Si les luttes les plus serrées du pays ont donné l’avantage au Parti libéral aux élections générales de 2015, le vent pourrait bien changer au profit des conservateurs le 21 octobre prochain.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

L’institut Angus Reid s’est intéressé aux 67 circonscriptions (20 % des 338 sièges en jeu) dont le gagnant a été déterminé par la marge la plus fine – moins de cinq points de pourcentage – en 2015.

À ce moment, selon les résultats officiels de cet échantillon, 37 % des voix avaient échu aux libéraux, contre 28 % aux conservateurs. Or, selon un sondage mené auprès de 1420 Canadiens répartis dans ces 67 mêmes circonscriptions, la firme calcule aujourd’hui que 35 % des électeurs donneraient leur appui aux troupes d’Andrew Scheer, contre 29 % à celles de Justin Trudeau.

Il s’agirait donc d’un gain de sept points pour les conservateurs et d’une chute de huit points pour les libéraux. Dans ces circonscriptions plus qu’ailleurs, ces mouvements pourraient être déterminants, alors que les deux partis demeurent depuis des semaines à égalité statistique en tête des sondages nationaux.

« On peut s’attendre à voir beaucoup de mouvement le soir des élections, prédit Dave Korzinski, directeur exécutif chez Angus Reid. À plusieurs endroits, les libéraux sont dans le trouble. Ils pourraient perdre plusieurs de ces circonscriptions serrées. »

Régions ciblées

La situation est inquiétante en Ontario pour les rouges. Dans cette province névralgique, pas moins de 28 luttes avaient été décidées par un écart de cinq points ou moins en 2015. Les libéraux avaient récolté 42 % des voix dans ces circonscriptions, contre 35 % chez les conservateurs. Selon le sondage d’Angus Reid, les bleus prendraient les devants par 37 % contre 34 %, une chute de huit points pour les libéraux.

La récolte conservatrice s’annonce encore plus faste dans l’ouest, région qui lui est historiquement favorable. Alors que les votes pour les deux partis étaient essentiellement divisés en parts égales dans les 17 luttes les plus chaudement disputées de cette région en 2015, voilà que les conservateurs y sont avantagés dans une proportion de 45 % contre 24 %.

Les Tories ne sont pas les seuls gagnants de ce jeu de bascule. Sur l’ensemble des circonscriptions étudiées au pays, on voit le Bloc québécois passer de 3 % à 9 %. Dans les 20 circonscriptions situées au Québec parmi l’échantillon des luttes les plus serrées, l’appui au Bloc passerait de 25 % à 32 %.

Le grand perdant de l’exercice demeure toutefois le NPD. Dans l’ensemble des 67 circonscriptions cibles, le parti perdrait huit points, passant de 23 % d’appuis à 15 %.

La chute serait encore plus dramatique au Québec. En 2015, le parti alors dirigé par Thomas Mulcair avait récolté 29 % des voix dans les circonscriptions les plus disputées. Cet appui fondrait à 11 %, à égalité avec le Parti vert au quatrième rang, loin derrière les conservateurs (20 %), les libéraux (24 %) et les bloquistes (32 %).

« Le Parti libéral demeure en bonne posture au Québec, mais le Bloc s’est emparé du momentum, constate Dave Korzinski. C’est eux qui devraient s’emparer des circonscriptions perdues par le NPD. »