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Victimes de leur turpitude

Une bonne partie de la finance internationale est... (Archives Reuters)

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Une bonne partie de la finance internationale est tombée dans les filets de Bernard Madoff, ancien patron du NASDAQ et figure réputée de la finance new-yorkaise - qui apparaît ici dans une vidéo d'octobre 2007. Heureusement, les principales institutions du Québec semblent à l'abri de pertes importantes.

Archives Reuters

Daniel Paillé

Ouf! Nous l'avons échappé belle. Que ce soit au Québec ou au Canada, il semble bien que très peu d'épargnants, d'entreprises et d'institutions soient pris dans le scandale Madoff, évalué à plus 50 milliards de dollars.

Comment se peut-il que les grands financiers de ce monde aient pu se faire avoir par un tel subterfuge? Une simple pyramide? Simplement par incompétence et par appât de gains rapides, ou par manque de rigueur et d'incapacité à «dire non».

Ce scandale rappelle celui du début des années 90, quand Robert Maxwell avait charmé la Terre entière, y compris le Québec (n'a-t-il pas reçu des doctorats honorifiques de quelques-unes de nos universités?): même casting, même texte, même public, mêmes applaudissements nourris, mêmes tristes résultats.

Dans le cas de Bernard Madoff, deux notions fondamentales en finances ont été, de toute évidence, lourdement bafouées: la vérification diligente et la saine divulgation. Ces deux étapes, l'une avant l'investissement, l'autre pendant la vie de l'investissement, sont pourtant à la base de toute bonne affaire.

Étape fastidieuse

La vérification diligente est une étape fastidieuse et, de ce fait, trop souvent escamotée... mais combien nécessaire. Juste avant de débourser des sommes importantes, l'investisseur doit s'assurer de l'exactitude des prétentions du vendeur et constater empiriquement tous les faits. C'est à cette étape que l'on découvre un vice caché dans une maison, un odomètre tronqué dans le cas d'une automobile, ou des lunettes roses dans le cas des rendements financiers. Se fier à la réputation du promoteur ou tenir pour acquis que si d'autres ont investi avant nous c'est que cela doit être correct, sont des erreurs trop souvent commises... parce que l'on veut aller trop vite.

C'est ultimement à cette étape qu'il faut choisir et parfois savoir dire: «non merci». Souvent, les meilleurs placements sont ceux que l'on évite. Le dernier exemple contemporain est celui de BCE; ce que KPMG a fait pour les acquéreurs potentiels relève de ce genre d'exercice.

Quant à la divulgation, elle est devenue très populaire depuis l'initiative des pays du G20 qui, en novembre dernier, ont décidé de former des groupes de travail, notamment pour surveiller de semblables opérations quasi occultes.

Les investisseurs sont à toutes fins utiles dans le noir total sur l'utilisation de leurs avoirs et doivent souvent se contenter de bribes d'informations. Or, l'éthique commande aux intervenants d'être «full, true and plain», soit de donner toute l'information et qu'elle soit véridique et claire. Aujourd'hui, des victimes de M. Madoff affirment que certaines notes comptables étaient carrément illisibles, incompréhensibles et que même les rédacteurs peinaient à donner des explications. Or, ils ont continué à faire confiance... aveuglément. Une erreur majeure.

Ce scandale montre une fois de plus que la vérification diligente doit être davantage qu'une formalité. Bref, l'habit des grands financiers, si chic et attrayant soit-il, ne fait pas toujours le moine.

L'auteur est professeur de Finance et Éthique à HEC Montréal. Il a été ministre de l'Industrie et du Commerce du Québec, de 1994 à 1996. Il occupa aussi les fonctions de chef de la direction financière de plusieurs entreprises.




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