Après des mois de cafouillages et d'inquiétude, les projets de deux nouveaux hôpitaux universitaires de Montréal sont de nouveau sur les rails. Le ministre Philippe Couillard, abordant le dossier selon son approche habituelle- rationnelle et méthodique- a donné son aval tout en imposant aux responsables des balises intelligentes et serrées. Les choses sont maintenant parfaitement claires. Les conditions de réussite sont réunies.

Depuis que le gouvernement Bouchard a annoncé la construction du nouveau CHUM sur un site unique, le 6000 Saint-Denis, ce projet prometteur n'a connu que des ratés: querelles entre les gens du CHUM et la Corporation d'hébergement du Québec, explosion des coûts, flottements et contradictions dans les intentions gouvernementales. Chaque nouveau ministre- il y en a eu cinq en moins de quatre ans- a voulu revoir le dossier et lui imprégner sa marque. Le projet de McGill (CUSM) subissait les mêmes avatars. De sorte que les deux nouveaux hôpitaux, dont la construction est essentielle pour l'avenir de la médecine au Québec, semblaient menacés. M. Couillard vient de les sauver.

Ses décisions les plus importantes ne sont pas nécessairement celles qui portent sur les coûts- 800 millions en immobilisations pour chacun, au lieu des quelque 1,3 ou 1,4 milliard envisagé récemment. La première de ces décisions cruciales, c'est de confier la conception et la maîtrise d'oeuvre des projets aux gens du CHUM et du CUSM. Ce sont ces gens-là qui connaissent ça, ce sont eux qui vont subir les conséquences des choix faits. Exit la CHQ.

Ensuite, la régie régionale sera étroitement associée à la mise au point des projets, et devra les approuver. De sorte que l'impact de l'ouverture de ces deux grands hôpitaux sur l'ensemble du réseau montréalais sera vraiment pris en compte.

Une fois les projets prêts, le ministre les soumettra à une commission technique indépendante. Ainsi, l'évaluation des projets sera à l'abri des aléas politiques et des lubies des fonctionnaires.

Autre exigence importante: le ministre incite fortement les deux centres hospitaliers à concevoir leur projet en complémentarité. Certains travaux avaient déjà été faits en ce sens, mais M. Couillard croit qu'en limitant les budgets disponibles, il poussera les administrateurs à aller plus loin.

Enfin, les deux centres- mais cela s'adresse surtout au CHUM- devront transformer le mode de rémunération des médecins de façon à valoriser davantage l'enseignement et la recherche.

Huit cent millions, plutôt qu'un milliard et quelque: comment expliquer que les gestionnaires des deux CHU avaient la mine réjouie lundi? Parce qu'enfin, ils savent où ils s'en vont. Et parce qu'ils ont bon espoir de recueillir les millions manquants par une campagne de souscription, auprès du gouvernement fédéral, et peut-être par l'émission d'obligations.

Les gens de McGill et du CHUM se plaignent depuis des mois de l'interférence de Québec. M. Couillard les a écoutés, et leur donne la maîtrise d'oeuvre des projets. La communauté montréalaise attend maintenant d'eux- gestionnaires, médecins, infirmières, syndicats, universitaires- qu'ils se montrent dignes de cette confiance et relèvent le défi.