La Fédération québécoise des municipalités, en collaboration avec le gouvernement du Québec, a récemment annoncé un nouveau programme, ÉcoÉnergie 360⁠1, qui permettra aux municipalités d’effectuer des rénovations énergétiques majeures sur leurs bâtiments, sans avoir à avancer l’argent nécessaire : les institutions financières pourront se rembourser à même les économies d’énergie, par l’intermédiaire d’une société en commandite créée en partenariat avec la SOFIAC.

Ce programme permettra, bien sûr, d’améliorer la performance énergétique de nombreux bâtiments municipaux et de réduire partiellement leurs émissions de GES, ce qu’il convient de saluer.

Toutefois, en ne ciblant pas directement la carboneutralité visée par le gouvernement du Québec, ce programme représente une occasion manquée (une de plus) pour le Québec d’accélérer la transition énergétique et d’avancer réellement sur ses objectifs climatiques. En effet, les rapports et analyses qui se succèdent⁠2,3 constatant que le Québec prend du retard sur ses objectifs climatiques et qu’il n’y a plus de temps pour des solutions de transition, il importe que toutes les actions soient compatibles avec la carboneutralité.

Il est donc surprenant que, malgré les évidences et les objectifs gouvernementaux, on continue d’investir dans des solutions qui préservent un rôle important pour les combustibles fossiles.

La surprise est d’autant plus grande lorsque ce rôle est maintenu dans des secteurs où des solutions de remplacement éprouvées existent déjà. L’argument offert par la SOFIAC pour justifier cette approche est qu’il est actuellement impossible de rentabiliser des transformations qui mènent à la carboneutralité. À cet argument, on ajoutera la crainte de voir la pointe hivernale en demande électrique exploser avec la décarbonation complète des bâtiments.

Ces objections font sourciller pour plusieurs raisons :

(i) le prix du carbone est appelé à augmenter rapidement au cours des prochaines années, rendant le coût de l’utilisation des combustibles fossiles toujours moins compétitif ;

(ii) la pression pour atteindre la carboneutralité ne va aller qu’en augmentant : certains des travaux financés par ce nouveau programme seront donc à refaire avant leur amortissement complet, augmentant ainsi le coût de la transition pour les contribuables ;

(iii) le verrouillage des systèmes à gaz naturel dans les bâtiments impliquera la dépendance sur le GNR pour la décarbonation des bâtiments, malgré les limites sur la disponibilité de cette source d’énergie et la nécessité de son usage dans d’autres secteurs qui ne possèdent pas de solutions de remplacement pour la décarbonation ; et, finalement,

(iv) les avancées à l’étranger rendent les technologies carboneutres (y compris celles capables d’éviter la pointe de demande électrique) plus efficaces et toujours moins chères. Chaque année qui passe rend donc le Québec moins compétitif et plus dépendant des savoir-faire développés et maîtrisés à l’étranger.

L’occasion parfaite

Comme le souligne le Comité consultatif sur les changements climatiques, le Québec a grand besoin de feuilles de route détaillées qui vont au-delà des promesses creuses et des programmes inefficaces. La rénovation des bâtiments municipaux est une occasion parfaite pour mettre en place une feuille de route dans le secteur des bâtiments institutionnels et commerciaux qui permette à la fois d’avancer sur les objectifs de carboneutralité tout en limitant la demande électrique en pointe.

Malgré le discours de la SOFIAC, l’argent ne manque pas au Québec pour appuyer un programme stratégique de décarbonation complète des bâtiments municipaux.

En effet, le récent Plan de mise en œuvre 2024-2029⁠4 déposé par le ministre Benoit Charette estime qu’il en coûtera 10 milliards de dollars pour réduire d’environ 15 millions de tonnes les émissions du Québec. À une moyenne de 650 $ la tonne, ce coût se situe tout en haut de la fourchette des coûts par tonne que nous estimons nécessaires pour décarboner le Québec, tel que rapporté dans nos récentes Perspectives énergétiques canadiennes3 ; il devrait donc suffire amplement pour appuyer les efforts des municipalités s’il permet de structurer un secteur de services qui, en gagnant en compétence, sera capable d’offrir des solutions bas carbone compétitives pour les grands bâtiments.

Ces défis ne concernent pas que le Québec ; c’est tout le nord de l’Amérique du Nord qui devra y faire face au cours des prochaines années. Voilà une raison additionnelle pour créer un savoir-faire porteur pour l’économie québécoise. Si cet argument ne résonne pas auprès du ministère de l’Environnement, peut-être trouvera-t-il écho auprès de celui de l’Économie ?

Quoi qu’on en dise, nous sommes bien loin des meneurs du reste de la planète. Mais s’il n’est cependant pas trop tard pour agir, chaque jour qui passe réduit les chances pour le Québec de mener cette transition dans notre coin de l’Amérique du Nord.

1. Consultez le site web du programme ÉcoÉnergie 360 2. Consultez le récent Bilan et perspectives de la lutte contre les changements climatiques au Québec 3. Consultez les dernières Perspectives énergétiques canadiennes 4. Consultez le Plan de mise en œuvre 2024-2029 Qu’en pensez-vous ? Participez au dialogue