Elle compte un million de personnes de plus qu’en 2013. Un revirement historique. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde. Une étude inédite de La Presse-Statistique Canada.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Revirement historique

Justin Trudeau et son équipe en ont fait une obsession. Tous les budgets depuis les élections de 2015 ont martelé à quel point le Parti libéral voulait « bâtir une classe moyenne forte ».

Cette maxime se voulait leur moteur économique, en plus d’être électoralement payante, puisqu’une très grande partie de la population se considère comme dans la classe moyenne, à tort ou à raison.

Or, la classe moyenne a effectivement repris du poil de la bête, en particulier parmi les familles. Son accroissement des dernières années constitue même un revirement historique, selon une étude inédite de La Presse-Statistique Canada. Mais tous n’y gagnent pas au change : cette classe sociale s’est élargie grâce à l’amélioration du sort des familles moins nanties, mais aussi en raison du déclin de ménages aisés, notamment dans l’ouest du pays (voir onglet 4).

Le déclin de la classe moyenne dans certains pays, notamment aux États-Unis, est un grand sujet de préoccupation. Elle témoigne de l’accroissement des inégalités et peut conduire à des tensions sociales ou politiques. La montée de la droite ou de la gauche populiste en serait une conséquence.

Selon nos résultats, la proportion des Canadiens qui se situaient dans la classe moyenne se chiffrait à 41,9 % en 2017 (plus récentes données disponibles). Il s’agit d’une hausse appréciable par rapport à 2013 (40,4 %), alors que ce groupe atteignait un creux en quatre décennies au Canada (1).

La remontée récente ramène le Canada au niveau où il se situait en 1997, il y a 20 ans. Et elle reflète une diminution des inégalités au Canada.

Concrètement, plus de 1,1 million de Canadiens se sont ajoutés à la classe moyenne entre 2013 et 2017.

Notre étude compare la distribution des revenus après impôts des ménages depuis 1993, fixant les seuils de la classe moyenne entre 75 % et 150 % du revenu médian. Elle tient compte notamment des avantages fiscaux pour les familles. Selon ces paramètres, un couple avec deux enfants est dans la classe moyenne canadienne si ses revenus après impôts se situent entre 63 675 $ et 127 350 $.

Le Québec à un sommet

Au Québec, selon notre étude, jamais la classe moyenne n’a été aussi importante depuis que nos données comparables sont disponibles (1993) (2). La proportion atteint 47,4 % en 2017, ce qui est nettement plus haut que la moyenne canadienne de 41,9 %.

Cette proportion est en rebond par rapport au creux québécois de 2014 (45,8 %) et un écart significatif par rapport à 1993, il y a un quart de siècle (46,5 %). En clair, entre 2014 et 2017, ce sont quelque 222 000 Québécois de plus qui ont accédé à la classe moyenne, répartis dans plus de 100 000 ménages, soit l’équivalent de la ville de Longueuil.

Cela dit, Justin Trudeau et son ministre des Finances, Bill Morneau, ne peuvent se targuer d’être les seuls responsables du revirement. Le rebond a commencé en 2014, soit avant l’élection du Parti libéral, en octobre 2015.

La hausse de la proportion des Canadiens dans la classe moyenne a poursuivi son ascension en 2016 et 2017, soit après le changement de la grille d’impôts fédérale. L’équipe Trudeau, rappelons-le, a haussé les impôts des mieux nantis et réduit ceux de la classe moyenne, en plus d’instaurer la nouvelle Allocation canadienne pour enfants (ACE).

La création d’emplois exceptionnelle de 2015 à 2017 a vraisemblablement contribué à changer la distribution des revenus entre les classes, peut-être davantage que les mesures fiscales.

La création d’emplois a probablement aidé la croissance de la classe moyenne, en permettant à des gens moins nantis d’avoir de meilleurs revenus, notamment chez les immigrants.

Hélène Bégin, économiste du Mouvement Desjardins

Le bond particulier du Québec s’explique par la poussée particulièrement forte de l’emploi, mais aussi par la baisse importante des impôts sous le gouvernement Couillard, entre autres. En 2017, les Québécois payaient quelque 2,0 milliards de moins en impôts provinciaux qu’en 2014.

L’Allocation canadienne pour enfants du gouvernement Trudeau, entrée en vigueur en 2016, a visiblement eu des effets importants. Selon l’étude de La Presse-Statistique Canada, un plus grand nombre de familles se retrouve maintenant dans la classe moyenne. Ainsi, la part des couples avec enfants faisant partie de la classe moyenne atteint 47 % au Canada, soit un bond de 2,4 points de pourcentage depuis le creux de 2013.

Cette hausse est nettement plus importante que celle pour les couples sans enfants (gain de 1,0 point) ou pour les personnes seules (0,1 point). Et, fait à préciser, l’augmentation de 2,4 points s’est faite entièrement par la baisse de la proportion des familles pauvres, celles qui gagnent moins de 75 % du revenu médian ajusté. Cette hausse est survenue principalement en 2016 et en 2017, ce qui semble confirmer l’impact des prestations fiscales du gouvernement Trudeau, notamment.

Le père de famille Jean-Michel Gosselin, de la Gaspésie, en sait quelque chose. « Ça aide beaucoup. Il faut acheter des couches, du lait, du linge. Ça couvre surtout ça », dit le jeune ingénieur de la Gaspésie, qui a trois jeunes enfants avec sa conjointe Michelle Henley.

Un déclin de la classe moyenne est synonyme d’un accroissement des inégalités, ce qui peut créer des tensions sociales. Son affaiblissement peut aussi nuire à l’économie, puisque les ménages de ce groupe dépensent une très grande partie de leurs revenus, bien davantage que les plus riches.

Selon l’économiste François Delorme, l’accent mis par le gouvernement Trudeau sur la classe moyenne depuis 2015 « avait surtout pour but de favoriser la croissance économique, dans une période où l’économie allait plus ou moins bien. Aujourd’hui, avec une économie qui roule à fond de train, l’argument est moins valable, même s’il demeure politiquement payant », dit-il.

Quoi qu’il en soit, la fiscalité joue un rôle déterminant. La classe moyenne fond de 7 points de pourcentage au Québec, à 40 %, lorsqu’elle est mesurée avant impôts et mesures fiscales, selon l’étude de 2014 des chercheurs François Delorme et Luc Godbout.

Dit autrement, le système fiscal canadien – et encore davantage le système québécois – contribue à élargir la classe moyenne, et ses paramètres constituent donc des choix économiques et politiques.

— Avec la collaboration de Fanny Lévesque

(1) Notre étude et celles d’autres chercheurs ont constaté un déclin de la classe moyenne au Canada depuis les années 70, au moins, soit il y a plus de 40 ans. Voir l’étude de l’OCDE de 2019 (nous avons obtenu des données complémentaires de l’organisme) et celle de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

(2) Des données remontent jusqu’à 1982, mais le fichier de Statistique Canada tiré des déclarations de revenus des Canadiens repose sur une méthodologie plus uniforme et comparable depuis 1993. Pour notre étude, nous avons obtenu une collaboration exceptionnelle de Statistique Canada, notamment de Dominique Pinard et de François Forget, de la division de la statistique du revenu.

Ce qui définit la classe moyenne

Pour notre étude, nous avons opté pour une définition courante de la classe moyenne, soit le groupe touchant entre 75 % et 150 % du revenu médian.

En 2017, ce revenu médian après impôts (et incluant donc les avantages fiscaux pour les enfants) était de 42 450 $ au Canada. Une personne seule devrait donc gagner, après impôts, entre 31 800 $ (75 %) et 63 700 $ (150 %) pour en faire partie.

L’étude tient compte de la taille des ménages (vivre seul coûte proportionnellement plus cher qu’en couple, par exemple, entre autres pour le logement). Ainsi, le seuil de revenu médian a été ajusté par Statistique Canada en multipliant par la racine carrée du nombre de personnes par ménage.

Pour une famille de trois, par exemple, le revenu médian de 42 450 $ est multiplié par 1,73 et passe donc à 73 525 $, avec une fourchette allant de 55 144 $ à 110 288 $. Pour une famille de quatre, la fourchette va de 63 700 $ à 127 400 $, après impôts et déductions.

Nous avons aussi fait l’analyse avec une fourchette de 75 % à 200 % du revenu médian, comme le font certains chercheurs, ce qui a pour effet d’élargir la classe moyenne. Nous avons également mesuré la classe moyenne en prenant les revenus médians de chacune des provinces, plutôt que l’unique revenu médian canadien. Dans les deux cas (75 %–200 % ou revenus médians provinciaux), la taille de la classe moyenne de chaque province et les tendances historiques sont très semblables et ne changent pas nos conclusions.

La parole aux familles

Certains avaient déjà des enfants à l’élection du gouvernement libéral, d’autres sont devenus nouveaux parents depuis. Les quatre années au pouvoir de Justin Trudeau ont-elles eu une influence sur leur quotidien et leur qualité de vie ? La Presse est allée à leur rencontre. 

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Marie-Josée Destroismaisons, Carl-Maurice Lévesque et leurs deux fils, Justin et Antoine

Marie-Josée Destroismaisons
38 ans, conseillère en formation scolaire dans une commission scolaire

Carl-Maurice Lévesque
34 ans, chef de division sports et événements dans une municipalité

Justin, 4 ans, et Antoine, 1 an

Lieu de résidence : Saint-Bruno-de-Montarville

Parents de deux jeunes enfants, Marie-Josée et Carl dressent un bilan partagé du mandat libéral par rapport à l’effet sur leur famille.

« Je dirais que notre situation n’a pas changé », lancent-ils.

Leur premier enfant est né un peu avant les élections de 2015, si bien qu’ils ont pu ressentir l’effet de la bonification de l’allocation familiale (de 95 $ à 160 $ par mois). « En contrepartie, les frais de garde en CPE ont doublé avec les libéraux provinciaux, de 7 $ à 15 $ par jour », souligne le couple, qui trouve cette situation « frustrante » : « On nous en enlève au provincial pour nous en donner plus au fédéral. » À leurs yeux, ce sont bien davantage les aménagements offerts par leurs employeurs (retour au travail progressif après le congé de maternité, horaires compréhensifs, etc.) qui ont facilité leur vie.

Cela n’empêche pas le duo de voir chez les libéraux le parti qui place la classe moyenne le plus au centre de ses préoccupations. Il redoute toutefois « une campagne de marketing auprès des électeurs [plutôt] qu’une réelle économie dans [ses] poches ».

Établie dans une ville « relativement aisée » et installée dans une petite maison de plain-pied, la famille se reconnaît dans la notion de classe moyenne. Malgré un voyage par année – « mais pas en avion ! » – et des sorties familiales hebdomadaires, ils affirment : « Nous avons une certaine discipline financière et ne vivons pas au-dessus de nos moyens. »

— Simon-Olivier Lorange, La Presse

PHOTO GABRIEL BÉLAND, LA PRESSE

Myriam Bouchard-Richard, Claudine Garneau et leur fils Édouard Garneau

Myriam Bouchard-Richard
Conseillère pédagogique

Claudine Garneau
Gestionnaire de CPE

Un garçon, Édouard Garneau, 7 ans

Lieu de résidence : Québec

Claudine et Myriam se considèrent-elles comme de la classe moyenne ? « Oui, classe moyenne confortable », précise Myriam Bouchard-Richard. La famille de trois, qui habite le centre-ville de Québec, n’a pas vu de changement particulier à ses finances dans les quatre dernières années. Rien de majeur, en provenance d’Ottawa, ne semble avoir modifié son budget. Ce que les deux femmes remarquent, par contre, c’est « que le climat social a changé ». « J’ai remarqué ce qui a été fait de bien au fédéral en ce qui a trait aux diversités tant sexuelles que culturelles dans le domaine de l’éducation », dit Myriam, conseillère pédagogique. 

Pour avoir leur vote, que devront faire les partis fédéraux ? Des baisses d’impôt seraient bien, mais ne sont pas, pour elles, la priorité. « La priorité, c’est l’aide aux familles, l’aide aux enfants, notamment ceux qui en ont vraiment besoin », explique Claudine Garneau, qui travaille en CPE. Myriam, elle, rêve d’un parti capable de « travailler avec les autres partis, en étant respectueux et à l’écoute des idées novatrices ».

— Gabriel Béland, La Presse

PHOTO STÉPHANIE GRAMMOND, LA PRESSE

Guillaume Bédard, Jaime Graves et leurs deux filles

Guillaume Bédard
Entrepreneur en technologie de l’environnement

Jaime Graves
Ingénieure géologue

Deux filles, Amelia Florence et Béatrice

Lieu de résidence : Calgary, Alberta

Guillaume Bédard ne s’en cache pas : « Je considère qu’on a une qualité de vie exceptionnelle », affirme le résidant de Calgary, qui se situe dans la classe moyenne supérieure.

« C’est sûr qu’en Alberta, on a connu une correction. Mais ça n’a rien à voir avec le fédéral », enchaîne l’entrepreneur, qui se plaint surtout de la réforme Morneau. « Ça m’a donné un coup dans les genoux, solide. Je ne peux plus fractionner mes revenus. Ça a appauvri ma famille », déplore-t-il.

Mais il se réjouit de l’initiative fédérale qui a apporté 4,5 millions de dollars sur trois ans à sa garderie francophone Pomme de Reinette. « Ce programme a permis d’ouvrir des places en garderie pour la petite enfance, mais également de réduire les frais de plus de 500 $ par mois, par enfant », explique M. Bédard, qui donne la note de A+ aux libéraux pour l’amélioration de la qualité de vie des jeunes familles.

À son avis, Justin Trudeau reste le mieux placé pour aider la classe moyenne. « Il a 47 ans, trois enfants et vient du milieu de l’éducation », rappelle-t-il. Les libéraux auront son vote… à moins que le spécialiste des technologies de l’environnement ne se laisse tenter par le Parti vert.

— Stéphanie Grammond, La Presse

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Jean-Philippe Gosselin, Michelle Henley et leurs trois enfants

Jean-Philippe Gosselin
35 ans, ingénieur civil

Michelle Henley
31 ans, caissière chez Desjardins

Trois enfants en bas âge (4 ans, 2 ans et un poupon de 1 mois)

Lieu de résidence : Sainte-Anne-des-Monts, (Gaspésie), Québec

Jean-Philippe Gosselin et Michelle Henley ont commencé à fonder leur famille au cours de la première année du gouvernement Trudeau. Trois enfants sont nés depuis 2015. Le petit dernier a tout juste 1 mois. Le couple de la Gaspésie affirme avoir pu observer les effets positifs de l’Allocation canadienne aux enfants.

« Ça aide beaucoup », confie le jeune père de famille, saluant ce qu’il voit comme un coup de pouce supplémentaire. Avec trois enfants en plus, le couple Gosselin-Henley ne se dit d’ailleurs pas plus pauvre qu’en 2015, notamment grâce aux allocations fédérale et provinciale.

M. Gosselin, ingénieur civil de formation, remarque également que l’économie roule bien en Gaspésie et que le travail est au rendez-vous. Une situation à laquelle n’est pas étrangère, croit-il, l’action des deux ordres de gouvernement.

« On sent que les gouvernements investissent beaucoup […] Je suis dans l’industrie de la construction et il y a du travail en masse. Je pourrais faire deux fois les heures que je fais et il y en aurait encore », dit-il.

Maintenant qu’il est parent, le jeune couple promet de prêter une oreille plus attentive aux promesses des partis politiques fédéraux. Son choix n’est pas fait pour le 21 octobre prochain. 

— Fanny Lévesque, La Presse

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Bruno Paquette, Catherine Schommer et le petit Thomas

Catherine Schommer
37 ans, archiviste

Bruno Paquette
37 ans, directeur analyste d’affaires

Thomas Paquette, 13 mois

Lieu de résidence : Terrebonne

Comme bien des familles, les Schommer-Paquette sont embêtés dans leur choix en vue des élections du 21 octobre.

Les libéraux sont probablement les mieux placés pour répondre aux besoins d’une famille comme la leur, constate Bruno. « Même si je ne vais pas voter pour eux ! », s’exclame-t-il.

Il a néanmoins l’impression que les conservateurs « vont favoriser les plus riches et l’industrie » et que le Nouveau Parti démocratique et les verts feront augmenter le fardeau fiscal de la classe moyenne.

Le couple établi dans la couronne nord de Montréal depuis quelques années considère justement faire partie de cette catégorie, estimant se situer dans le haut de sa fourchette de revenus. « On a quand même un budget : on ne se prive pas, mais on ne fait pas de dépenses extravagantes non plus », explique l’homme de 37 ans.

Le gouvernement Trudeau a légèrement contribué à améliorer les conditions de vie de la petite famille, dit-il, citant à titre d’exemple la légère bonification du régime d’allocation familiale. Des projets de grande envergure sur le plan des transports, comme le pont Samuel-De Champlain ou le REM, « contribuent au bien-être collectif », donc au leur, dit-il. En revanche, il déplore la disparition du crédit d’impôt pour l’achat de titres de transports collectifs.

— Simon-Olivier Lorange, La Presse

PHOTO FOURNIE PAR NOAH FERGUSON

Noah Ferguson

Noah Ferguson, 36 ans
Responsable de la logistique dans une grande entreprise de distribution 

Célibataire

Lieu de résidence : Vancouver

En même temps qu’il dit considérer faire partie de la classe moyenne, Noah Ferguson qualifie sa situation de « précaire ». S’il devait déménager de son studio de 600 pi2 dans le centre-ville, dont le loyer mensuel est de 1000 $, il est convaincu qu’il ne pourrait se permettre quelque chose de similaire dans les parages. 

Au cours des quatre dernières années, « il n’y a eu aucune amélioration concrète de mon niveau de vie ; tout coûte plus cher, mais les salaires ont stagné », tranche-t-il. 

Le trentenaire salue le travail de son élue locale, la néo-démocrate Jenny Kwan. « Elle a beaucoup fait pour mettre en lumière le problème de l’inégalité des revenus », souligne-t-il. La députée sortante aura son vote même si, déplore Noah Ferguson, à l’échelle nationale, son parti est dans les limbes. « En 2015, les néo-démocrates ont échoué à défendre la classe moyenne, parce qu’ils ont été déjoués par les libéraux », lâche-t-il avec une voix remplie d’amertume.

— Mélanie Marquis, La Presse

Moins de pauvres au Québec, moins de riches en Alberta

PHOTO JEFF MCINTOSH, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

En Alberta, la progression de 3,5 points de la classe moyenne entre 2013 et 2017 (de 36,5 % à 40 %) est attribuable au déclin du nombre de familles aisées, durement touchées par la crise pétrolière. 

La classe moyenne s’est élargie dans neuf provinces sur dix ces dernières années, mais pour des raisons parfois bien différentes et avec des effets très variables sur le niveau de vie.

Au Québec et en Colombie-Britannique, ce sont les ménages « pauvres » qui ont migré vers la classe moyenne, tandis qu’en Alberta et en Saskatchewan, c’est exactement l’inverse, soit le dégonflement de la proportion des bien nantis.

Au Québec, la classe moyenne représentait 47,4 % des ménages en 2017, dernière année où des données sont disponibles. Il s’agit du plus haut niveau parmi les provinces.

Depuis 2013 – creux canadien des 25 dernières années de notre étude –, le bond au Québec est de 1,5 point de pourcentage. Constat semblable en Colombie-Britannique, où la proportion de 40,3 % de ménages figurant dans la classe moyenne est aussi en hausse de 1,5 point.

La classe moyenne est définie selon la fourchette de revenus des ménages : entre 75 % et 150 % du revenu médian canadien après impôts. Pour une famille de quatre, les seuils de revenus vont de 63 675 $ à 127 350 $. Dans l’ensemble du Canada, 41,9 % des ménages en font partie.

En Alberta, c’est l’hécatombe chez les riches. Ainsi, la progression de 3,5 points de la classe moyenne entre 2013 et 2017 (de 36,5 % à 40 %) est totalement attribuable au déclin du nombre de familles aisées, durement touchées par la crise pétrolière. 

C’est également le cas en Saskatchewan et à Terre-Neuve, mais aussi, étonnamment, en Nouvelle-Écosse.

En Ontario, le bond de 1,2 point de la classe moyenne vient du dégonflement de la proportion de pauvres comme de riches. Seule l’Île-du-Prince-Édouard a vu sa classe moyenne rétrécir par rapport à 2013, de 0,2 point, à 45,8 %.

Quoi qu’il en soit, un gonflement de la classe moyenne ne signifie pas nécessairement que le niveau de vie des familles augmente. En effet, le coût de la vie grimpe parfois aussi vite – ou même plus – que les revenus.

En Alberta, par exemple, le revenu médian après impôts a augmenté de seulement 2,6 % entre 2013 et 2017, alors que l’inflation a grimpé de 6,6 %, soit une perte nette de niveau de vie de 4,0 %.

Au Québec, ce n’est pas une perte, mais un gain net de 9,1 % sur quatre ans, après inflation, un sommet canadien. La baisse des impôts et le boom de l’emploi en sont les principales raisons. La Colombie-Britannique vient au deuxième rang des gains nets (6,5 %). La hausse ontarienne après inflation du revenu médian est de 4,2 %, un peu moins que la moyenne canadienne (4,5 %).