Les artistes professionnels sont unanimes : les systèmes de financement de l’État ne sont pas à la hauteur du talent d’ici. Dans le milieu cinématographique, la grogne est palpable, pourtant peu osent s’exprimer, craignant des représailles et la perte de subventions.

Aujourd’hui, je prends la parole pour dénoncer ce cirque d’amateurisme flagrant. Il est grand temps de réformer le système, afin de recentrer les créateurs dans le processus décisionnel.

Tout d’abord, augmentons substantiellement les investissements dans notre cinéma pour en faire un moteur de succès artistique et économique à l’échelle nationale et internationale. Il est crucial que les décideurs de la SODEC et de Téléfilm Canada soient des professionnels expérimentés dans la création de films, exempts de tout conflit d’intérêts. Cela garantirait que notre système soit dirigé par des personnes compétentes et inspirantes.

Encourageons la liberté artistique des scénaristes et réalisateurs expérimentés, sans qu’ils subissent la pression des institutions pour un cinéma consensuel axé sur des idéologies sociales, tout en soutenant les talents émergents par l’intermédiaire d’un système de parrainage.

Il est également essentiel d’évaluer les cinéastes pour leur vision artistique, et non seulement pour leurs scénarios. Un film dépasse le texte écrit ; c’est un processus créatif complet, guidé par la vision du réalisateur. Tout en reconnaissant l’importance du scénario, nous devons valoriser la démarche artistique, la créativité et l’unicité de la voix du cinéaste.

Réorganisons les comités de lecture des projets en les composant de pairs de l’industrie, membres des associations professionnelles, avec une rotation tous les deux ans, comme le fait le CNC en France.

Remplaçons les directeurs et directrices des institutions par une présidence issue de divers domaines artistiques, régulièrement renouvelée, pour éviter la stagnation des postes décisionnels.

Redistribuons les fonds en réduisant le nombre de postes dans la fonction publique liés à la culture, afin de soutenir directement un plus grand nombre de créateurs selon des critères objectifs tels que leur formation artistique, leur parcours professionnel et leur capacité à générer des appuis significatifs. Et surtout, réduisons le salaire annuel des fonctionnaires-dirigeants du milieu culturel québécois (dont la moyenne est de 200 000 $) pour qu’il soit respectueux du revenu médian des artistes pour qui ils travaillent (soit environ 15 000 $).

Encourageons l’investissement privé par des incitatifs financiers, comme l’engagement du gouvernement à investir un dollar pour chaque dollar investi par le secteur privé. Cela favoriserait des financements mixtes pour des films à fort potentiel créatif et financier.

Récompensons les cinéastes ayant démontré leur capacité à produire des œuvres de manière indépendante (sans recourir aux fonds publics) par un programme spécial qui soutiendrait automatiquement la distribution de leurs films autoproduits, y compris les frais associés, en réponse aux demandes de festivals, de diffuseurs et de distributeurs locaux et étrangers.

Garantissons une rétribution équitable des recettes financières aux créateurs, en instaurant une taxe spéciale ou en attribuant un montant fixe issu de chaque billet de cinéma vendu et de chaque location sur les plateformes de diffusion en continu (streaming).

Éradiquons les conflits d’intérêts au sein des institutions et toute forme d’ingérence et de favoritisme dans les décisions affectant les cinéastes, acteurs et autres artistes des productions. Cela concerne notamment les conseils d’administration des institutions, des festivals, de Québec Cinéma et de l’Académie du cinéma, où certains décideurs exercent une influence arbitraire sur les choix artistiques.

Mettons fin à l’obligation d’investir le crédit d’impôt dans le projet qui le génère, une contrainte qui oblige les sociétés de production à s’endetter. Le crédit d’impôt devrait être alloué au prochain projet développé par la maison de production, conformément à son objectif initial de soutenir le développement de nouveaux projets.

Enfin, les films emblématiques du cinéma québécois financés par des fonds publics devraient être accessibles sur les plateformes. Trouvons des solutions pour garantir cette accessibilité, car certaines œuvres disparaissent de la vue du public malgré leur importance culturelle. Ces films, ayant été financés par le public, devraient être disponibles à tous.

En somme, il est urgent de procéder à une réforme complète du système pour placer les créateurs au cœur des décisions et favoriser une industrie libre, équitable et éthique, tout en éliminant l’incompétence, l’abus de pouvoir, les conflits d’intérêts, l’ingérence et le favoritisme. Il y va de l’avenir de notre cinéma.

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