(Ottawa) Ottawa est une ville de politiciens et de politologues — professionnels et amateurs. Les biographies politiques occupent donc une place de choix dans les vitrines des librairies.

Lina Dib
La Presse canadienne

Pourtant, fin août, Amour et courage, le livre dans lequel Jagmeet Singh raconte une partie de sa vie et de son parcours politique, nouvellement traduit, brille par son absence dans la seule librairie française de la ville.

Le libraire, étonné, ignorait jusqu’à l’existence du bouquin. Publié par une maison d’édition anglophone, Amour et courage ne lui a pas été offert par ses distributeurs habituels. Il se promettait d’en commander «quelques» copies.

Son livre documente les répercussions de l’alcoolisme de son père et explique comment M. Singh a dû devenir l’unique source de revenus de la famille en travaillant dans le commerce de détail.

Annonce d’un rendez-vous manqué?

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) a pris les rênes de son parti en 2017. Depuis, les néo-démocrates travaillent à le faire connaître.

Cet ancien criminaliste réputé, qui a toujours fière allure dans ses costumes faits sur mesure, arborant sa longue barbe et son turban coloré à vélo sur la colline du Parlement, a frappé l’imagination du pays lorsqu’il est devenu «le premier non-caucasien» à diriger un grand parti politique canadien.

Depuis, les espoirs de son parti se sont amincis, mois après mois. À la veille du déclenchement des élections, le NPD se faisait dépasser parfois par le Parti vert. Au Québec, il récoltait rarement plus de 10% des intentions de vote, tous sondages confondus.

« La seule difficulté, ça va être de le faire connaître », souligne une de ses candidates montréalaises et ancienne députée Ève Péclet. « Je pense que c’est vraiment ça le défi ; au Québec, plus particulièrement », ajoute-t-elle.

Mme Péclet, qui avait bénéficié de la vague orange inspirée par « le bon Jack » en 2011, rappelle que Jack Layton a dû surmonter le même obstacle que M. Singh aujourd’hui. Et, dans le portrait qu’elle brosse de son nouveau chef, on croit reconnaître quelques traits de l’ancien.

REUTERS

Invité à identifier des enjeux québécois pour cette élection fédérale, Jagmeet Singh se montre hésitant.

« M. Singh, c’est comme M. et Mme tout le monde. Il a des enjeux de M. et Mme tout le monde à cœur. Il est très accessible, facile à aborder », assure-t-elle.

À l’autre bout du fil, le chef néo-démocrate contemple une montagne de Colombie-Britannique par sa fenêtre lorsque La Presse canadienne le joint.

«J’adore ce pays. Ça m’a donné beaucoup dans ma vie. Des programmes sociaux, des services sociaux m’ont aidé beaucoup», offre-t-il.

Son livre, publié en anglais en avril, documente les répercussions de l’alcoolisme du père sur la famille et explique comment M. Singh a dû devenir l’unique source de revenus en travaillant dans le commerce de détail — une expérience qui alimente son activisme politique sur des questions telles que la pauvreté et les droits de scolarité.

«Je suis un allié pour le Québec», martèle l’homme dans un français coloré où les accords de genre et de nombre ne sont pas toujours présents, mais qui ne manque pas de vocabulaire.

Invité à identifier des enjeux québécois pour cette élection fédérale, il se montre cependant hésitant.

«L’environnement a une sensibilité unique au Québec. Je pense que c’est au Québec et en Colombie-Britannique que cet enjeu est le plus important», finit-il par trouver, avant de se rabattre sur ce que certains pourraient considérer comme des clichés.

«Ce qui est unique et tellement différent, c’est la défense de la culture», souligne-t-il, rappelant l’épisode de la taxe Netflix. «C’est un enjeu qui touche nos valeurs en tant que néo-démocrates mais la sensibilité est unique au Québec à cause de la question de la langue française et de la culture québécoise», élabore-t-il.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE


Alexandre Boulerice et Jagmeet Signh à Montréal jeudi dernier.

Même s’il a nommé Alexandre Boulerice chef adjoint, M. Singh promet d’être «souvent», en personne au Québec, pendant cette campagne.

«Je pense qu’il faut montrer mon amour pour le Québec et aussi pour la langue française. En étant là, je peux vraiment montrer ça», calcule-t-il.

Mais des calculs plus froids lui font nommer d’autres lieux où il croit avoir un soutien considérable : Toronto, Vancouver et la vallée du bas Fraser en Colombie-Britannique, autant de régions où le NPD devrait consacrer l’essentiel de ses efforts pendant la campagne électorale.