinoise de télécoms Huawei, Meng Wanzhou, de son côté, attend de connaître son sort dans une demeure cossue de Vancouver ?

« Je ne fais pas de prédictions. Mais on continue d’expliquer que la détention de Mme Meng n’est pas politique et qu’elle jouit de tous les droits inhérents à notre système judiciaire […] Je suis fière de ça ! C’est une démonstration que Canada est une vraie démocratie. »

Et le poste de premier ministre ?

« Nous avons un excellent premier ministre. Et je suis plus vieille que lui. »