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Amiante dans les maisons: des rénovations toxiques

On n'utilise plus l'amiante au Québec depuis 1985, sauf mélangé à du ciment ou à de l'asphalte. Mais à Montréal et ailleurs au Québec, des milliers de personnes y sont toujours exposées, le plus souvent à leur insu.

En effet, la vague de rénovations dans les quartiers centraux des grandes villes remet en circulation de grandes quantités d'amiante qui a été mélangé au plâtre lors de la construction des maisons. Cette pratique a été très répandue, de la fin du XIXe siècle jusqu'à l'arrivée des panneaux de gypse (communément appelés placoplâtre ou gyproc).

«Le placoplâtre est apparu à la fin des années 60», dit Yves Frenette, hygiéniste de l'environnement et chargé de cours au département de santé environnementale et de santé du travail à la faculté de médecine de l'Université de Montréal. «Antérieurement, la plupart des murs en plâtre contenaient de l'amiante», dit-il.

L'amiante peut se retrouver dans le plâtre et dans la couche cimentaire qui se situe derrière, avant les lattes de bois qui soutiennent le mur.

La Presse a pu vérifier ce fait lors d'analyses qui seront publiées demain.

C'est donc dire que tous les travaux de rénovation dans les vieilles maisons sont susceptibles d'avoir répandu dans l'atmosphère des fibres d'amiante cancérigènes.

Cela va des nombreuses conversions de duplex en maisons à deux étages et de la mise à nu de murs de briques au réaménagement de pièces dans les «plex» des vieux quartiers.

La présence d'amiante dans le plâtre ancien est très peu connue. C'est en tout cas ce qu'ont conclu les tribunaux. Ils ont entendu la cause de l'acheteur d'une bâtisse à Québec - une église et ses dépendances - qui poursuivait le vendeur pour vice caché. Il venait de découvrir que l'amiante contenu dans le plâtre rendait son projet de transformation en hôtel non rentable, à cause des coûts de décontamination.

Dans ce cas, le tribunal a estimé qu'il n'y avait pas de vice caché parce que c'est la démolition partielle de l'immeuble qui posait problème, pas son utilisation dans sa forme existante.

Mais dans son jugement, rendu en 2005, la Cour supérieure constate aussi que le problème de l'amiante n'était que peu ou pas connu au moment de la transaction, en 1997. D'ailleurs, l'inspecteur en bâtiments ne l'avait pas mentionné.

La logique de cette décision peut s'appliquer à bien des cas, petits et grands.

«Si on ne touche pas aux murs de plâtre, il n'y a pas de problème, dit M. Frenette. Mais si on doit faire des ouvertures, par exemple ajouter une prise électrique, il faut prendre des précautions. Il faut confiner l'endroit, porter un masque et passer l'aspirateur avec un filtre HEPA.»

«Si on abat des murs au complet, il faut confiner tout le chantier en pression négative, et évidemment se protéger de manière adéquate.»

Un tel chantier implique une installation complexe pour capter la poussière et les débris contenant de l'amiante et les acheminer vers un contenant étanche afin de les éliminer sans risque. Le tout sous la surveillance d'un technicien spécialisé.

«Des normes très strictes»

Cela entraîne des coûts qui peuvent limiter le nombre de projets de rénovation dans les logements locatifs, affirme Hans Brouillette, de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ). «Le parc des logements locatifs est vieux, alors on a tendance à avoir des matériaux contenant de l'amiante, dit-il. Il y a des normes très strictes s'il y en a et ça peut changer considérablement les coûts de rénovation. Alors on ne réveille pas la poussière d'amiante.»

Cependant, le risque qu'il y ait de l'amiante dans une construction ne semble pas être un frein à de nombreux chantiers de rénovation.

Rémi Lahaussois peut en témoigner. Après avoir travaillé une quinzaine d'années dans la construction, il a été embauché pour la première fois dans un chantier de démolition dans un duplex à Montréal.

«On m'a envoyé dans un bâtiment qui datait des années 40, dit-il. On m'a dit qu'il fallait enlever les murs et les plafonds. C'était des lattes avec ciment et plâtre. Il fallait couper le mur à la scie ronde. J'avais juste un masque en papier.»

«Le soir, après avoir travaillé toute la journée là-dedans, j'ai fait des vérifications sur l'internet. J'ai trouvé très facilement des informations sur l'amiante dans le plâtre sur lattes.»

«Le lendemain, j'ai dit à l'entrepreneur: "Vous faites des tests d'amiante et je reviens seulement s'il n'y en a pas." Je ne suis jamais retourné au chantier.»

Ce type de situation n'est pas sans conséquence. L'Institut national de santé publique (INSPQ) constate une tendance à la hausse des maladies liées à l'amiante dans le secteur de la construction. Ces maladies sont déjà la principale cause de décès indemnisés par la CSST, avant les accidents.




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