Daniel Shank a lui aussi rêvé à la Ligue nationale de hockey. Et il n'avait pas de plan B. Daniel Shank n'avait pas de plan tout court, mais un objectif, un seul : jouer dans la LNH.

Publié le 22 févr. 2009
Éric-Pierre Champagne LA PRESSE

Texte«Quand j'étais jeune, en revenant de l'école, je mettais mes patins et j'allais au parc jouer au hockey avec les plus vieux.» Sa mère lui disait de rentrer à la maison quand il ferait noir. «Je ne rentrais pas. Je ne faisais rien de mal, je jouais au hockey, c'est tout.» Sa mère allait finalement le chercher et pendant les jours suivants, il n'avait pas le droit d'aller à la patinoire en rentrant de l'école. «J'avais un peu temps pour faire mes devoirs, mais une fois ma punition terminée, je recommençais à aller au parc. Je n'avais que ça en tête, la Ligue nationale.»

L'ailier droit a réalisé son rêve. Combien peuvent en dire autant? Ses faits d'armes en 77 matchs dans la grande ligue au début des années 90 : 13 buts, 14 passes et 175 minutes de punitions avec les Red Wings de Detroit et les Whalers de Hartford.

Aujourd'hui, Daniel Shank, 41 ans, gagne sa vie en arbitrant des matchs de ligue de garage. Soixante-dix-sept matchs ne font pas une carrière. Et on ne devient pas riche en roulant sa bosse pendant près de 20 ans dans les circuits mineurs. Ligue nationale ou pas, il doit donc travailler pour payer l'hypothèque et l'épicerie. Et comme il a abandonné l'école avant même d'avoir terminé son secondaire, ses perspectives d'emploi sont limitées.

Il ne renie pas son passé

Mais Daniel Shank n'est pas un imbécile pour autant. Il porte un regard très lucide sur ses choix de carrière. Avec le recul, il admet qu'il aurait dû écouter un peu plus les gens qui voulaient le conseiller. Il est aussi conscient que s'il n'avait pas abandonné ses études, les portes s'ouvriraient un peu plus facilement pour lui aujourd'hui.

Mais il ne renie pas son passé. «Je voulais jouer dans la Ligue nationale. Je n'aurais joué qu'un seul match que j'aurais atteint mon objectif.» Et cet objectif, plusieurs lui répétaient qu'il ne l'atteindrait jamais. «Dans le junior, on me disait que tel ou tel joueur irait dans la Ligue nationale, mais pas moi.»

Même s'il n'a pas été repêché par une équipe de la LNH, la chance a néanmoins souri à Daniel Shank. Quelques mois après la fin de sa carrière junior, alors qu'il travaillait comme portier dans un bar, il reçoit un appel des Red Wings de Detroit. «Jimmy Devellano (directeur gérant des Red Wings) m'a appelé pour me demander si j'étais en forme. Je me suis regardé la bedaine,  mais j'ai quand même dit que j'étais en forme. Je ne voulais pas rater la chance de jouer dans la Ligue nationale.»

Daniel Shank mis les bouchées doubles et il a finalement connu son heure de gloire au cours de la saison 1989-1990 alors que Jacques Demers était entraîneur des Red Wings. Il aura joué 57 matchs cette saison-là. L'année suivante, après le congédiement de Jacques Demers, ce fut le début de la fin d'une courte carrière. Le joueur québécois a été échangé aux Whalers, avec lesquels il a joué seulement quelques matchs.

Sa carrière s'est poursuivie, mais dans la Ligue américaine, la Ligue internationale et même en Europe. Il a finalement pris sa retraite comme joueur en 2000-2001.

Et l'avenir ? Daniel Shank ne semble pas inquiet. «Quand j'ai commencé à arbitrer, on me disait que je ferais une, peut-être cinq parties par semaine. Aujourd'hui, j'arbitre de 20 à 25 matchs par semaine. J'ai ouvert plusieurs portes dans ma vie et je vais en ouvrir d'autres...»