«Je n'entends plus rien, je ne vois que lui. Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas quoi faire...»

Catherine Handfield LA PRESSE

C'est ainsi que Martha Villanueva a décrit le moment où elle a porté secours à son cousin Fredy, abattu par l'agent Jean-Loup Lapointe au mois d'août 2008 dans un parc de Montréal-Nord.

La jeune femme de 22 ans a livré son témoignage mercredi à l'enquête du coroner André Perreault. Le jour du drame, elle est la seule à être restée aux côtés de Fredy en attendant l'ambulance. Tous les autres s'étaient dispersés.

Martha Villanueva, elle, n'a «pas eu peur». Elle s'est accroupie auprès de son cousin, qui était étendu sur le dos. Elle lui a parlé, mais il ne lui répondait pas.

«J'ai vu un trou dans son avant-bras, a-t-elle dit d'une voix douce. D'après moi, c'était ça, sa blessure. J'ai mis ma main dessus.» Elle ignorait alors que deux balles avaient atteint son thorax.

Après un moment, une policière est arrivée et lui a demandé de s'éloigner. Martha Villanueva, qui était en état de choc, a refusé. La policière aurait alors menacé de l'arrêter. «Elle m'a dit: si t'arrêtes pas, toi aussi je vais te boucler», a-t-elle raconté.

Déclarations des pompiers

Comme elle souffrait d'hyperventilation, des pompiers l'ont ensuite prise en charge. Martha leur aurait alors raconté le drame qui venait de se jouer.

Selon les déclarations que trois pompiers ont faites à la Sûreté du Québec (SQ), elle aurait confié avoir tenté de dissuader Fredy d'intervenir auprès du policier Lapointe lorsque ce dernier essayait de maîtriser Dany Villanueva (le frère de Fredy).

Le pompier Guillaume Charest l'a entendue dire: «Je lui avais dit (à Fredy) de ne pas se mêler de cela, son frère venait de sortir de prison.»

Martha Villanueva, qui est vendeuse dans une boutique de vêtements, a dit ne pas se souvenir d'avoir prononcé ces paroles. «J'aurais pu crier n'importe quoi à ce moment-là, je n'étais pas bien», s'est-elle justifiée mercredi.

Aujourd'hui, la jeune femme soutient que l'agent Lapointe n'avait «aucune raison» de faire feu sur Fredy Villanueva, qui, selon elle, n'a jamais touché le policier au cours de l'intervention fatale.

Quelle distance séparait Fredy du policier lorsque ce dernier a fait feu? Dans sa déclaration à la SQ en 2008, Martha parlait de 1,5 mètre. «C'était vraiment plus loin», a-t-elle précisé mercredi, sans être en mesure de chiffrer la distance.

Martha Villanueva a également précisé que, contrairement à ce qu'elle avait déclaré à la SQ, Dany Villanueva ne se débattait pas lorsqu'il était au sol. «C'est peut-être qu'ils ont mal compris ou que je me suis mal exprimée», a-t-elle suggéré au coroner Perreault.

Rappelons que, dans sa déclaration, Jean-Loup Lapointe affirme que Fredy Villanueva l'a serré à la gorge et a tenté de le désarmer, et que son frère aîné, Dany, l'a frappé à la tête et au dos. Toutefois, les photos de l'agent Lapointe prises dans les heures qui ont suivi le drame ne laissent voir qu'une égratignure au coude.