Les 900 millions dépensés pour la sécurité n'auront pas suffi. Toronto a connu en fin de semaine des manifestations d'une violence rarement vue dans la Ville reine: voitures de police incendiées, vitrines fracassées et 604 personnes arrêtées dans le cadre du sommet du G20.

Stéphane Paquet LA PRESSE

La fin de semaine avait pourtant bien commencé, avec une manifestation qui se voulait bon enfant, familiale. Très vite, des groupes plus radicaux - le premier ministre Harper a parlé de «quelques voyous» - se sont détachés, créant d'abord un face-à-face avec la police.Puis, les premières vitrines ont volé en éclats. Et, en fin d'après-midi samedi, déjà trois voitures de police avaient été incendiées.

La nuit de samedi à hier a été particulièrement occupée, manifestants et policiers jouant au chat et à la souris. À un moment, selon ce qu'a appris La Presse, on a même demandé des renforts aux policiers de la Sûreté du Québec, qui devaient jouer à Toronto un rôle secondaire. Cette demande d'aide a par la suite été annulée vers 5h du matin, après que les forces locales eurent repris la maîtrise de la situation dans les rues.

Dans la nuit, les policiers ont même arrêté quatre personnes qui sortaient des égouts. Ils n'ont trouvé aucun explosif.

Hier matin, les arrestations se sont poursuivies. Plus de 70 personnes qui étaient hébergées dans un immeuble de l'Université de Toronto ont été arrêtées. Du lot, il y avait au moins une cinquantaine de Québécois. «On vit dans un État policier», a crié l'un d'eux à La Presse. Plusieurs ont dit être affiliés à la CLAC, la Convergence des luttes anticapitalistes.

«Nous croyons que ces personnes cachaient des armes improvisées comme des bâtons aiguisés et des bouteilles contenant un liquide dont la nature reste à confirmer, a expliqué Samantha Nulle, du service de police de Toronto. Certains d'entre eux étaient habillés en noir.»

Plusieurs des actes de vandalisme auraient été commis par des membres du Black Bloc, vêtus de noir et qui se définissent comme des anarchistes. Plusieurs manifestants qui avaient le malheur de porter des vêtements noirs hier ont d'ailleurs été appréhendés.

Le premier ministre Stephen Harper a condamné ces actes de violence. «La réalité, malheureusement, a-t-il poursuivi, est que ce genre de sommets attire de tels éléments.»

Mais dans les rues de Toronto, certains croyaient qu'Ottawa aurait pu faire mieux. «Ce qui s'est passé hier (samedi) était vraiment affreux», a dit David Martin, qui travaille dans un dépanneur du centre-ville.

Il ne comprenait pas comment, avec tout l'argent dépensé, les policiers n'ont pas mieux protégé les commerces. «Tout le monde sait qu'aucun autre pays n'a dépensé autant en sécurité.»

De plus, en vertu d'un nouveau règlement adopté en catimini, les policiers pouvaient, sans mandat, fouiller les manifestants, leur demander une pièce d'identité ou leur interdire de s'approcher à moins de cinq mètres d'une clôture de sécurité. «Une gifle en plein visage», a critiqué l'un des organisateurs de la manifestation de samedi, Mahmood Khan, du syndicat des Travailleurs unis de l'auto.

Ces pouvoirs s'inspirent d'une loi de 1939 sur la protection des travaux publics.