Nos politiciens ont beau nous captiver autant que la lecture du Publi-sac, il n'en demeure pas moins que l'un d'entre eux n'a pas manqué d'audace en déclenchant des élections anticipées. C'était à se demander si, en prenant ses distances d'avec Brian Mulroney après l'affaire Shreiber, Stephen Harper n'avait pas abdiqué toute activité cérébrale. Ses talents de stratège dépendaient-ils en bout de ligne de son illustre belle-mère ? Inimaginable il y a quelques semaines, la possibilité ou, selon les avis, la menace d'un gouvernement conservateur majoritaire est à nos portes.

Olivier Kaestlé

Du côté de nos voisins du Sud, plusieurs devaient sonner l'alerte à l'Alzheimer le jour où John McCain annonçait la nomination d'une parfaite inconnue en tant que colistière à la présidence américaine. Comme dans le cas de Barrak Obama, un premier discours magnétique et enflammé allait du jour au lendemain propulser une nouvelle venue sans expérience au rang d'incarnation ultime du changement, prophétisé cette fois par le sénateur de l'Arizona. On saluera au passage l'à-propos de ce dernier, qui clamait alors haut et fort sa volonté de mettre un terme au règne de ceux qui, à Washington, faisaient passer leurs intérêts avant ceux du peuple américain. Sa diatribe avait beau être celle que les Américains voulaient entendre, il n'en demeurait pas moins que McCain accusait sans vergogne de corruption les représentants au pouvoir de son propre parti.

Or, Sarah Palin, avec ses convictions militaristes, créationnistes et anti-avortement incarne-t-elle vraiment un changement de cap ? Aucun intérêt mercantile, qu'il soit pétrolier ou militaro-industriel, ne viendra entacher son image de fille du peuple ? Ses laudateurs voient en elle l'incarnation du rêve américain, la fille partie de rien qui grimpe un à un les échelons de la réussite sociale jusqu'à la présidence. Une femme ordinaire, la gouverneure de l'Alaska ? Rien n'est moins sûr.

Riche en gisements, l'état qu'elle dirige fait depuis des années l'objet d'un moratoire qui en restreint l'exploitation pétrolifère. Un congrès à majorité républicaine avait décrété cette mesure, invoquant la nécessité de préserver la réserve naturelle de l'Alaska. Des gens à l'esprit tordu ont malicieusement préféré voir dans ce geste une limitation de l'accès au pétrole, permettant aux grandes pétrolières de maintenir leurs taux. La crise énergétique vient toutefois de changer la donne, en mettant de la pression sur un congrès cette fois à majorité démocrate, et Palin a beau jeu de vouloir faire sauter les limitations.

En plus de servir les intérêts de son état, elle ne manquerait pas de se faire aimer du consommateur américain, qui verrait éventuellement le prix du gallon revenir peu à peu à un tarif raisonnable. Une telle perspective pourrait bien inciter l'électeur à l'indulgence devant les frasques réelles ou supposées de la possible vice-présidente. Sa fille, enceinte à 17 ans, gardera son enfant. Les rumeurs de trafic d'influence et d'adultère qui visent la colistière pourraient être imputées à des démocrates calomniateurs, bien que le Grand Old Party se soit toujours illustré comme champion incontesté dans ce genre de tactique. Et puis, ce qui retient l'attention plus que son passé ou ses compétences, Sarah est si sexy...