Ce commentaire est une réponse à la lettre d'opinion intitulée «Réveillez-vous!», publiée dans La Presse du vendredi 16 juillet. Cette lettre était signée par Grégoire Legault, un étudiant séjournant présentement en Chine.

Grégoire Diamant<BR><I>L'auteur étudie à la maîtrise en administration internationale à ÉNAP Montréal.</I> CYBERPRESSE

J'apprécie les esprits critiques, notamment ceux qui, par leurs voyages, enrichissent le débat. Je n'ai cependant pas pu rester indifférent devant cette lettre d'un jeune étudiant québécois installé en Chine, véritable charge à fond de train contre le Québec. Une critique à la fois incohérente et injuste, et qui, en définitive, n'apporte rien de constructif.

Commençons par déconstruire quelques mythes colportés par ce texte. «Le Québec est un État endetté incapable d'innover et de protéger nos intérêts.» La dette du Québec, bien réelle, n'est toutefois pas une calamité, contrairement à ce que certains prétendent. Pas plus tard que la semaine dernière, l'agence de notation de crédit Fitch (qui n'est pas réputée pour sa complaisance par rapport à la dette), a souligné la bonne gestion des finances publiques du Québec, et salué son économie «mature et diversifiée». Dans son analyse, l'agence a bien tenu compte du fait qu'une partie substantielle de la dette du Québec comprenait la dette d'Hydro-Québec (36 milliards). Or cette portion n'est pas néfaste pour les finances publiques parce qu'elle est «autosupportée» par d'importants actifs de production et de transport d'énergie. Bref, si le Québec est en effet endetté, sa dette est néanmoins gérable.

Il suffit d'ailleurs de se pencher sur le secteur de l'énergie, dans lequel le Québec a su développer une grande expertise, pour comprendre que la soi-disant incapacité d'innover de l'État est une accusation gratuite. En juin dernier, Hydro-Québec accueillait à Montréal le Congrès international de batteries lithium-ion. L'Institut de recherche d'Hydro-Québec (IREQ) est l'un des chefs de file mondiaux dans le développement de cette technologie, dont le succès des voitures électriques dépend. Ces innovations sont de toute première importance puisqu'elles sont intimement liées à la réduction des GES, l'un des plus grands enjeux mondiaux à l'heure actuelle.

Parlons maintenant éducation, car ici encore, les mythes sont tenaces. Par exemple, contrairement à la croyance populaire selon laquelle la littératie des Québécois serait l'une des plus basses en Occident, les statistiques indiquent plutôt que ces derniers font meilleure figure que les Américains et les Suisses, et affichent des résultats similaires aux Ontariens et Néo-Brunswickois.

Le Québec et la Chine

L'auteur de l'article que je critique ici est visiblement grisé par son expérience en Chine. Peut-on vraiment le lui reprocher? Les forêts de gratte-ciels qui poussent dans Pékin sont sans doute fort impressionnantes, de même que les ahurissantes installations olympiques et autres méga-projets urbains. Mais ce spectacle débridé cache le terrible destin de millions d'individus sacrifiés sur l'autel du «progrès», dépossédés de leur maison et de leur gagne-pain dans le mépris le plus total.

«Contrairement à la Chine, le Québec n'a rien à offrir à ses jeunes», écrit-il. Rien de plus faux. D'abord, de quels jeunes parle-t-on ici? De ceux dont les parents appartiennent déjà à l'élite économique de leur pays, ou de tous les jeunes? Si on parle de tous les jeunes, alors le Québec et le Canada offrent des perspectives très intéressantes. En effet, l'OCDE a publié en mars dernier les résultats d'une étude qu'elle a menée sur les variations de salaires entre générations d'une même famille. En d'autres termes, on a tenté de savoir dans quels pays un individu ayant grandi dans la pauvreté avait le plus de chance de s'en sortir. Les pays scandinaves, de même que le Canada et l'Australie, arrivent en tête de peloton, loin devant les États-Unis, et même devant la France.

Au-delà des perspectives purement économiques, le Québec, bien que résolument ancré dans la modernité, a néanmoins réussi à conserver sa singularité dans un monde qui tend vers l'homogénéisation culturelle. Malgré l'irrésistible aimant que constitue la langue anglaise dans le monde et plus spécialement sur ce continent, le Québec a su garantir à sa population la possibilité de vivre, d'apprendre et de travailler en français. Plus qu'une société tolérante, la société québécoise est ouverte d'esprit, et je suis convaincu que chacun peut y trouver sa place. Aux jeunes qui pensent qu'il n'y a pas d'avenir ici, je dis ceci: Réveillez-vous!