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Décrochage: le privé doit être un chef de file

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Sylvain Vincent

Jacques Ménard publiait la fin de semaine dernière un article expliquant pourquoi, à son avis, le décrochage scolaire était un drame humain et que sa lutte était quant à elle une affaire de coeur; je me permets ici d'y faire écho.

Dans d'autres articles déjà publiés, M. Ménard appelait déjà le monde des affaires à faire sa part afin de lutter adéquatement contre le décrochage scolaire. Ma présente intervention s'inscrit en ce sens. L'éducation est la clé de la prospérité, tant au niveau individuel et national que mondial. Selon certaines estimations gouvernementales, des études postsecondaires sont exigées pour deux emplois sur trois. Pourtant, au Québec, le taux de décrochage au secondaire a atteint un sommet sans précédent. Selon le Groupe d'action pour la persévérance et la réussite scolaire, 28 000 jeunes Québécois décrochent chaque année, ce qui coûte au gouvernement près de 2 milliards de dollars.

Au-delà des coûts mesurables, il y a aussi toute une série d'effets plus pernicieux qui ont une incidence sur la qualité de vie de milliers de nos concitoyens ainsi que de leur famille. Se faire dire non pour un emploi, se faire dire que l'on n'est pas qualifié, ne pas avoir les mêmes chances et ne pas sentir qu'on peut améliorer son sort dans la société, a des conséquences pour l'individu et c'est là le vrai drame humain du décrochage scolaire, comme le soulevait Jacques Ménard.

Si nous voulons que le Québec demeure concurrentiel au cours des prochaines années mais, surtout, si nous aimons nos enfants et voulons leur donner toutes les chances de faire leur place dans la société, nous devons renverser cette tendance et prendre des mesures concrètes pour trouver une solution au problème et nous assurer que la prochaine génération reçoive l'instruction dont elle a besoin pour réussir. Nous devons le faire maintenant, en nous attaquant entre autres à la question de l'accès à l'instruction, particulièrement pour les groupes à faibles revenus et sous-représentés.

Le gouvernement constitue une partie de la solution. Mais je crois que le secteur privé doit également assumer activement un rôle de chef de file qui va bien au-delà des simples dons et du financement de bourses d'études. Nous devons faire appel à notre énergie et à notre dynamisme innés ainsi qu'à notre capacité de générer des résultats afin que nos ressources soient investies dans le soutien aux programmes éducatifs du Québec.

À titre d'exemple, notre Société croit fermement au pouvoir du mentorat. C'est pourquoi nous travaillons activement avec des organismes qui se dévouent pour aider les élèves à réaliser leur potentiel sur le plan scolaire. Ainsi, nous nous sommes engagés à faire une différence, en combinant contributions financières et bénévolat pour appuyer les programmes éducatifs.

À Montréal, des gens de notre Société font du bénévolat dans le cadre d'un programme remarquable qui se nomme Passeport pour ma réussite. Lancé à Toronto en 2001 et à Verdun en 2007 par l'intermédiaire de l'organisme Toujours ensemble, le programme Passeport pour ma réussite aide des jeunes de milieux défavorisés à demeurer à l'école secondaire et à entreprendre des études postsecondaires.

Grâce à ce programme, nos bénévoles rencontrent des élèves du secondaire chaque semaine pour les conseiller et les guider dans tous les domaines de leurs études. Qui plus est, ils leur fournissent le soutien moral sans lequel il est si difficile de réussir à l'école et dans la vie.

Nous avons choisi de travailler en collaboration avec le programme Passeport pour ma réussite parce qu'il donne des résultats tangibles. Le programme a remporté un succès exceptionnel à Regent Park, le quartier de Toronto où il a été lancé, qui a vu son taux de décrochage dégringoler, passant de 56% à tout juste 10%. Les inscriptions au postsecondaire ont bondi de 20% à 82% et, fait incroyable, 90% des diplômés qui ont présenté une demande à un collège ou à une université ont vu leur demande acceptée.

Si Passeport pour ma réussite pouvait obtenir des résultats semblables à Montréal, ce serait un pas de géant pour dénouer la crise du décrochage. Mais ce n'est pas tout, car dès que le programme aura fait ses preuves à Verdun, nous souhaitons qu'il s'étende à d'autres quartiers qui en ont aussi grandement besoin.

Bien sûr, en raison du contexte économique difficile que nous connaissons, les sociétés sont à la recherche de façons de réduire leurs coûts. Mais la réduction des investissements dans nos collectivités et dans l'éducation ne constitue pas une solution. Plus que jamais, ces investissements sont essentiels pour assurer la prospérité future du Québec.

Le milieu des affaires a un rôle important à jouer afin d'édifier un Québec fort. Il doit déployer tous ses efforts pour se garantir l'accès à un important bassin de futurs talents, mais aussi éviter que se perpétue un environnement contre-productif souvent la cause de drames humains. Nous pouvons le faire en nous associant avec des organismes qui aident les jeunes à recevoir l'instruction à laquelle ils ont droit et que nous avons besoin qu'ils reçoivent.

C'est en unissant ses efforts que le monde des affaires pourra s'assurer que l'avenir brille vraiment au Québec, et ce, pour le bénéfice de tous ses concitoyens.

L'auteur est associé directeur d'Ernst & Young pour l'Est du Canada.




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