La conclusion du procès du meurtrier de Mme Nancy Michaud est trompeuse. Elle confirme qu'en matière de sentence, il y a justice et apparence de justice.

Pierre-Hugues Boisvenu

Le Canada a aboli au début des années 70 la peine de mort. À l'époque, j'étais un jeune diplômé universitaire et j'oeuvrais auprès de travailleurs en difficulté d'intégration du marché du travail, dont des criminels récemment libérés de prison. J'ai applaudi à cette décision du gouvernement Trudeau d'abolir la peine de mort.

 

Quarante ans plus tard, et surtout à la suite du meurtre crapuleux de ma fille aînée aux mains d'un récidiviste, je suis persuadé que les Canadiens se sont fait avoir par les politiciens. On disait à l'époque qu'il était plus humain de maintenir en vie un criminel que de le condamner à la potence et qu'il valait mieux remplacer cette sentence pour la réclusion à vie.

Dans les années 80, à la suite de l'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, une philosophie bizarre s'est installée sournoisement dans le système carcéral canadien: l'incarcération étant trop punitive pour les criminels, la réinsertion sociale a été privilégiée.

Toute la formation des criminologues dans les universités canadiennes et québécoises a été contaminée par le fantasme de la réhabilitation. Punir est mal, comprendre est bien et réhabiliter est l'antithèse de l'incarcération. Pendant 30 ans, ces «logues» ont été les nouveaux gestionnaires des systèmes carcéraux canadien et québécois. Ils ont mis tout en oeuvre pour faire en sorte que le séjour en prison d'un criminel soit le plus court possible.

Selon eux, seule la communauté peut réhabiliter un criminel. On a donc réduit les sentences au sixième de la peine, on a imposé des sentences dans la collectivité, des sentences avec sursis, on a compté le temps présentenciel en double, on a privilégié les sentences concurrentes... bref, le criminel est devenu la victime dans ce système de valeur. Cette tendance à victimiser les criminels parce que la justice leur a imposé de lourdes peines d'incarcération a connu son paroxysme dans nos systèmes canadien et québécois des libérations conditionnelles.

Parlons de la sentence de Francis Proulx, l'assassin de Mme Nancy Michaud: meurtre prémédité. Le juge a imposé une peine de 25 ans ferme sans possibilité de libération conditionnelle. C'est faux. Et c'est là que la justice ment. Proulx, comme tous les criminels au Canada auront droit après 15 ans de réclusion à une réouverture administrative de son dossier et il y aura examen pour vérifier s'il peut bénéficier d'une libération conditionnelle entre la 15e et la 25e année de sa sentence.

Que dire de la sentence de Sylvain Vincent, le meurtrier d'Yves Couture. Le juge lui a imposé une sentence de 13 ans sans possibilité de libération conditionnelle. C'est faux. Après quatre ans, ce criminel aura le droit à des privilèges qui lui seront accordés grâce aux pouvoirs du directeur de prison. Il pourra obtenir des congés temporaires pour visiter sa famille. Une libération conditionnelle temporaire sans que la Commission canadienne en sache un mot.

Voilà pourquoi nous affirmons qu'au Canada, il existe deux systèmes de justice: la Cour qui donne des peines relativement convenables, et le système carcéral qui les réduit sans que le public en sache un traître mot. Pire, ce système trompe le public en lui laissant croire que les sentences des juges seront exécutées, alors que ce n'est pas le cas.

À quand la dénonciation par nos juges de cette usurpation d'autorité? Quand verrons-nous des députés courageux et imputables s'élever contre ce vol de pouvoir?

Il est temps que notre système de justice soit transparent lorsqu'une sentence est annoncée et qu'elle soit exécutée selon les décisions de la magistrature et non d'une soi-disant philosophie bureaucratique.

L'auteur est le père de Julie Boisvenu, assassinée en 2002, et président de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues.