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Somaly Mam: Jamais sans mes filles

Sortie de l'enfer de l'esclavage sexuel, la Cambodgienne... (Photo: PC)

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Sortie de l'enfer de l'esclavage sexuel, la Cambodgienne Somaly Mam y replonge pour en extirper de très jeunes filles.

Photo: PC

On peut difficilement imaginer une histoire plus sordide que celle de Somaly Mam, qui est aussi celle d'environ 1,8 million de jeunes partout au monde. Vendue à un homme qui prétendait être son grand-père, puis revendue par ce dernier à un réseau de trafic sexuel alors qu'elle n'avait qu'une douzaine d'années, la Cambodgienne a connu certains des pires sévices qui soient : manipulation, abus, torture, viol. Depuis qu'elle a réussi à s'extirper de l'enfer, elle y replonge sans relâche pour sauver et réinsérer socialement des filles réduites à l'esclavage sexuel.

Avec son ex-mari français, Pierre Legros, qui a réussi à la sortir du bordel une fois pour toutes, Somaly Mam a fondé AFESIP (Agir pour les femmes en situation précaire) en 1996. Partie de rien, l'ONG jouit maintenant d'une reconnaissance internationale. Plus de 4000 filles et jeunes femmes ont été sauvées et accueillies dans les centres mis sur pied par l'organisme.

«Moi, ma vie s'est terminée après le premier viol, explique la femme de 38 ou 39 ans (elle ne connaît pas son âge exact), qui était à Toronto la semaine dernière dans le cadre d'une campagne lancée par la chaîne de magasins Body Shop: Mettons fin au trafic sexuel des mineurs.

«Pour les filles qui vivent des situations semblables à la mienne, le bonheur est tout simplement hors de portée, même lorsqu'elles réussissent à trouver un emploi digne, à se marier, à fonder une famille. Mais ce qui me donne de l'espoir et de la force, c'est de travailler directement avec les filles. Il faut que je voie la réalité en face. J'aime quand les filles me sourient, j'aime les voir à l'école. C'est concret. Je suis une femme de terrain.»

Le pistolet sur la tempe

Dès qu'elle a remis les pieds à Phnom Penh, elle a connu plusieurs fois la sensation glaçante d'un pistolet sur la tempe et a reçu d'innombrables menaces de mort. Mère de trois enfants, elle s'inquiétait surtout pour la sécurité de sa famille. Récemment, des tenanciers de bordel ont réussi à enlever sa fille de 14 ans pendant quatre jours.

«C'est grave, ce qui lui est arrivé, mais en même temps ma fille a la chance d'avoir beaucoup de soutien. Elle a grandi dans le centre et elle voit que la plupart des enfants de bordel n'ont pas de parents ou ont été vendus par ceux-ci. Mes propres enfants sont de la plus grande importance pour moi, mais tous ces autres enfants ont aussi besoin de moi, plus encore parfois.»

Des nuits blanches

Dans son livre Le Silence de l'innocence, publié en 2005, elle raconte ses nuits blanches et les cauchemars qui n'ont cessé de la hanter depuis ses premières années d'enfer. «Aujourd'hui, je n'ai plus peur. Si on peut vivre un jour, un mois, un an en faisant des choses importantes, qui nous comblent, c'est mieux que de vivre pendant 100 ans sans rien faire. Moi j'aime la vie avec beaucoup de goût.»

Cette année, le gouvernement cambodgien a enfin voté une loi pour protéger les victimes et pour punir les trafiquants. «Le gouvernement commence enfin à bouger.»

Elle constate que les bordels sont un peu moins nombreux depuis qu'elle a entrepris ses sauvetages mais que les filles sont de plus en plus jeunes. Elles n'ont parfois que 4 ou 5 ans.

Le viol des vierges

«Il y a une croyance en Extrême-Orient selon laquelle on peut atteindre l'immortalité, ou du moins rajeunir et éclaircir sa peau, en violant des enfants vierges. D'autres, comme en Afrique, pensent qu'on peut se guérir du sida en couchant avec des vierges», explique Mme Mam.

C'est ainsi que le sida se répand à une vitesse fulgurante dans ces populations. Somaly Mam a vu plusieurs de ses jeunes rescapées en mourir.

À la jeunesse croissante des esclaves sexuelles s'ajoutent des méthodes de représailles de plus en plus barbares. On ne fait plus que battre les récalcitrantes et leur infliger des brûlures de cigarette ; on leur plante carrément des clous dans la tête.

«Mon message, c'est que tout le monde peut aider. Il y a beaucoup de gens qui le veulent mais qui ont peur et ne savent pas par où commencer.» Somaly Mam encourage ceux qui veulent faire leur part à acheter les produits Body Shop créés pour la campagne et dont les recettes seront remises à la Somaly Mam Foundation ainsi qu'à Au-delà des frontières, un organisme canadien qui lutte contre le trafic des mineurs chez nous.




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