L'année 2008, au Québec, aura été marquée par l'immense succès des fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec, annonciateur d'un possible âge d'or pour notre ville. Cette réussite faisait suite aux inquiétudes identitaires soulevées par la commission Bouchard-Taylor.

Guy Laforest

Après avoir réfléchi intensément à leur histoire et à leur avenir, les Québécois viennent de vivre une campagne électorale fédérale où leurs choix risquent de peser pour beaucoup sur l'avenir du Canada. Dans la foulée de cette campagne, je vais revenir sur un débat qui fut au coeur des fêtes du 400e de Québec, à savoir l'interrogation sur le sens et le lieu de la fondation du Canada, pour ensuite faire le lien avec le contexte diplomatique du Sommet de la francophonie et nos prochains rendez-vous historiques.

 

Les fondations du Canada

Le premier ministre Stephen Harper avait dit, en 2007, devant le Parlement australien, que le Canada avait été fondé en français à Québec en 1608. Il n'est donc pas surprenant que le gouvernement qu'il dirige ait martelé ce thème lors des célébrations de l'été 2008. L'interprétation est-elle juste? Allant à l'essentiel, je dirais que M. Harper a repris une thèse cohérente de l'historiographie tant francophone qu'anglophone de ce pays, et qu'il a aussi reconnu que Québec, et l'ensemble du Québec, se retrouvent au coeur historique de l'expérience canadienne. (...)

Joie et fierté

Les fêtes du 400e de Québec ont été celles de la joie et de la fierté retrouvée, dans un esprit semblable à celui de l'Exposition universelle de Montréal en 1967. En reconnaissant le rôle historique du Québec dans la fondation et le développement du Canada, M. Harper a dit sa gratitude envers notre société. Cela n'est pas rien.

À cause de la mauvaise campagne menée par le Parti conservateur au Québec cet automne, on passera peut-être à côté d'une réalité, selon moi essentielle: les Québécois en 2008 ont le goût d'une vraie réconciliation avec le Canada, laquelle devra passer un jour par la reconnaissance de la distinction nationale québécoise dans le document légal qui compte le plus en ce pays, à savoir la Charte canadienne des droits et libertés.

Enfin, l'année 2009 sera une autre année historique pour notre ville et pour tout le Québec: le 250e anniversaire de la bataille des Plaines d'Abraham. En lieu et place d'une commémoration défaitiste, amère-mélancolique, nos gouvernements pourraient avoir l'audace de forcer le jeu, en définissant l'horizon d'une vraie réconciliation Québec-Canada.

Pour préparer les esprits à cela sur le front diplomatique, pourquoi ne pas inviter à Québec la France et la Grande-Bretagne, deux adversaires historiques réconciliés dans le projet européen? Et pourquoi ne pas inviter aussi les dirigeants de la République irlandaise, de l'Écosse et de l'Irlande du Nord, dont les fils et les filles ont beaucoup contribué à faire du Québec ce qu'il est aujourd'hui? En Irlande du Nord, les ennemis jurés d'hier gouvernent ensemble, ayant officiellement renoncé à la haine et au mépris comme principes de gouvernement. Au Québec et au Canada, nous avons besoin d'initiatives audacieuses pour ne pas laisser une campagne fédérale fielleuse imposer le ton à notre avenir politique.

L'auteur enseigne au département de science politique de l'Université Laval.