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La guerre des boutons

Âgé de 21 ans, Karl Pépin est parti... (Photo fournie par la famille)

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Âgé de 21 ans, Karl Pépin est parti pour l'Afghanistan mercredi dernier. On le voit ici avec sa grand-mère, Louise Bureau.

Photo fournie par la famille

Louise Bureau

En 1961, le cinéaste français Yves Robert présentait son film La guerre des boutons. En 2009, le titre de ce film pourrait encore servir à présenter l'histoire des 200 jeunes, le visage encore marqué par l'acné, qui se sont envolés mercredi dernier vers l'Afghanistan. Mon petit-fils, âgé de 21 ans, fait partie de ceux-là.

À 19 ans, Karl décide qu'il veut acquérir de la discipline et préparer son avenir. Il s'enrôle donc dans les Forces armées canadiennes.

 

Après à peine 19 mois d'entraînement, il est déjà prêt à aller défendre les autres, se défendre, ou encore se battre, ou aller se faire tuer, dépendamment où il pose le pied ou sur quelle route passe leur véhicule «blindé».

Mais c'est son choix. Il est fier et certain qu'il ne lui arrivera rien de malheureux.

Le coeur serré, papa, maman, le frère aîné, la jeune soeur, pépé et mémé, nous sommes allés assister au grand départ à la base militaire de Valcartier. Arrivés sur place, on se rend dans un hangar. Sur les lieux, se trouvent un immense jeu gonflable pour petits, des tables de réfectoire, chaises pliantes, kiosque d'objets en vente, machines distributrices de boissons et chips.

Au mur, un écran géant, sur lequel est projeté le message, j'imagine de «bonne chance», du premier ministre Jean Charest et du ministre de la Défense nationale, Peter MacKay. Je dis bien «j'imagine», car nous avons eu droit à une projection muette. Aucun son. Image floue, et pas de représentant des deux gouvernements pour nous «consoler» ou nous rassurer.

Quant aux jeunes soldats, une soldate leur a donné les instructions sur le déroulement du départ. Encore là, nous n'entendions que des bribes de phrases perdues dans l'immense hangar de béton et de métal froid, inodore, incolore.

Bref, pas d'accueil, pas de chaleur et même pas de décorum. J'ai vu un petit de 4 ans s'incruster au pantalon camouflage de son père en pleurant et réclamant de ne pas partir. Une jeune maman nourrir de lait maternel et de larmes son bébé de 1 mois. Mais j'ai surtout vu ma famille étouffer de chagrin et mon «petit» prendre le chemin de la guerre, confiant et plein de belles promesses faites par ses dirigeants.

Aujourd'hui, je me remets de mes émotions, mais en garde un goût amer. Plein de questions trottent dans ma tête. N'y a-t-il pas un minimum de protocole militaire à suivre lors des départs de nos enfants? Les hauts gradés, les grands dirigeants politiques sont-ils à ce point indifférents pour ne pas venir les encourager et nous serrer la main?

Mais ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est pourquoi nous sommes en Afghanistan. Il y a des années et des années, les Anglais ont échoué, ensuite la Russie. Et maintenant, nous essayons de nous montrer les plus forts. Foutaise! Qu'on me donne une seule raison positive et valable d'aller sacrifier la vie de nos jeunes.

Bref, j'éprouve de la fierté d'avoir un petit-fils aussi courageux, mais de la colère envers ceux qui dorment confortablement et en sécurité rue Sussex.

L'auteure réside à Montréal.

 




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