(Edmonton) Un rapport confirmant l’utilisation de publications mensongères coordonnées sur les réseaux sociaux lors des élections albertaines, le printemps dernier, vient rappeler le danger qui guette les prochaines élections fédérales selon des experts de science politique.

Bob Weber
La Presse canadienne

« Je crois qu’il existe des possibilités encore plus grandes pour l’élection fédérale. Ce que les robots ont permis de faire, c’est d’exploiter le clivage qui existe au sein de la société, et au niveau fédéral il y a d’importantes divisions », soutient Duane Bratt, de la Mount Royal University à Calgary.

Vendredi, Affaires mondiales Canada a publié un rapport du Mécanisme de réponse rapide (MRR), une entité créée par le G7 lors de la conférence de 2018 à Charlevoix. Le MRR vise à renforcer la coordination entre les membres pour identifier, prévenir et répondre aux menaces pesant sur les démocraties du G7 en provenance d’acteurs étrangers qui utilisent les médias sociaux pour influencer le cours des élections.

En raison des débats suscités par les enjeux environnementaux, les élections en Alberta ont été considérées comme un bon exercice de préparation avant le scrutin fédéral.

Le MRR a révélé avoir découvert un usage important et coordonné de comptes factices sur les réseaux sociaux.

« (On) a recensé des communautés qui ont affiché un modèle suspect de création de comptes indiquant des activités de trolls ou de robots, indique le rapport. (Elles) étaient principalement composées de partisans du Parti conservateur uni (PCU). »

« Ce modèle n’a pas été identifié dans les communautés de partisans du Parti libéral de l’Alberta ou du Nouveau parti démocratique de l’Alberta. »

Les « robots » sont des programmes de médias sociaux conçus pour générer artificiellement des publications qui apparaissent comme si elles étaient rédigées par une personne réelle. Les « trolls » sont des utilisateurs de médias sociaux qui génèrent intentionnellement des conflits en ligne afin de provoquer des réactions émotionnelles et de faire dérailler les discussions.

Les « robots » et les « trolls » peuvent être utilisés de concert pour amplifier leur effet.

Le nombre d’abonnés Twitter qui appuyaient le PCU a pratiquement doublé dans les semaines qui ont précédé l’élection, a indiqué l’organisme de veille.

Des tiers tentant d’influencer les électeurs ont également « répandu de la désinformation en ligne » avant le scrutin, d’après le rapport.

« C’est un détournement du processus politique », estime le professeur de science politique à la MacEwan University d’Edmonton, Chaldeans Mensah.

« La base sur laquelle on analyse l’information politique devient douteuse. Tout le monde ne s’appuie pas sur les mêmes faits. On se fie sur de flagrantes inexactitudes, des mensonges et de la désinformation propagés par des ordinateurs. »

Pour Duane Bratt, ces publications ne s’inscrivent pas dans un vrai débat démocratique.

« Je ne crois pas qu’elles visent nécessairement les indécis. Elles peuvent servir à réduire la participation ou encore à enflammer ceux qui sont déjà dans votre camp », observe-t-il.

Christine Myatt, porte-parole du premier ministre de l’Alberta Jason Kenney, a minimisé l’importance du rapport du MRR en insistant sur le fait que le PCU avait remporté la course par une très grande majorité.