(Québec) Ils ne se vantent pas d’avoir percé le « mystère Québec », mais les bloquistes de la capitale reprennent espoir. Avec deux victoires dans la région lundi soir, les premières en plus d’une décennie, le parti indépendantiste a fait si bonne figure que ses membres rêvent à de nouveaux gains au prochain scrutin.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Le Bloc québécois (BQ) n’avait pas fait élire un député dans la région depuis 2008. Ce long purgatoire a pris fin lundi soir.

Contre toute attente, l’enseignante Julie Vignola a défait le conservateur Alupa Clarke par plus de 2000 votes dans Beauport–Limoilou. Et l’auteure-compositrice-interprète Caroline Desbiens a ravi le siège conservateur de Beauport–Côte-de-Beaupré–Île d’Orléans–Charlevoix en obtenant 36 % des suffrages.

Christiane Gagnon, pressentie comme le meilleur espoir bloquiste dans la capitale, est venue à 200 votes de défaire le ministre libéral sortant Jean-Yves Duclos. Elle a immédiatement demandé un second dépouillement.

Autre succès, impensable il y a quelques semaines encore : le BQ a terminé en deuxième place dans six circonscriptions de Québec et de sa rive sud.

La nouvelle députée Julie Vignola l’admet sans détour, elle n’a jamais anticipé un tel résultat lorsqu’elle est devenue candidate.

Avant les débats, je me présentais, “Julie Vignola, candidate du Bloc” et on me répondait “Ah oui, le Bloc. Il faut beaucoup de courage, on vous souhaite bonne chance”. Les gens me regardaient presque en disant “pauvre madame”.

Julie Vignola, députée élue de Beauport–Limoilou

Le chef, Yves-François Blanchet, a lancé sa campagne à Québec et il y est repassé à plusieurs reprises dans les dernières semaines. Ses candidats disent avoir senti le vent tourner de manière très claire après les débats télévisés, lorsque le chef conservateur, Andrew Scheer, a été assiégé sur la question de l’avortement.

« Les défaillances de nos adversaires, ça nous sert toujours un peu, a convenu la nouvelle élue Caroline Desbiens. Mais on a fait une campagne positive. On n’a pas capitalisé sur les erreurs des autres, mais bien sur nos bons coups. On a travaillé à amener le discours politique dans un esprit plus constructif et je pense que Québec a aimé ce ton-là. »

« Mystère Québec »

Au milieu des années 2000, le Bloc québécois a mené une étude pour comprendre pourquoi la région de Québec semblait plus réceptive aux idées conservatrices. Presque 15 ans plus tard, les stratèges du parti ne se targuent guère d’avoir élucidé le fameux « mystère Québec ».

Par contre, il est vrai que le parti a ajusté son message, convient l’ancien député Paul Crête, organisateur du Bloc dans la capitale. Le Bloc a en effet exigé de l’action sur plusieurs dossiers locaux, tels que le chantier maritime Davie, le pont de Québec et le port. Il a aussi profité de l’insatisfaction de la population face aux conservateurs et aux libéraux.

La modestie qu’on avait en début de campagne nous a obligés à être à l’écoute.

Paul Crête, organisateur du Bloc québécois dans la capitale

« On a peut-être saisi plus exactement ce que les gens souhaitaient, a relaté M. Crête. La solution au mystère Québec, c’était d’être capable d’écouter ce que les gens souhaitent et je pense que M. Blanchet s’est mis au diapason de la population. »

Il se dit optimiste pour la suite des choses. Le Bloc ne comptait qu’un petit nombre de bénévoles et une organisation modeste dans la région de Québec. Il croit que le succès de lundi soir l’aidera à recruter des sympathisants et à recueillir des dons.

« On est deuxièmes à peu près partout dans la région de Québec, on est face à un gouvernement minoritaire et on va avoir plus de moyens pour s’organiser la prochaine fois, a dit Paul Crête. C’est dans ce sens-là que la vague du Bloc, ce sont les 32 députés, mais aussi tous les endroits où le Bloc est deuxième. »