Si la tendance se maintient, les contribuables auront des baisses d’impôt à se mettre sous la dent bientôt. Les libéraux, tout comme les conservateurs, avaient promis aux électeurs plus d’argent dans leurs poches.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Aider la classe moyenne, vous savez, c’est toujours tellement vendeur lors d’une campagne électorale. Cette année, plus particulièrement, c’était un des seuls sujets fédérateurs au sein d’un Canada particulièrement divisé.

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J’ai eu l’occasion de mesurer à quel point le pays est fracturé lors d’un séjour en Alberta à la fin de l’été. Outrés par l’opposition de la Colombie-Britannique à l'oléoduc Trans Mountain, frustrés par la formule de péréquation qui enrichit le Québec, certains Albertains n’hésitent plus à parler d’indépendance.

Hier soir, leur pire cauchemar est devenu réalité : un gouvernement libéral minoritaire, avec le NPD et les verts qui tirent la couverture de leur bord.

Plus que jamais, Justin Trudeau aura un fameux défi pour offrir un plan cohérent qui plaira à tous.

Heureusement qu’il y a les baisses d’impôt pour rallier les Canadiens ! D’un océan à l’autre, près de trois Canadiens sur cinq trouvent que les impôts sont trop élevés, selon une étude diffusée la semaine dernière par la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

La grogne fiscale n’a pas de frontière. Elle touche les anglos autant que les francos. Les messieurs autant que les dames. Les Canadiens de souche autant que ceux nés à l’étranger. La grogne rejoint les riches comme les moins nantis… même si ceux-ci ne paient pratiquement pas d’impôts. Et elle est aussi répandue chez les Québécois que chez les Albertains… même si le fisc est bien moins gourmand dans la contrée du pétrole.

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Pour plaire à tous, il n’y a rien de tel que des baisses d’impôt. Même si le gouvernement est minoritaire, qui osera s’opposer à des mesures qui, finalement, se ressemblaient beaucoup d’un parti à l’autre ?

Par exemple, les libéraux ont proposé de hausser le montant personnel de base de 12 069 $ en 2019 à 15 000 $ en 2023. Il s’agit du seuil en dessous duquel les contribuables ne paient aucun impôt. La mesure, qui coûterait 5,6 milliards à l’État fédéral, fournirait des économies d’environ 478 $ à une famille québécoise de la classe moyenne (deux parents avec un revenu annuel de 45 000 $ chacun). 

Les conservateurs, qui ont fait une promesse assez semblable, seraient bien malvenus de bloquer cet allégement fiscal. Idem pour une série d’autres mesures ciblées.

Par exemple, les conservateurs, tout comme les libéraux, voulaient donner un coup de main aux Canadiens désirant acheter leur première maison et entreprendre des rénovations écoresponsables. Tous deux souhaitent bonifier les revenus des aînés, rendre les prestations d’assurance parentale libres d’impôt ou encore prêter main-forte aux personnes handicapées.

Les contribuables visés peuvent donc s’attendre à ce que tout cela se matérialise.

Plusieurs promesses de Justin Trudeau trouvent aussi écho dans le programme des autres partis de l’opposition. Notamment, les engagements libéraux de bonifier le programme de prêts et bourses ainsi que de réduire la facture des services de garde devraient plaire au NPD et au Parti vert, qui avaient des promesses encore plus ambitieuses…

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Si rassembleuses soient-elles, on peut quand même se questionner sur l’urgence d’accorder d’importantes baisses d’impôt aux contribuables, alors que l’économie roule et que le taux de chômage est historiquement faible.

Est-il logique d’offrir de gros cadeaux quand on paie avec la carte de crédit comme Justin Trudeau ?

Ces allégements fiscaux vont priver l’État de milliards de dollars, et je suis prête à parier que les contribuables n’y verront que du feu et qu’ils se plaindront encore autant des impôts par la suite.

Tout ça alors que le Canada accumule les déficits. Remarquez que la situation est loin d’être catastrophique. Pas besoin de partir en peur comme Maxime Bernier, qui promettait de rétablir l’équilibre budgétaire en deux ans, coûte que coûte. Ça serait bête de tuer la croissance économique.

Rien ne nous oblige à une telle austérité. La dette du Canada s’élève à 31 % du produit intérieur brut (PIB), soit le meilleur ratio de tous les pays du G7, devant l’Allemagne, dont les finances sont pourtant citées en exemple.

On est bien loin du ratio de 65 % que le Canada a connu dans les années 90. À l’époque, le remboursement des intérêts sur la dette représentait 6 % du PIB. Ce n’est plus que 1 % aujourd’hui, soulignait une récente étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). Bref, la dette n’est pas un enjeu grave. Et le gouvernement a encore de la marge de manœuvre.

Justin Trudeau peut l’utiliser pour financer ses promesses. Même si le déficit restera au-dessus de 20 milliards par année, le ratio dette/PIB se maintiendra autour de 30 %.

D’accord. Mais il faut rester prudent, car tôt ou tard, une récession finira bien par survenir. Et alors, le Canada pourrait avoir besoin de ses munitions.