Donner plus de latitude à divers professionnels pour poser des diagnostics en santé mentale, faire fondre les listes d’attente et permettre aux enfants, enfin, d’accéder à de l’aide ? Séduisant, évidemment ! Qui ferait la fine bouche devant un tel programme ? Pourtant…

Plusieurs voix rappellent déjà l’art délicat de poser des diagnostics en santé mentale jeunesse et le risque d’accentuer le surdiagnostic objectivé statistiquement au Québec chez les enfants.

Les enfants ont-ils réellement besoin de plus de diagnostics ? Si l’on en croit le pitch de vente, oui : c’est même la clé d’entrée pour tout.

Cela dit, il y a quelque chose de tragique derrière ce « Graal diagnostique » pour obtenir de l’aide, dans les CLSC et dans les écoles. C’est une bien triste réalité qui pousse les parents inquiets et culpabilisés à aller chercher ce diagnostic le plus tôt possible, celui censé « expliquer » ce qui se joue pour l’enfant et ce qu’est l’enfant. On les comprend. Sans ce diagnostic, rien. Ou pas grand-chose.

Que se passerait-il donc une fois le rapport diagnostique obtenu ?

Des professionnels plus utiles ailleurs

Imaginer que les services sont suffisamment pourvus en personnel pour assurer un soutien rapide aux jeunes et aux parents est une chimère. Les CLSC sont exsangues, le nombre de professionnels insuffisant et les listes d’attente interminables. Certains psychologues et orthophonistes, entre autres, disent déjà leur inconfort à devoir évaluer en rafale des enfants plutôt que de fournir des suivis de qualité. Les mêmes professionnels que Sonia LeBel veut dédier à cette étape diagnostique (cette course ?) seraient bien plus utiles ailleurs, en soutien thérapeutique, mais surtout en prévention…

Cette prévention qui serait tellement pertinente auprès des familles et des enfants avant que leur état n’empire et qu’un diagnostic ne tombe, justement.

Tous ces professionnels que l’on va donc utiliser pour « faire du diagnostic » seraient si précieux bien avant – les fameux 1000 premiers jours cruciaux d’un enfant, notamment !

Que deviendra ensuite ce rapport diagnostique à l’école ? Les accommodements nécessaires sont-ils systématiquement et rapidement mis en place ? De nombreux professionnels, parents, dénoncent une absence de pleine collaboration et un manque de considération du milieu scolaire parfois. Je le constate sur le terrain quand je dois m’inviter à une table de discussion scolaire pour présenter l’enfant qui est, malgré les rapports diagnostiques, mal « lu ».

Alors pour quelle autre raison, ce besoin de diagnostics à accélérer ? Je lis qu’une conseillère en orientation pourrait diagnostiquer un trouble anxieux pour un élève du secondaire afin de lui assurer la réussite scolaire. Nous y voilà ? Le diagnostic viserait-il finalement, dans de nombreux cas, à permettre à l’enfant de tougher l’école (pardonnez-moi l’expression) ou plutôt de rester adapté à un système éducatif lui-même caduc et clairement inadapté aux réalités actuelles ?

C’est donc la seule chose que l’on voit pour l’avenir de nos enfants ? Leur poser des diagnostics (grâce à plus de professionnels de tous ordres) plutôt que de réfléchir collectivement à tout ce qui n’a plus de sens ?

On ne manque clairement pas de diagnostics, madame LeBel, mais on manque de débats honnêtes et de constats sans œillères sur la situation de nos enfants en 2024 ; il nous manque une vision à long terme pour eux, des projets innovants et créatifs dans tous les lieux où ils vivent et grandissent. On patche et on les étiquette individuellement, car on n’est pas capable de poser des diagnostics de société. Ça, oui, ça manque cruellement. Vous pourriez donc plutôt augmenter l’agilité et la latitude de certains professionnels pour venir vous présenter ces diagnostics de ce qui se passe sur le terrain. Nous sommes disponibles.

1. Lisez l’article « Code des professions : plus de pouvoirs aux pharmaciens et aux professionnels de la santé » Qu’en pensez-vous ? Participez au dialogue