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Pas une guerre «juste»

Un soldat du 22e Régiment fait le guet... (Photo Reuters)

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Un soldat du 22e Régiment fait le guet dans le district de  Panjawayi, dans le sud de l'Afghanistan, alors que marchent deux femmes vêtues d'une burqa.

Photo Reuters

Lundi dernier, la jeune soldate Karine Blais perdait la vie au nord de Kandahar. Il s'agissait du 117e militaire canadien à mourir depuis le début de la mission en Afghanistan. Rappelons que le gouvernement Harper a l'intention d'y laisser des troupes au moins jusqu'à 2011, c'est-à-dire après 10 années de présence canadienne. Accepterons-nous encore longtemps que des militaires canadiens risquent leur vie dans une des régions les plus dangereuses du monde? Le Canada n'est pas en mission de maintien de la paix en Afghanistan. Il est en guerre!

Utilisant la publicité de manière magistrale (à la télévision, mais aussi dans les écoles), notre propre gouvernement vend présentement cette guerre à de jeunes hommes et femmes en quête d'adrénaline. Joignez les Forces pour vous dépasser! Joignez les Forces pour apprendre un métier (ce qui n'est pas négligeable en temps de récession)! Joignez les Forces pour servir une cause juste!

 

Au fait, qu'est-ce qu'une guerre juste? Une guerre n'est-elle pas juste qu'aux yeux de l'envahisseur ou du vainqueur? N'est-elle pas juste qu'a posteriori, c'est-à-dire une fois l'Histoire écrite? Certains répondront que les plages ensanglantées de Normandie, en 1944, évoquaient le symbole suprême de la guerre juste. Soit. Mais il ne faudrait pas se cacher éternellement derrière l'argumentaire d'un autre siècle pour justifier les missions militaires contemporaines. Les défis et les menaces internationaux sont aujourd'hui d'un tout autre ordre.

Face à la possibilité de son extinction d'ici la fin du siècle, l'humanité doit définir une nouvelle forme de vivre-ensemble. Elle doit privilégier le tissage de liens de solidarité qui passent par la société civile (organisations non gouvernementales notamment), et non par l'imposition de présences militaires là où elles ne sont visiblement pas désirées.

Il ne faut pas confondre «guerre juste» et «guerre justifiée». Les gouvernements étatsunien et canadien justifient leur présence militaire en Afghanistan par les valeurs démocratiques et libérales qu'ils disent y importer. Selon cette rhétorique, des soldats canadiens perdraient leur vie au Moyen-Orient pour stabiliser la région, pour améliorer le statut des femmes afghanes, pour «aider» l'Afghanistan à s'organiser politiquement. Face à eux, se trouverait une population rétrograde et résistante, portant les germes du terrorisme islamiste. À en croire un tel discours, les soldats canadiens se trouveraient au centre d'une véritable mission civilisatrice.

Cette altération de la réalité est non seulement absurde, mais totalement malhonnête. Un gouvernement ne risque pas la vie de ses citoyens uniquement pour des valeurs et des principes, aussi nobles soient-ils. Il se bat d'abord et avant tout pour des raisons géopolitiques: l'accès et le contrôle de ressources, l'ouverture de nouveaux marchés, le renforcement de sa position sur l'échiquier politique mondial, l'augmentation de son influence sur d'autres gouvernements ou d'autres populations. Cela n'a rien à voir avec le statut de la femme ou la mise sur pied d'un système démocratique.

À cet effet, ces dernières semaines, les médias canadiens parlaient d'un immense recul de la condition féminine au sein des communautés chiites afghanes avec la promulgation d'un code de la famille sexiste, voire misogyne. Il s'agit d'une preuve flagrante que la justification de la présence canadienne en Afghanistan ne tient plus la route. À ce stade, de deux choses l'une: ou bien les Canadiens expliquent autrement leur présence en Afghanistan, ou bien ils quittent ce pays.

Cette mission canadienne va non seulement à l'encontre de toute élaboration d'un projet solidaire entre le Canada et un pays «en voie» de développement, mais elle participe à l'exacerbation des tensions entre l'Occident et le monde musulman. Elle prend des allures de projet néocolonialiste auquel il est urgent de s'opposer.

Daniel Landry

L'auteur est enseignant de sociologie au Collège Laflèche, à Trois-Rivières.

 




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