Le poste de transformation électrique Berri déménagera en bas de la côte, au sud de la rue Ontario. Le sort de la vente à Hydro-Québec de l’actuel espace vert serait scellé.

La société d’État s’est engagée à organiser un concours d’architecture. Cette garantie de qualité donnée à la Ville risque de s’avérer une opération de maquillage décevante si les nouvelles installations électriques perpétuent le concept d’une forteresse à haute tension aux abords interdits d’accès au public.

Les équipements industriels s’installeront dans le secteur de l’îlot Voyageur en plein redéploiement résidentiel. Ils voisineront la Grande Bibliothèque, la gare d’autocars, porte d’entrée de nombreux visiteurs à Montréal, ainsi que les immeubles résidentiels en face qui auront une vue plongeante sur le site industriel. Le transport d’une telle activité au carrefour des rues Berri et Ontario est d’autant plus inquiétant qu’une étude de l’Université McGill révèle qu’il se situe en tête de liste des 10 intersections les plus dangereuses selon les cyclistes⁠1.

L’espace vert convoité par Hydro-Québec était à l’origine réservé à un futur agrandissement de la Grande Bibliothèque ou à un usage culturel compatible.

L’installation technique, si elle est ceinturée et fermée au public, risque d’annuler les efforts de revitalisation du secteur qui sont sur une belle lancée. Selon le porte-parole d’Hydro-Québec, le poste électrique ne peut pas être associé à une autre utilisation⁠2. Le concours ne servirait-il donc qu’à créer une forme pour dissimuler des équipements et des véhicules garés ? Malgré la volonté d’intégrer harmonieusement le projet à la trame urbaine, celui-ci restera un corps étranger au milieu s’il se barricade derrière une façade interdite d’accès.

L’acceptabilité sociale du projet de relocalisation du poste Berri ne viendra pas de l’architecture seule. Le PDG d’Hydro-Québec, Michael Sabia, s’est engagé dans une lettre adressée à la mairesse Valérie Plante à « réduire autant que possible l’empreinte au sol du futur poste ». De l’autre côté, le porte-parole de la société d’État affirme que l’enfouissement du projet « n’est pas l’avenue la plus probable » parce que cela est plus coûteux.

L’administration Plante se satisfait de garanties de qualité assez nébuleuses. La Ville cède en échange la servitude qu’elle possède sur le terrain⁠3. Elle récoltera au passage la somme de 490 000 $.

Intervenir en milieu urbain

Un tel projet implanté dans un secteur à vocation culturelle et résidentielle ne devrait pas écarter d’emblée l’enfouissement et les usages complémentaires qui pourraient bénéficier à la communauté. Le poste Denny à Seattle⁠4 fournit un exemple : la municipalité a négocié des garanties avec la société d’électricité quant à la fourniture de bénéfices pour la population, en échange de la cession d’une servitude qu’elle possédait sur le terrain. Le poste Denny comprend une promenade surélevée pour les piétons, un parc à chiens, un centre communautaire, des expositions et de l’art public.

La société d’État devrait adopter une approche plus sensible lors d’interventions en milieu urbain dense. Rappelons l’enrochement récent des berges de la rivière des Prairies dans le secteur patrimonial du Sault-au-Récollet qui a suscité la colère des résidants d’Ahuntsic-Cartierville.

La solution la plus rapide et économique retenue par Hydro-Québec était vouée à l’échec parce que les citoyens réclament l’aménagement d’une promenade riveraine à cet endroit depuis des décennies. Les projets d’intervention dans les milieux habités des grandes villes doivent s’ajuster en fonction du tissu urbain et social sans prendre de raccourci par la voie la plus économique.

La société d’État fait main basse sur un terrain de choix du centre-ville pour réaliser un projet dont l’usage au départ est peu compatible avec le milieu environnant. Elle devra y mettre le prix afin d’atteindre un minimum d’acceptabilité sociale et ne pas saper les efforts de revitalisation en cours du secteur. En ce sens, l’administration Plante possédait une carte maîtresse dans son jeu (la vente d’une servitude sur le terrain) pour négocier davantage pour les citoyens qu’un concours d’architecture. Souhaitons que la joie de fréquenter le Quartier latin demeure intacte.

1. Lisez « Les 10 intersections les plus dangereuses aux yeux des cyclistes montréalais répertoriées » 2. Lisez « Quartier latin : 700 logements avec vue sur un poste électrique sur Berri » 3. Lisez « Poste électrique au centre-ville : Montréal lève un premier obstacle » 4. Découvrez la Denny Substation de Seattle Qu’en pensez-vous ? Participez au dialogue