La confusion règne sur le dossier du CHUM. Pressé de se débarrasser de cette patate chaude, le gouvernement Charest s'apprête à prendre une décision alors qu'il ne semble pas disposer de toute l'information pertinente. Dans les circonstances, il serait plus sage qu'il se donne encore un peu de temps.

Plusieurs aspects du débat restent difficiles à débroussailler. C'est le cas, en particulier, des coûts des deux projets qui sont sur la table. L'Université de Montréal soutient que sa «technopole du savoir et de la santé» coûtera 1,7 milliard. Cependant, certains estiment que la facture dépassera 2 milliards. La direction du CHUM prétend que son projet du 1000 St-Denis ne coûtera pas plus de 1,1 milliard. Plusieurs sont sceptiques, et croient qu'au lieu de permettre des économies, la rénovation de bâtiments existants fera exploser les coûts. Aucun de ceux qui ont présenté ces estimations ne peut prétendre à l'objectivité. Pour justifier les 300 millions de plus qu'entraînerait le déménagement des facultés de la santé sur le site Outremont, le recteur de l'Université, Robert Lacroix, explique que le gouvernement devra dépenser ces sommes de toute façon. La croissance de la clientèle de l'établissement au cours des prochaines années exigerait, en effet, la construction de nouveaux édifices hors du campus principal. Le ministère de l'Éducation conteste les prévisions de clientèles de l'Université. Mais dans le passé, les projections du ministère se sont révélées beaucoup trop conservatrices. Sur quelles données le conseil des ministres fondera-t-il sa décision?

L'ancien premier ministre Daniel Johnson et l'ex-haut fonctionnaire Marcel Villeneuve ont produit à toute vitesse un rapport portant notamment sur ces questions. Ce document est confidentiel, de même que toutes les études faites pour comparer les deux sites. Le fait que le gouvernement prenne une décision d'une telle envergure dans la clandestinité n'est pas sain; c'est même dangereux. La publication de ces documents après coup n'y changera pas grand-chose.

À une époque où le moindre bout de route fait l'objet d'une étude exhaustive du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, où on multiplie les commissions d'enquête, les forums, les sommets et les états généraux, il serait paradoxal qu'un projet de plus d'un milliard, dont l'impact sur l'enseignement, la recherche et les soins de santé sera déterminant, ne fasse l'objet d'aucune expertise indépendante.

Il est vrai que le temps presse. La population ne doit pas pour autant être tenue à l'écart. C'est pourquoi le gouvernement devrait publier le rapport Johnson-Villeneuve, de même que toutes les études pertinentes, avant de prendre sa décision. Sur les questions litigieuses, en particulier celle des coûts de construction, le gouvernement devrait commander une expertise indépendante, et en publier les résultats. Comme le monde de la construction est bien petit au Québec, il serait souhaitable que des experts étrangers participent à cette évaluation.

Par le biais de leurs élus, les citoyens du Québec sont sur le point de consentir un investissement colossal. Le gouvernement a tout à gagner à les rassurer d'abord, puis à les mettre dans le coup. Cela exigera peut-être deux ou trois mois de plus. Mais dans des projets d'une telle envergure, rien n'est plus néfaste que la précipitation.