(Edmonton) Le chef libéral Justin Trudeau a été chahuté tant par des manifestants contre le pipeline Trans Mountain que des ex-travailleurs de l’industrie pétrolière qui l’accusent de ne pas agir assez rapidement pour les remettre au boulot lors de son passage dans l’ouest canadien.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Mercredi, jour du déclenchement des élections, le chef libéral a été accueilli à un rassemblement à Vancouver par quelques dizaines de manifestants autochtones et des écologistes. Il a aussi été interpellé par des jeunes sur le climat pendant le rassemblement.

Jeudi, c’était au tour de Patrick King, 42 ans, de se rendre au rassemblement libéral à Edmonton, en Alberta, et d’interpeller M. Trudeau sur sa situation. Il a rapidement été escorté par la sécurité.

« Mes enfants ont faim, je suis à un fil de tout perdre ce que j’ai. Et maintenant, me voici en train de me battre pour mon pays, de me battre pour mes frères et mes sœurs de l’industrie pétrolière », a-t-il expliqué à la suite de son intervention.

À son avis, si M. Trudeau avait vraiment voulu que ce projet voie le jour, le pipeline serait déjà en voie d’être construit.

Deux messages distincts

Sans surprise, M. Trudeau ne tenait pas le même discours selon l’endroit où il était dans la journée de jeudi.

Lors d’un rassemblement tenu à Kamloops, en Colombie-Britannique, il a vanté les mesures prises par son gouvernement pour mieux protéger l’environnement.

Il a notamment parlé de son plan pour éliminer les centrales au charbon, pour cesser l’utilisation de plastique à usage unique ou encore des investissements massifs pour mieux protéger les océans.

À Edmonton, M. Trudeau a plutôt vanté ses investissements pour aider les travailleurs de l’industrie du gaz et du pétrole qui bénéficieront, selon lui, de l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain lorsque le projet sera complété.

« L’Alberta a été la clé du succès économique du Canada au cours de notre histoire. Nous n’allons jamais monter des régions de ce pays l’une contre l’autre, et vous pouvez être certains que notre gouvernement à Ottawa va toujours se tenir debout pour vous ! » s’est-il exclamé.

M. Trudeau participait à ce rassemblement albertain pendant que ses adversaires Andrew Scheer, Jagmeet Singh et Elizabeth May croisaient le fer pour un premier débat en anglais organisé par Maclean’s et City TV à Toronto.

Muet sur SNC-Lavalin

Pendant la journée, M. Trudeau a une fois de plus refusé de répondre aux tentatives de ses opposants de rouvrir l’affaire SNC-Lavalin qui lui a fait mal dans les derniers mois.

Le Globe and Mail révélait mercredi que la Gendarmerie royale du Canada enquêtait pour déterminer s’il y a lieu de déposer des accusations pour entrave à la justice. L’ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a aussi été rencontrée par la GRC, selon le quotidien.

Jeudi, tant les conservateurs que les néo-démocrates ont accusé M. Trudeau de vouloir étouffer l’histoire en empêchant les personnes impliquées de parler librement.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, estime que les Canadiens « méritent des réponses » et qu’il est temps pour M. Trudeau de laisser Mme Wilson-Raybould raconter sa version. Le chef conservateur Andrew Scheer a accusé M. Trudeau de vouloir étouffer l’histoire.

De passage à Victoria, jeudi matin, M. Trudeau a réitéré que son gouvernement avait pris des mesures « sans précédent » pour suspendre le secret du cabinet et ainsi permettre au commissaire fédéral de l’éthique, Mario Dion, de produire son rapport.

M. Dion a déterminé que M. Trudeau avait contrevenu à la Loi sur l’éthique en exerçant des pressions indues sur Mme Wilson-Raybould afin qu’elle invite la firme d’ingénierie SNC-Lavalin à entamer des négociations en vue de conclure un accord de réparation et ainsi éviter un procès.

Mais le commissaire Dion a déclaré s’être heurté à des obstacles au cours de son enquête parce que M. Trudeau avait refusé de divulguer des renseignements confidentiels du cabinet à neuf autres personnes qui affirmaient détenir des renseignements pertinents.

M. Trudeau se dirigera au Québec vendredi. Des arrêts sont prévus à Trois-Rivières, Longueuil et Montréal.