Alors que les membres de l’OTAN se réunissent à Washington, on soulignera encore, et cette fois avec moins de patience, que le Canada ne remplit pas ses obligations envers l’alliance. Dans le contexte d’une situation internationale de plus en plus menaçante, une sorte de consensus national est peut-être en train d’émerger en faveur d’un renforcement de notre dispositif de défense.

Notre gouvernement doit saisir l’occasion en lançant une campagne de relations publiques, une campagne d’enrôlement et un changement fondamental dans la gestion et l’approvisionnement de nos Forces armées.

Dans les relations publiques, la défense du territoire devrait être le thème prioritaire, en citant des exemples tels que la Suède. La Suède dispose d’un excellent filet de sécurité sociale, comprenant des soins de santé et une éducation de qualité. Mais elle dispose aussi de forces armées que tout attaquant devra prendre très au sérieux. En outre, elle construit ses propres navires, canons, avions à réaction et chars, ce qui permet d’en garder les retombées économiques. Tout cela avec un tiers de notre population.

La sécurité nationale et la prospérité ne doivent pas être perçues comme s’excluant mutuellement. Aucun de ces objectifs n’est au-dessus de nos moyens.

La question du recrutement doit également être traitée de toute urgence. Toutes les mesures d’incitation possibles doivent être mises en œuvre. Par exemple : des primes à l’enrôlement, de généreuses subventions à l’éducation pour les anciens membres, une citoyenneté accélérée pour les immigrants, des subventions au logement, des avantages fiscaux pour les employeurs qui encouragent le service dans les réserves, etc. Une première étape facile consisterait à réactiver plusieurs régiments de la réserve dans les forces régulières, et à les aider à faire face aux exigences d’une expansion rapide.

Investir dans l’Arctique et ailleurs

En même temps, il faudrait une activité soutenue dans le domaine de l’investissement. Par exemple, annoncer la construction de nouvelles bases, en particulier dans l’Arctique, inaugurer de nouvelles usines pour les industries de défense, augmenter la production dans les installations existantes et donner le feu vert à des projets majeurs dans chaque province.

Plusieurs priorités clés ont été ciblées. Forger un sens national sur un enjeu vital. Développer une chaîne d’approvisionnement nationale capable de concevoir et de construire du matériel militaire. Stimuler l’enrôlement à court et à long terme. Finalement, revendiquer sérieusement notre souveraineté dans l’Arctique en construisant de grandes bases, avec des capacités aériennes, terrestres et maritimes.

Pour s’assurer que ces objectifs ne soient pas perdus de vue, ils doivent être supervisés par quelque chose qui s’apparente à un ministère de la Guerre.

Un comité directeur pour la politique de défense, avec des représentants du Parlement, y compris de l’opposition, des Forces armées et de l’industrie. Ce comité devrait répondre directement au Parlement lors de séances publiques régulières. Les membres devraient être renouvelés à tour de rôle, indépendamment de toute considération partisane.

Jusqu’à présent, les libéraux et les conservateurs se renvoient la balle depuis des décennies. Nous avons besoin d’un système solide, à l’abri des contingences passagères et de l’opportunisme politique. Le budget de la commission devrait être fixé à 2 % du PIB, dès le départ. Ce qui n’est pas dépensé immédiatement devrait être reporté sur des besoins futurs, sans être redirigé ailleurs. Cela permettrait de répondre instantanément et de manière productive à nos obligations dans le cadre de l’OTAN.

Rien de tout cela n’est facile, bien sûr. Mais avec le temps, les avantages pourraient être très réels. Des secteurs entièrement nouveaux de recherche, de développement, de construction et de services aux nouvelles bases insuffleraient de la vitalité à de nombreuses économies locales.

Le Nord pourrait commencer à se sentir partie prenante de l’avenir du Canada. Et un sentiment renouvelé de la communauté nationale pourrait aider à atténuer la fragmentation et les griefs qui dominent dans les discours de nos jours. En nous concentrant sur ces priorités, nous pourrions ouvrir la voie à un avenir où le Canada montrerait véritablement l’exemple, comme il l’a fait lors de précédentes urgences mondiales.

Lisez l’éditorial « Le pire ennemi de nos Forces désarmées » de Stéphanie Grammond Qu’en pensez-vous ? Participez au dialogue