Les contacts étaient interdits

Gérald Tremblay a convoqué mardi une séance extraordinaire... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Gérald Tremblay a convoqué mardi une séance extraordinaire du conseil municipal, qui a débuté à 9h et qui s'est étirée jusqu'à 16h.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Le processus pour obtenir le plus important contrat de l'histoire de Montréal comprenait une clause empêchant strictement GÉNIeau ou Catania-SM d'avoir toute forme de conversation avec les élus au sujet des compteurs d'eau durant la période d'appel de propositions.

Pour seul contact, les deux firmes étaient tenues de se référer à un intervenant, Hamid Sidev, qui avait un rôle d'intermédiaire. C'est ce qu'ont appris les élus de Montréal, mardi, dans une séance extraordinaire convoquée par Gérald Tremblay au cours de laquelle le maire a été talonné par le chef de l'opposition, Benoît Labonté.

Au cours de cette séance qui a duré près de trois heures, le directeur général de la Ville, Claude Léger, accompagné de fonctionnaires et d'ingénieurs de la firme BPR, ont retracé toutes les étapes qui ont mené à la signature d'un contrat de 356 millions, sur une période de 25 ans, avec le consortium GÉNIeau, formé de Dessau et Simard-Beaudry. L'ambitieux processus d'installation et d'entretien des compteurs d'eau a commencé en juin 2006, par un appel de qualification, pour s'échelonner jusqu'en mars 2008, date de la signature finale du contrat.

En raison des apparences de conflit d'intérêts, le maire de Montréal, appuyé par les élus de son équipe et l'opposition, a aussi mandaté, mardi en fin de séance, le Vérificateur général de la Ville pour passer au peigne fin les tenants et aboutissants du contrat. Ce rapport doit être déposé le 18 juin 2009, et risque de pousser le Vérificateur général à mandater une firme externe pour l'appuyer dans son enquête.

Une première étape

En point de presse, Gérald Tremblay a expliqué, en fin d'après-midi, que grâce à la séance, les citoyens en savaient maintenant autant que lui sur les aspects techniques du projet. «Il s'agissait de la première étape, a-t-il ajouté. Il faut maintenant clarifier cette perception de conflit d'intérêts.»

À ce sujet, le maire a déclaré qu'il ne savait pas si son ancien bras droit, Frank Zampino, avait eu des contacts avec l'un des codirigeants de GÉNIeau, Tony Accurso, durant le processus d'appel d'offres. À la suite d'une enquête, La Presse a révélé, il y a quelques semaines, que l'ancien président de l'exécutif du maire de Montréal (aujourd'hui démissionnaire du deuxième poste en importance chez Dessau, firme partenaire de GÉNIeau), avait séjourné deux fois sur le yacht de Tony Accurso, en janvier 2007, puis en février 2008. Donc avant et après l'appel de propositions (qui s'échelonnait de mai 2007 à octobre 2007). Zampino a, quant à lui, déjà précisé qu'il s'agissait d'une amitié remontant à plus de 20 ans.

«Je ne sais même pas si Tony Accurso était sur le yacht au même moment que Frank Zampino, a précisé le maire. Je n'ai pas ces détails.»

Des mots d'encouragement

Par ailleurs, selon des informations obtenues par La Presse, l'actuel vice-président du comité exécutif, Sammy Forcillo, a récemment eu des conversations téléphoniques avec Frank Zampino. «Je lui ai transmis des mots d'encouragement», a admis M. Forcillo, à ce sujet, sans entrer dans les détails.

La Presse a souhaité demander à Frank Zampino et à Tony Accurso s'ils étaient au courant de la clause empêchant les soumissionnaires d'avoir toute forme de conversation avec les élus durant la mise en candidature pour le contrat des compteurs d'eau.

Frank Zampino n'était pas à son domicile de Saint-Léonard, mardi après-midi. «Je doute qu'il veuille parler aux journalistes», nous a répondu sa femme, ajoutant que son mari s'était déjà expliqué sur l'affaire des compteurs d'eau. Le courriel envoyé à Tony Accurso est resté sans réponse. Lors de la visite de La Presse, le promoteur n'était pas à son domaine de Deux-Montagnes, sis sur la rive de la rivière des Mille-Îles.

Trois volets

Pour revenir aux étapes qui ont mené à l'octroi du contrat lui-même, le directeur général de la Ville a rappelé qu'il avait été rendu nécessaire en raison du piètre état du réseau de l'eau dans la région métropolitaine. Bon an mal an, 40% de l'eau est perdue à cause des fuites et différents bris, a-t-on expliqué, soit l'équivalant de la consommation quotidienne totale de Paris (800 000 mètres cubes). Avec le contrat des compteurs d'eau, qui comprend l'installation d'un système de mesure du débit de l'eau en temps réel, on espère donc être en mesure d'établir un diagnostic.

Au bout du compte, d'ici à 2018, la Ville de Montréal espère réduire les bris de 25% et sa production inutile d'eau de 20%. Pour des économies annuelles respectives de 15 et 4,8 millions par année, estime-t-on.

Enfin, la Ville de Montréal s'est appliquée à démontrer que le contrat avait été attribué au cours d'un processus de sélection «rigoureux et transparent», avec l'aide de la firme BPR, responsable de la préparation du projet et des critères de conception pour le compte de la Ville.

Claude Léger, directeur général, a enfin dû expliquer que son ancien directeur adjoint responsable des infrastructures à la Ville, Yves Provost, s'était retiré du dossier avant de démissionner, fin 2007, pour joindre les rangs de la firme d'ingénierie BPR.

«Je n'ai pas eu l'occasion de travailler avec lui, a-t-il dit, mais je sais qu'il a été dévoué à Montréal durant 25 ans. Et qu'il m'a avisé le jour même où il avait décidé d'engager des discussions d'embauche avec des entreprises, dont BPR», a dit M. Léger.

- Avec la collaboration de Catherine Handfield et André Noël

 




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