Dans tout le vacarme des deux tours des élections législatives françaises, une voix calme, posée et ferme a réussi à se faire entendre. Marine Tondelier, cheffe du parti Les Écologistes, a surpris la scène politique avec un style respectueux… et souriant.

Ça s’est passé il y a à peine une semaine sur le plateau télé du réseau français BFMTV.

Marine Tondelier, cheffe du parti Les Écologistes, parle au nom de la coalition du Nouveau Front populaire (NFP). Elle montre à la caméra des affiches, des dessins de presse parus en 1936 en réaction à une proposition audacieuse du Front populaire de l’époque : abaisser la semaine de travail de 48 heures à 40 heures.

Les caricaturistes ont ridiculisé la proposition, rappelle-t-elle, usant des mots « misère », « faillite », « bien-être amoindri », « écrasement du travailleur français ». « Les mesures de progrès social, au début, ça fait peur à tout le monde, ce n’est pas consensuel », dit Marine Tondelier. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord pour dire que la semaine à 40 heures est une bonne idée, tout comme les congés payés, instaurés eux aussi par le Front populaire. « Heureusement qu’ils l’ont fait. »

L’extrait est rapidement devenu viral. Celui-là, ainsi que beaucoup d’autres, où Marine Tondelier reproche au chef du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, de refuser de participer à un débat avec elle. Ou encore, lorsqu’elle dénonce le « problème » du nombre de « moments très masculins » dans cette campagne où peu de femmes ont été à l’avant-plan.

En quelques jours, la popularité de Marine Tondelier, 37 ans, très peu connue avant la campagne, est montée en flèche. Si bien que, depuis la victoire du NFP, son nom circule sur la courte liste des candidats potentiels au poste de premier ministre !

Pas mal pour une cheffe dont le parti s’est effondré aux dernières élections européennes, pas plus tard qu’au début de juin…

Alors, que s’est-il passé ?

D’abord, Marine Tondelier a pris tout le monde par surprise, raconte Daniel Boy, directeur de recherche émérite à l’université Sciences Po, joint mardi à Paris. « On n’a pas du tout l’habitude de voir une écologiste arriver sur le champ national et prendre des initiatives », dit-il. Pour les médias, les écolos ont cette réputation d’être « un parti de Gaulois qui se querellent encore plus que les autres », ironise le chercheur, qui ne connaît pas personnellement la cheffe des Verts, même s’il a étudié le mouvement écologiste sur la scène politique française et européenne.

Donc, on n’attendait rien de Marine Tondelier. Et voilà que, lorsqu’on lui a donné la parole, elle s’est exprimée avec limpidité et conviction, sans céder à l’engueulade. Ça aussi, ça a étonné les observateurs.

On découvre quelqu’un qui a une qualité très rare en politique chez nous : elle est souriante. Elle est calme, elle garde son sang-froid, même si, au moment des élections, et surtout dans une situation incompréhensible comme celle qu’on vit aujourd’hui, ça devient verbalement très vif…

Daniel Boy, directeur de recherche émérite à l’université Sciences Po

Son sens de la répartie a été remarqué, tout comme ses arguments bien formulés, appuyés par des faits, des données pertinentes. Elle ne coupe pas la parole… et ne se laisse pas interrompre non plus. Et si ses attaques contre le RN étaient particulièrement virulentes, c’est aussi parce qu’elle connaît bien les dérives du parti d’extrême droite.

Marine Tondelier est entrée en politique en 2014 comme conseillère municipale de l’opposition dans la ville de Hénin-Beaumont, dans le nord de la France, dirigée par un maire du RN. « Un endroit extrêmement difficile, sur un terrain politique où on a en face de soi des gens qui ne sont pas exactement des tendres », dit M. Boy. « Je connais leurs valeurs, leurs méthodes dégueulasses », a-t-elle lancé dans un discours le 30 juin, après le premier tour. « Et j’ai appris trois choses : ne jamais baisser la tête, ne jamais baisser les yeux, ne jamais baisser les bras. »

PHOTO ABDUL SABOOR, ARCHIVES REUTERS

Marine Tondelier prononce un discours après le dévoilement des premiers résultats du second tour des élections législatives, dimanche.

Peut-être que cette carapace a permis à la cheffe écolo, à la tête des Verts depuis 2022, de se relever rapidement de la raclée subie aux élections européennes ? Après le déclenchement-surprise des législatives, elle aurait joué un rôle important pour rassembler le Parti socialiste (PS) et La France insoumise (LFI) et constituer le Nouveau Front populaire. Et après le premier tour, elle a promu le « front républicain » en incitant au retrait de candidats au profit des mieux placés pour battre l’extrême droite.

Rassembleuse, pondérée, persuasive… Ne sont-ce pas là des qualités d’une première ministre ?

Daniel Boy, malgré le portrait plutôt favorable qu’il vient de dresser, n’y croit pas trop. Marine Tondelier a l’expérience de la politique municipale, mais il lui manque une meilleure connaissance au niveau national. Et puis, rappelle M. Boy, les écolos ont un programme politique encore plus à gauche que celui des socialistes. Avec un président centriste, le fossé est important.

D’ici la fin de la semaine, le NFP doit faire connaître quel candidat il proposera au président Emmanuel Macron pour former un gouvernement. Mardi, le chef du Parti socialiste, Olivier Faure, s’est dit prêt à assumer ce rôle et à le faire « dans le dialogue » avec les écologistes et les insoumis.

Ce qui, déjà, ne va pas de soi en politique française, souligne Daniel Boy. Contrairement à la représentation proportionnelle, qui force les élus à trouver une position commune pour former un gouvernement, les Français sont habitués à un cadre binaire. « Et toute tentative de discussion qui sort du cadre binaire est considérée non pas comme un compromis, mais comme une embrouille… »

Qu’en pensez-vous ? Participez au dialogue