Durant les prochains jours, de nombreux parents vont vivre (ou ont déjà vécu) des célébrations autour de la fin du secondaire. C’est une étape assez importante, et pour y être passée deux fois, je me permets de vous livrer ma réflexion sur ce rite de passage.

Je me suis rendu compte que j’ai sous-estimé l’effet de ce phénomène : ce rite de passage est finalement nécessaire pour nos enfants et pour nous, parents, pour prendre acte de ce changement de l’adolescence à l’âge adulte. Et si je me réfère un tant soit peu à la sociologie et paraphrase Émile Durkheim, il y a rite lorsque « des individus sont réunis, que des sentiments communs sont ressentis et qu’ils s’expriment en actes communs ».

Lors de la remise des diplômes de mes filles, j’ai pu être témoin du sentiment créé par cette cérémonie. Tout d’abord, l’espace : ce grand théâtre, majestueux, hors de l’école, situé en plein cœur d’un parc. Puis la cérémonie en tant que telle : tout est parfaitement orchestré, tout doit être huilé pour que tout s’enchaîne : l’horaire des élèves, l’horaire d’arrivée des parents, les discours...

Il fallait voir ce regard d’admiration que portait cette mère sur sa fille rendue plus grande qu’elle, ce jeune garçon qui est venu porter une rose à sa mère, émue de ce geste, malhabiles dans leurs marques d’affection, mais si tendrement assumées par ce jeune.

Puis viennent les mots du personnel de direction, un discours du cœur, sincère, des mots qui peuvent résonner longtemps chez nos enfants : « Soyez fiers de ce que vous avez accompli, si vous en êtes arrivés là, c’est grâce à vous, à votre persévérance. »

Une prise de conscience

Et là, j’ai une prise de conscience et je me dis que je suis fière de « mon système scolaire ». Je me rends compte que j’ai eu le privilège de rencontrer des personnes passionnées et passionnantes. Tout d’abord, dans l’école primaire qui a été comme un village pour notre famille, une seconde maison, un espace sécuritaire où mes enfants ont pu grandir en toute quiétude. Ensuite, le secondaire, aux abords un peu moins accessibles dans un premier temps, des regards et des mots qui ont fait mal, qui ont mis à genoux mes filles ; elles ont rencontré l’adversité. Et dans un deuxième, voire troisième temps, elles ont pu rencontrer des regards de compréhension, d’empathie, des personnes ont cru en elle, et cette école a pu leur offrir un système d’apprentissage différent, adapté à ce qu’elles sont : des jeunes filles en mal d’apprendre, mais remplies de volonté.

À la terre entière, une mère veut crier par la fenêtre qu’elle est remplie d’amour pour ses enfants, et qu’elle les protégera à jamais.

Cette année, et encore plus lors de cette soirée, de ce rite de passage, j’ai compris que je devais « laisser aller » mes filles, j’ai compris que je dois leur faire confiance, et qu’elles trouveront leur chemin, quel qu’il soit.

Et c’est à cela que servent les rites de passage. Aux prises de conscience. Je ne pourrai plus vous protéger contre ces regards qui peuvent blesser, qui peuvent vous mettre à genoux, mais je sais que vous saurez trouver les mots et les gestes pour vous relever et avancer. Et je sais que vous ne serez jamais seules.

Merci à tous ces professeurs engagés, aux spécialistes de l’équipe école, aux directeurs, aux concierges, continuez à croire en cette génération en devenir, continuez à leur faire découvrir leur potentiel et c’est ainsi que nous pourrons devenir une société solide, debout, fière de ces humains, engagée pour le bien commun ! J’aime à le croire.

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