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Michel Arsenault: «Il faut arrêter d'exagérer»

Le président de la FTQ, Michel Arsenault... (Photo: André Tremblay, La Presse)

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Le président de la FTQ, Michel Arsenault

Photo: André Tremblay, La Presse

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Les grandes entrevues

De Jean Chrétien à René Angélil, en passant par Louise Arbour, lisez les grandes entrevues réalisées par les journalistes de La Presse. »

Yves Boisvert
La Presse

D'accord, un malheur n'arrive jamais seul, mais faut-il qu'ils arrivent par autobus entiers?

Depuis un mois, la FTQ en a tellement qu'on ne sait plus par quel bout commencer l'entrevue. Les dépenses extravagantes à la FTQ-Construction? L'enquête de la SQ? Le copinage? Les tours de bateau?

Tout ça au moment où s'amorce le maraudage dans l'industrie de la construction, une opération qui met en jeu des sommes importantes... et un rapport de force.

 

Nous avons rencontré le président du plus grand regroupement de syndicats au Québec à son bureau, qui trône au-dessus de l'autoroute Métropolitaine.

Q Il y a des semaines plus compliquées que d'autres...

R Président de la FTQ, c'est pas un poste pour un petit garçon.

Q Comment avez-vous connu Tony Accurso?

R Ça remonte aux années 90, quand j'étais représentant régional chez les métallos (syndicat de 60 000 membres). La compagnie Ivaco (sidérurgie) a décidé de se départir de deux usines, à Trois-Rivières et à Anjou. Un beau matin, il y avait un cadenas sur la porte. Le Fonds de solidarité commençait, vous connaissez son rôle: maintenir et créer des emplois de toutes sortes. À Anjou, c'est M. Accurso qui a été sondé pour racheter l'usine, qui est devenue Hyprescon (fabricant de tuyaux).

Q Qui l'avait présenté?

R C'est Louis Laberge (alors président de la FTQ et grand ami de M. Accurso). M. Accurso avait une usine de produits semblables. Nous sommes restés en contact. Après le référendum de 1995, je suis allé travailler à Toronto, dans le syndicat canadien des métallos. Il m'appelait à mon anniversaire. Entre-temps, Simard-Beaudry (société de construction de Tony Accurso) est devenue partenaire du Fonds, et un bon partenaire, qui rapporte 13% de rendement.

Q On dirait que les présidents de la FTQ entretiennent toujours des liens privilégiés avec les grands entrepreneurs.

R Je rencontre des hommes d'affaires chaque semaine, je ne vis pas dans une secte, il y en a dans ma famille, et je côtoie toutes sortes de gens. Au centre commercial, l'autre jour, un homme d'affaires m'a arrêté en me disant: il faut que le Fonds m'aide!

Q Mais entre une rencontre et un voyage dans le Sud sur un bateau...

R Je suis un Gaspésien, j'aime l'eau, j'ai un bateau et M. Accurso est venu sur le mien pas mal plus souvent. Il m'a invité (en novembre 2008) et ça m'a intéressé. J'avais comme mentalité que ce que je faisais dans mes vacances, ça ne regardait que moi. J'ai changé d'idée! Mais je suis intègre et je n'ai jamais transigé avec des gens de façon incorrecte!

Q On ne dit pas le contraire, mais...

R Moi, ce que je veux dans la vie, c'est qu'on ait une classe moyenne forte au Québec. Moi, je suis fier de voir mon fils profiter d'un congé parental, puis aller reconduire son enfant à la garderie à 7$. J'ai vécu en Ontario, j'ai voyagé énormément et je ne voudrais vivre nulle part ailleurs qu'au Québec. On a la société la plus égalitaire des Amériques, et la FTQ, comme le Fonds de solidarité, ne sont pas étrangers à ça.

Q Le directeur de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, a fait approuver pour 125 000$ de dépenses en six mois, mais vous avez confiance en celui qui les a approuvées, Jean Lavallée.

R J'ai su pour Jocelyn Dupuis le 2 septembre et le 15, il était congédié. On a changé les règles et ça ne se reproduira plus. La FTQ-Construction est indépendante, et l'administration de nos affiliés ne nous appartient pas. On n'a qu'un pouvoir moral. Cette fois-ci, elle nous autorise à superviser les règles. Jean Lavallée a beaucoup fait pour la construction au Québec et avec les informations que j'ai, je n'ai rien à lui reprocher. Il est parti de lui-même pour prendre sa retraite, il va avoir 69 ans cette année.

Q Il a pris sa retraite, mais il est retourné à la présidence de son syndicat local...

R Il y a eu un dérapage dans le cas d'une personne, M. Dupuis, pour des allocations de dépenses. Je déplore qu'on essaie de salir tout le monde par association et par insinuation. On ne mérite pas ça à la FTQ!

Q Il semble y avoir des pratiques douteuses dans l'industrie de la construction, le rapport Lesage sur la Gaspésia en fait état: contrôle du chantier, retards volontaires...

R Encore une fois, vous prenez un cas isolé. Je peux vous parler du chantier Alouette, phase II, je peux vous parler du fait qu'il n'y a eu que quatre jours de grève sur les chantiers depuis 1996.

Q La FTQ-Construction place elle-même les ouvriers sur les chantiers...

R Seulement dans 26% des cas.

Q Mais ça ne donne pas un énorme pouvoir de chantage? On nous dit que quand le constructeur refuse de se plier aux demandes - heures supplémentaires, etc. -, on lui indique que personne n'est disponible, et ainsi de suite.

R Des rumeurs, il y en a toujours. Sur 70 000 membres dans la construction, il n'y a sûrement pas seulement des anges. Mais depuis 15 mois que je suis président de la FTQ, jamais un employeur ne m'a appelé pour se plaindre qu'on retardait son chantier.

Q En 2006, la FTQ-Construction a perdu sa place à la table de négociation, remplacée par une coalition des autres syndicats. Était-ce un coup dur?

R Oui, c'est sûr que c'est mieux d'être présent à la table.

Q Vous entrez en période de maraudage. Tout ce qui se passe ne doit pas vous aider...

R C'est sûr que ce n'est pas agréable d'avoir la SQ à notre porte le matin avec Radio-Canada. Mais on n'a rien à cacher. La SQ n'a pas eu besoin de mandat à la FTQ-Construction, les gens leur ont tout donné. Et ce n'est ni sur la FTQ ni sur le Fonds qu'il y a une enquête. Alors je ne suis pas inquiet. Ce sont des employeurs qui sont soupçonnés de blanchir de l'argent. Chaque semaine, dans les grandes institutions, quelqu'un dérape avec des allocations de dépenses. Qu'est-ce qui se passe? On fait venir la personne, on la congédie et personne n'en parle. On n'appelle pas la presse ni la police. Il y a 1000 employés à la FTQ et ses 31 affiliés. Environ 450 au Fonds. Il y a eu un cas de dérapage. Il faut arrêter d'exagérer.

 

 




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