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Le Canadien Derek Hatfield abandonne le Vendée Globe

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Éric Lessard
Cyberpresse

À l'image de Sébastien Josse (BT), le Torontois Derek Hatfield (Spirit of Canada) a vu son bateau couché par une immense vague, ce qui devrait forcer le Canadien à abandonner.

Après pratiquement trois semaines consécutives dans des tempêtes successives, Miss Météo aura eu raison de Derek Hatfield en lui offrant son plus gros coup de vent. Dans 60 noeuds de vent (110 km/h) et des vagues hautes comme des immeubles, le Torontois a vu une déferlante projeter des tonnes d'eau sur son bateau et le retourner complètement, mât à l'eau et quille au ciel. Sous la force de l'impact, Hatfield a été projeté à l'intérieur de l'habitacle et s'est retrouvé couché sur le toit de son cockpit avec la table à carte en guise de plafond.  

Le résultat est désastreux : de sérieuses ecchymoses aux côtes et à une jambe et la fin plus que probable de la compétition pour notre seul Canadien en course. En effet, l'évaluation des dommages au bateau montre deux barres de flèches cassées ce qui fragilise le mât de manière importante. Les barres de flèche servent en effet de support aux haubans (cordages), qui eux donnent de la force au mât et le maintiennent sur son axe.

 

Lorsque joint ce matin par radio satellite, le Canadien a confirmé son impossibilité de réparer seul. Il fait maintenant route vers Hobart, en Tasmanie, sous tourmentin (petite voile avant) et grand-voile affalée afin de préserver son mât. Au mieux le Canadien recevra assistance et pourra poursuivre la route hors course. Au pire, et c'est souvent le cas avec les bris de barres de flèche brisées vu les matériaux nécessaires à leur fabrication (carbone, titane), ce sera l'abandon pur et simple.

 

On se souviendra que plus tôt dans l'édition actuelle Jérémie Beyou (Delta Dore) avait été forcé à l'abandon pour les mêmes problèmes techniques alors qu'il naviguait au nord-est du Brésil. Il est bien dommage de voir le seul Canadien en course disparaître de la sorte alors que c'est le travail d'une équipe entière, avec un très petit budget, qui s'envole.

 

Hatfield avait même vendu sa maison afin de boucler le budget de trois millions nécessaire pour construire son bateau et prendre le départ de la course. Tant d'efforts pour se rendre là et finir comme ça, c'est déchirant. Il faudra un jour se poser la question alors que l'on vit dans un des pays offrant un des plus grand littoral au monde et qui frappe ses pièces de 10 cents à l'effigie d'un bateau (le Blue Nose) pourquoi la voile comme sport est si peu reconnue au pays.

 

On ne parle pas ici du financement des grandes courses comme le Vendée Globe, mais même le financement de simples régates régionales afin de former les skippers de demain tient du tour de force...

 

Pendant qu'Hatfield panse ses plaies, la flotte est toujours sous l'emprise de gros temps bien que les conditions soient plus facilement gérables depuis 24 à 36 heures.

 

Michel Desjoyeaux (Foncia) persiste et signe à l'avant. Filant pratiquement à deux noeuds plus rapidement que ses poursuivants au cours des dernières heures, à la suite d'un retour du vent portant, le marin refuse de baisser le rythme. Il est suivi par Roland Jourdain (Veolia) qui refuse de lâcher prise, avec un maigre 85 milles retard, et qui se verra sous peu lui aussi retrouver un vent favorable.

 

Plus loin derrière, Jean Le Cam (VM Matériaux) maintient sa troisième position acquise au détriment de Sébastien Josse (BT) qui, lui, navigue toujours en direction nord dans l'attente d'une accalmie de la mer afin d'évaluer le dommage à ses safrans.

 

Armel Le Cléac'h (Brit Air) et Vincent Riou (PRB) ferment la marche des prétendants sérieux à la victoire avec respectivement 456 et 477 milles de retard sur Desjoyeaux à l'avant. Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) qui a mené la course pendant une semaine, navigue en ce moment avec un safran réparé, mais fragilisé dans de faibles vents (le seul naviguant sous ces conditions), et se positionne maintenant 7e avec un retard à peu près impossible à combler de 1200 milles nautiques.

 

Quoi de mieux que les propos de Vincent Riou, vainqueur de l'édition 2004 et cumulant plus de 15 ans d'expérience en solitaire, pour expliquer les conditions de mer hallucinantes rencontrées voilà 36 heures :

 

« La mer est toujours agitée, mais ça n'a plus rien à voir avec ce qu'on avait il y a 36 heures. Il n'y avait aucun moyen d'avancer, même avec 40 noeuds de vent moyen. Je n'avais jamais rien rencontré de mer aussi extrême et c'est facile d'imaginer comment Sébastien s'est fait renverser. Il y a des éléments qu'on ne maîtrise pas, on ne peut pas être en permanence dehors à voir ce qui se passe. Maintenant, tout le monde panse un peu ses plaies et attend le passage du cap Horn pour retrouver des conditions clémentes. Quand la tempête est vraiment grosse, l'idée c'est de faire le dos rond, d'oublier la course et d'essayer de naviguer en bon marin. «

 

La flotte étant encore sous l'influence de cette dépression majeure, celle-ci offre maintenant des vents quelque peu calmés et une mer beaucoup mieux organisée depuis hier, mais tous rêvent d'en finir avec ce Grand sud qui n'en finit plus d'être en brouille avec les marins.  À huit ou dix jours du cap Horn, les marins ont bien hâte de passer du rythme survie à la régate stratégique pure de la remontée de l'Atlantique.  C'est là que la partie se jouera. Entre Desjoyeaux, Jourdain, Le Cam, Riou et Le Cléac'h le vainqueur fera surface. Préparons-nous à un dernier tiers de course endiablé et passionnant.

 

Les positions à 15h TU + retard sur le 1er (milles nautiques).

 

1- Michel Desjoyeaux-FRÀ (Foncia)2- Roland Jourdain-FRÀ (Veolia Environnement), 85

3- Jean Le Cam-FRÀ (VM Matériaux), 243

4- Armel Le Cléac'h-FRÀ (Brit Air), 456

5- Vincent Riou-FRÀ (PRB), 477

6- Sébastien Josse -FRÀ (BT), 845

7- Jean-Pierre Dick-FRÀ (Paprec-Virbac), 1190

8- Samantha Davies-GB (Roxy), 1523 (provisoire, suite à un détournement d'urgence)

9- Marc Guillemot-FRÀ (Safran),  2016 (provisoire, suite à un détournement d'urgence)

10- Brian Thompson-GB (Team Pindar), 2193

11- Dee Caffari-GB (Aviva), 2206

12- Arnaud Boissières-FR (Akena Verandas), 2247

13- Steve White-GB (Toe in Water), 2823

14- Jonny Malbon-GB (Artemis), 3558

15- Rich Wilson-USÀ (Great American), 3666

16- Derek Hatfield-CAN (Spirit of Canada), 3857

17- Raphaël Dinelli-FRÀ (Océan Vital), 4616

18- Norbert Sedlacek-AUT (Nauticsport),  4696

19- Yann Eliès-FRÀ (Generali), Abandon, Fracture à la jambe 20-Jean-Baptiste Dejeantly-FRÀ (Maisonneuve), idem, multiples problèmes d'usure

21- Mike Golding-GB (Ecover), idem, Dématâge

22- Bernard Stamm-SUI (Cheminée Poujoulat), idem, Échouage

23- Dominique Wavre-SUI (Temenos),  idem Ennuis de quille

24- Loïc Peyron-FRÀ (Gitana Eighty), idem, Démâtage

25- Una Basurko-ESP (Pakea Bizkaia), idem, Bris au puits de safran tribord

26- Jérémie Beyou-FRÀ (Delta Dore), idem, Barre de flèche cassée

27- Alex Thompson-GB (Hugo Boss), idem, Dommages structurels

28- Kito de Pavent-FRÀ (Groupe Bel), idem, Démâtage

29- Marc Thiercelin-FRÀ (DCNS), idem, Démâtage

30- Yannick Bestaven-FRÀ (Aquarelle.com), idem, Démâtage 




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