Vito Rizzuto et ses acolytes de la mafia montréalaise sont de nouveau sur la sellette en Italie.Après leur implication dans le retentissant projet d'investissement de 8 milliards pour la construction du pont de Messine en Sicile, le groupe fait maintenant l'objet d'une enquête pour une histoire de lessivage de 212 millions de narcodollars.

Mis à jour le 7 oct. 2008
André Cédilot, André Noël LA PRESSE

Les autorités italiennes ont annoncé, hier, avoir rédigé des mandats d'arrêt contre 19 personnes, en relation avec un réseau international lié au clan Rizzuto. Une bonne dizaine de personnes, dont un homme d'affaires de Montréal, sont écroués en Italie et en Suisse. Une autre personne est détenue à Cannes, dans le sud de la France.Outre Felice Italiano, qui fait dans l'import-export depuis Sainte-Julie, six autres Canadiens figurent sur la liste des suspects. Ce sont Vito Rizzuto, son père Nick et les trois principaux membres de leur «état-major», Paolo Renda, Rocco Sollecito et Francesco Arcadi. Le dernier, Roberto Papalia, est un résidant de Vancouver, et associé de longue date du clan Rizzuto.

Comme dans le cas du dossier du pont de Messine, l'enquête a été lancée de ce côté-ci de l'Atlantique, en 2004. En suivant la piste d'usuriers en lien avec Papalia et son frère, les policiers de la GRC ont découvert que Vito Rizzuto, même s'il est en prison, continuait de superviser le recyclage de son argent sale, ainsi que ses investissements ici et ailleurs dans le monde, par l'intermédiaire de ses nombreux prête-noms.

L'enquête révèle que le chef mafieux montréalais aurait notamment été en contact avec l'homme d'affaires italien Mariano Turrisi, à la tête de l'entreprise Made in Italy, spécialisée dans la promotion de produits italiens dans le monde entier. «Depuis la prison, il tirait les ficelles pour les colonies italiennes», a-t-il déclaré le colonel Paolo La Forgia, de la police italienne anti-mafia.

Informée que les deux hommes semblaient brasser des affaires, la police italienne a immédiatement ouvert un dossier. Son intérêt était d'autant plus grand que Turrisi a ses entrées au gouvernement. Le siège social de l'entreprise, à Rome, est d'ailleurs situé en face du Palazzo Chigi, où se trouvent les bureaux du président du Conseil, Romano Prodi, et de son cabinet.

L'enquête a permis la découverte de deux comptes bancaires suisses au nom de personnes reliées à la famille Rizzuto. Hier, les différents corps de police ont saisi des biens, des immeubles et des entreprises valant 212 millions de dollars. Parmi les personnes arrêtées se trouvent deux employés de banque soupçonnés d'avoir géré les comptes bancaires du clan en Suisse.

Selon les informations obtenues, les policiers italiens auraient trouvé en possession de Turrisi un certificat d'obligation au montant de 1 milliard de dollars. Il se servait de ce document en garantie pour obtenir des marges de crédit auprès de banques suisses et italiennes. Il a été arrêté à Rome, hier.

Quant à Felice Italiano, résidant de LaSalle, au sud-ouest de Montréal, il a été arrêté à Milan où, officiellement, il se trouvait en voyage d'affaires pour son entreprise Ital-Peaux, de Sainte-Julie. Au milieu des années 90, il avait été accusé avec Gerald Matticks et son clan, en marge de l'importante affaire d'importation de haschisch qui s'est terminée en queue de poisson devant le tribunal.

Fidèle associé du clan Rizzuto, l'homme d'affaires Beniamino Zappia a lui aussi été arrêté à Milan, où il réside depuis des années. Son nom est ressorti dans les deux plus grandes enquêtes antimafia faites à Montréal depuis 1990. Il n'y a pas si longtemps encore, il a été vu au club social Consenza, quartier général du clan sicilien, à Saint-Léonard. L'endroit a été fermé depuis l'opération Colisée, qui a décimé les rangs du clan Rizzuto, en novembre dernier.

C'est au cours de cette enquête que les policiers ont mis au jour le projet de recyclage de centaines de millions de narcodollars de la mafia montréalaise dans la construction du pont devant enjamber le détroit de Messine, entre la Calabre et la Sicile. L'ancien ingénieur montréalais Joseph Zappia, impliqué dans le scandale du Village olympique, dans les années 70, a été inculpé en Italie dans cette affaire.

Pour sa part, Vito Rizzuto fait toujours l'objet d'un mandat d'arrêt à propos du «pont de la mafia», comme on dit en Italie. Le chef mafieux montréalais est actuellement emprisonné au Colorado à la suite de sa condamnation à 10 années de pénitencier pour trois meurtres commis pour le compte de la famille Bonanno, à New York, en 1981.

Quant à son père Nick et ses trois lieutenants arrêtés dans le cadre de l'opération Colisée, ils sont détenus à la prison de Bordeaux, en attendant leur procès. La cause sera de retour devant le tribunal lundi matin, au palais de justice de Montréal.