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La lutte contre la transmission du VIH sort perdante

M. Johnson Aziga a été déclaré coupable à Hamilton en Ontario d'un acte... (Photo: AFP)

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Mark A. Wainberg

M. Johnson Aziga a été déclaré coupable à Hamilton en Ontario d'un acte criminel pour avoir transmis le VIH à 11 femmes, dont deux d'entre elles sont mortes des suites de l'infection. Les preuves indiquent que M. Aziga n'aurait pas dévoilé son statut séropositif et aurait menti à ses partenaires en refusant d'utiliser un condom lors de leurs relations sexuelles.

Peu de gens n'applaudiront pas cette décision. Il est évident que M. Aziga est un homme horrible qui, selon la loi canadienne actuelle, devrait être emprisonné pour ses crimes. Mais, il faut comprendre qu'une telle démarche judiciaire ainsi que la volonté même de notre système de justice à débattre de ces cas, ne font qu'affaiblir la lutte globale contre la transmission du VIH.

Tout d'abord, les cas pour lesquels des poursuites judiciaires ont été entamées ont probablement causé plus de mal que de bien, même lorsqu'il a été possible de prouver que le virus avait été transmis volontairement. L'effet le plus néfaste de voir quelqu'un accusé d'avoir volontairement transmis le VIH est d'engendrer chez d'autres un motif significatif de dissuasion de subir un test de dépistage du VIH. Après tout, si l'on ne sait pas que l'on est séropositif, logiquement, on ne peut pas être accusé de l'avoir transmis. Ceci entraîne deux conséquences négatives importantes.

D'une part, moins nombreuses sont les personnes informées de leur statut séropositif, plus le virus se propage. Plusieurs études ont démontré que les personnes qui savent qu'elles sont séropositives n'auront généralement pas de comportements sexuels à haut risque, dans le but de protéger leurs partenaires. Toutefois, ce n'est pas le cas de celles qui ignorent leur statut. Il faut aussi souligner que de nombreuses études ont rapporte qu'environ 50% des nouvelles infections par le VIH sont attribuables aux personnes qui ont elles-mêmes été récemment infectées et ne sont pas au courant de leur statut, puisqu'elles n'ont jamais été testées. Cela s'explique, entre autres, par des niveaux extrêmement élevés de virus dans le sang et dans les liquides sexuels pendant six mois environ après la contraction du virus.

D'autre part, le délai à subir un test de dépistage peut signifier qu'une personne infectée par le VIH ne sera pas diagnostiquée avant plusieurs années, donnant ainsi au virus l'occasion de se multiplier pendant toute cette période et d'affaiblir de manière significative le système immunitaire. De là peuvent résulter diverses infections, certaines graves et ayant probablement pu être évitées si la personne avait reçu son diagnostic plus tôt et entrepris une thérapie anti-VIH. On croit actuellement que tarder à commencer une thérapie pourrait rendre une personne séropositive plus vulnérable au développement de certains cancers. Une autre conséquence sera que la prise en charge des cas d'infection du VIH deviendra plus cher.

Un autre avantage important de traiter l'infection plus précocement est que la thérapie permet de diminuer la quantité de virus dans le sang et dans les liquides sexuels, ce qui réduit le risque de transmission à l'occasion de relations sexuelles. En effet, certains groupes de recherche estiment même que les personnes dont la réplication virale est entièrement supprimée par le traitement n'ont plus besoin d'utiliser un condom ou un autre moyen de protection lorsqu'elles ont des relations sexuelles avec un ou une partenaire stable. Bien que les autorités de la santé n'aient pas endossé cette idée controversée, l'on reconnait les bienfaits de l'utilisation des médicaments anti-VIH sur la santé des personnes infectées ainsi que son apport important en prévention de la transmission du VIH et la santé publique.

Les énoncés ci-dessus représentent chacun de bons arguments en faveur du dépistage fréquent chez les individus plus susceptibles de contracter le VIH. Cependant, le risque d'être accusé d'avoir transmis un virus responsable d'une maladie mortelle, en plus des préjugés associés au statut de séropositif, pourrait avoir un effet dissuasif significatif en ce qui concerne la décision de subir le test de dépistage.

Il faut aussi constater que nous ne criminalisons pas les transmissions des autres virus et bactéries comme la gonorrhée, les virus herpétiques, et le virus de papillome humain lequel peut causer des cancers fatals chez les femmes. Donc, la criminalisation de la transmission du VIH est une exception.

Comment pouvons-nous résoudre ce problème tout en n'encourageant pas la promiscuité et le comportement sexuel à risque? Premièrement, nous devons reconnaitre que la criminalisation actuelle de la transmission du VIH ne sert en rien la cause et dissuade sans doute plusieurs personnes d'effectuer un test de dépistage, favorisant ainsi la transmission du VIH par des personnes qui ne savent pas qu'elles sont infectées. Nous devons également accepter le fait que s'engager dans des relations sexuelles implique une responsabilité personnelle de connaitre son partenaire plus en profondeur.

Enfin, ne confondons pas la question de dépistage du VIH et celle de la responsabilité personnelle lors de relations sexuelles entre personnes consentantes avec la question de la transmission du VIH par des violeurs ou autres criminels. Il est évident que les personnes qui agressent sexuellement d'autres individus et les forcent à avoir des rapports sexuels sans leur consentement doivent continuer d'être jugés et condamnés en vertu de la loi. Il faut probablement juger de la même façon toute personne qui jette du sang ou une seringue potentiellement contaminée sur une autre car son intention est probablement de lui faire du mal (nonobstant le peu de risque que court la personne ainsi agressée). Toutefois, l'agression constituerait le crime davantage que l'intention de transmettre le VIH.

La culpabilité de M. Aziga renforce l'idée qu'il est un homme malhonnête et irresponsable. Mais, une politique sage vis-à-vis de cette question devrait se baser sur les bénéfices de la santé publique et pas sur un désir de revanche.

L'auteur est directeur du centre sur le SIDA de l'Université McGill et de l'Hôpital juif de Montréal.




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