Non seulement le candidat libéral Réjean Hébert affirme-t-il avoir « tourné la page » sur ses convictions souverainistes, mais la position qu’il défend aujourd’hui sur la laïcité des employés de l’État est à l’exact opposé de celle qu’il a défendue au sein du gouvernement péquiste de 2012 à 2014.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Aux médias réunis à son local de campagne vendredi après-midi à Longueuil, il a affirmé, en répondant à une question en anglais, être « inquiet pour les minorités et pour les personnes qui vont perdre leur emploi en raison de leurs convictions religieuses ».

« Qu’on empêche quelqu’un de travailler à cause de ce qu’il porte, c’est un problème », a-t-il encore dit.

Or, il y a six ans jour pour jour, M. Hébert tenait un discours diamétralement opposé.

« On ne dit pas que les gens ne doivent pas pratiquer leur religion, mais quand on est au service de l’État, qu’on a à faire face à des utilisateurs de toutes tendances, toutes religions et toutes origines ethniques, on doit être neutre, et c’est ce que la Charte affirme », confiait-il à La Presse le 16 septembre 2013.

M. Hébert était alors ministre de la Santé dans le gouvernement de Pauline Marois et commentait la Charte des valeurs proposée par le Parti québécois. En suggérant d’empêcher à tous les employés de l’État québécois de porter des signes religieux ostentatoires, cette Charte allait encore plus loin que le projet de loi sur la laïcité du gouvernement de François Legault. L’actuelle pièce législative prévoit que les employés de l’État en situation d’autorité ne peuvent pas afficher de symbole religieux, et son application a été élargie aux enseignants.

Pour justifier ses propos de 2013, M. Hébert invoque aujourd’hui la « solidarité ministérielle » qui le liait aux positions de son gouvernement de l’époque. « Ce n’était pas un enjeu important pour moi, pas un enjeu principal », dit-il. De toute façon, fait-il remarquer, « la stratégie sur la Charte [des valeurs] n’a jamais abouti parce que des élections ont été déclenchées ».

Il refuse en outre de révéler si, à l’époque, promouvoir la Charte des valeurs correspondait à ses convictions profondes. « Je vous en parlerai pas non plus », tranche-t-il, brandissant cette fois le « secret ministériel ». « Je n’irai pas là-dedans », conclut-il.

Le candidat Hébert s’est aujourd’hui rangé derrière la position de Justin Trudeau. Encore vendredi matin, le chef libéral n’a pas exclu de contester la loi québécoise devant les tribunaux.

« On a différentes positions de la laïcité, et celle de Justin Trudeau est bien plus en lien avec la Charte des droits et libertés » que celle du gouvernement Legault, a dit M. Hébert.

« Le gouvernement du Québec a été dûment élu par population, il a voté une loi, on respecte ça, a-t-il ajouté. Mais si à un moment donné, ça se retrouve devant la Cour suprême, le gouvernement fédéral ne peut pas se défiler de ses responsabilités et doit éclairer la cour sur les enjeux des droits et libertés. »

« Ce serait irresponsable qu’un gouvernement ferme la porte à tout jamais sur une question de droits fondamentaux », avait admis le premier ministre sortant vendredi matin à Trois-Rivières.

M. Trudeau a fait un passage-éclair au local de Réjean Hébert vendredi après-midi à Longueuil, mais n’a répondu à aucune question des journalistes. Pendant son discours de quelques minutes adressé à la centaine de militants regroupés sur place, le chef libéral n’a à toutes fins pratiques eu aucun mot pour son candidat. 

Gériatre de carrière, puis enseignant et doyen de la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, Réjean Hébert a été élu sous la bannière péquiste à l’Assemblée nationale du Québec en 2012 dans la circonscription de Saint-François, en Estrie. Il a été ministre de la Santé dans le gouvernement de Pauline Marois avant d’être défait aux élections de 2014. Il se présente aujourd’hui pour le Parti libéral du Canada dans Longueuil–St-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal.