Dans un article paru dans La Presse le 12 mai, Djemila Benhabib s'en prend à la Fédération des femmes du Québec (FFQ) dont les membres ont voté contre l'interdiction du port des signes religieux ostentatoires par les employées de la fonction publique québécoise. Mme Benhabib y cite «l'alliance» entre la FFQ et certaines associations musulmanes locales, dont Présence musulmane Montréal (PMM).

Leila Bdeir

Évidemment, Présence musulmane Montréal appuie la position prise par la FFQ. Cependant, les membres de PPM présentes à l'assemblée extraordinaire de la FFQ s'y trouvaient à titre individuel. Elles étaient là aussi, et surtout, en tant que femmes, en tant que féministes et en tant que citoyennes québécoises dont l'avenir est indissociable de celui de la société. Accuser la FFQ, comme le fait Mme Benhabib, d'une «compromission avec des mouvements politiques des plus rétrogrades...» relève de la fumisterie.

 

Ainsi, traite-t-elle les membres de PMM présentes à Québec de «militantes islamistes». De tels propos témoignent d'une grande ignorance quant au travail de PMM, qui oeuvre sur le terrain social et politique québécois depuis plusieurs années maintenant.

Tel qu'indiqué sur notre site (www.presencemusulmane.org), PPM est un collectif de musulmanes et musulmans qui promeut une citoyenneté participative nourrie d'une compréhension contextualisée de l'islam et d'une identité ouverte, tout en cultivant un vivre-ensemble harmonieux dans notre société.

D'ailleurs, PMM s'est donné comme objectif prioritaire de susciter et de contribuer au dialogue, et de participer aux débats publics tout en prenant position sur les questions sociales et les problématiques touchant tant les Québécois de confession musulmane que la société québécoise dans son ensemble.

N'en déplaise à Mme Benhabib («... seule la propagande des femmes islamistes dominait...»), les voix des femmes musulmanes, associées à PMM et autres, étaient peu nombreuses à s'exprimer lors de cette assemblée extraordinaire. La grande majorité des interventions en faveur de la proposition de la FFQ venaient des femmes québécoises dites «de souche» et non pas de musulmanes.

Par ailleurs, comme elle le dit elle-même dans son article («Sur ce chapitre, heureusement que trois femmes iraniennes ont rappelé le cauchemar que vivent leurs compatriotes depuis l'imposition du voile islamique par Khomeiny et sa révolution islamique, en 1979.»), Mme Benhabib et plusieurs autres femmes qui s'opposent au port du foulard dans la fonction publique ont pris la parole à de nombreuses reprises afin de faire valoir leur point de vue.

Mais où est le vrai débat? Mme Benhabib voudra peut-être détourner notre attention en évoquant le spectre de l'islamisme. En effet, accuser une personne ou un groupe d' «islamisme» est devenu le moyen privilégié de taire tout débat: coupable!

Ainsi, Mme Benhabib s'emploie à cacher son mépris pour les femmes et les associations membres qui étaient présentes le 9 mai à l'assemblée de la Fédération des femmes du Québec en insinuant qu'elles ont été «dupées» par les «islamistes». Toutes les femmes qui ont voté en faveur de la proposition faite par le CA de la FFQ seraient-elles des autoaliénées, privées du libre-arbitre et à la solde de dangereuses extrémistes que sont les femmes musulmanes? Si la démarche n'était pas si insultante, elle serait totalement risible.

En effet, au lieu de reconnaître que la résolution adoptée par la FFQ est l'expression même de la liberté de conscience et de choix, des valeurs québécoises dont nous sommes tous et toutes si fiers, et un exercice profondément démocratique, Mme Benhabib s'en fait l'unique garante. Elle menace et insulte ainsi celles qui oeuvrent au nom de la réelle diversité, du respect et du vivre - et de l'agir - ensemble, du droit à l'emploi et à l'égalité devant la loi.

L'auteure est porte-parole de Présence musulmane Montréal.