S'il existe un sujet compliqué et technique, c'est bien la réforme du mode de scrutin.

FRANÇOIS BÉRUBÉ

Pour la première fois depuis une trentaine d'années, le Québec n'a jamais été aussi proche d'une réforme de son système électoral en proposant une forme de scrutin proportionnel, tel qu'il en existe depuis très longtemps dans la majorité des pays démocratiques, dont les pays scandinaves.

La CAQ passerait ainsi à l'histoire, et les Québécois aussi, bons premiers en Amérique du Nord, s'ils adoptaient ce système. Toutefois, cette réforme doit encore franchir plusieurs étapes avant d'être adoptée. 

Rappelons les avantages de la proportionnelle dans les pays scandinaves pour se convaincre qu'il faut absolument avoir le courage de réformer le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour qui nous afflige depuis plus de 250 ans.

Un système ancestral basé sur la compétition et la partisanerie, qui fait peu de place à la délibération rationnelle. Un système qui fonctionne bien lorsqu'il n'existe que deux partis, ce qui n'est plus le cas à l'heure de la diversité politique et des réseaux sociaux. 

Nous ne sommes pas scandinaves et nous ne partageons pas la même culture, diront certains. Pourtant, nous partageons le même modèle de capitalisme social-démocrate, des programmes sociaux similaires, de faibles inégalités sociales, une langue distincte, un climat nordique, une population équivalente, et bien d'autres valeurs.

Mais nous ne partageons pas le même mode de scrutin. Nous ne partageons pas non plus les mêmes compétences civiques, soit, « la capacité des citoyens à comprendre la réalité politique ainsi qu'identifier les alternatives en matière de partis et de politiques publiques proposées » (Henry Milner, 2013)1. Ceci induit nécessairement une classe politique différente ainsi que des citoyens qui pensent et agissent différemment devant la chose politique. 

En principe, un système proportionnel, où chaque vote compte, favorise la formation de gouvernements qui adoptent des politiques en fonction des préférences de la population, d'où une plus grande cohésion sociale, une diminution du cynisme, une augmentation de la confiance envers les élus, une plus grande adhésion à la vie sociale, à l'effort collectif, aux valeurs démocratiques, bref, des ingrédients essentiels à de meilleures compétences civiques. 

Bien sûr, on peut se poser la question de l'oeuf ou la poule. Est-ce que ce sont les compétences civiques des Scandinaves qui les ont poussés à adopter un mode de scrutin proportionnel, ou est-ce la proportionnelle qui permet l'amélioration des compétences civiques ? On peut aussi se poser une autre question, peut-être moins angoissante et plus constructive : est-ce que notre mode de scrutin actuel contribue à l'amélioration des compétences civiques et à l'émergence d'une démocratie délibérative ? 

1 Paquin, Stéphane. Social-démocratie 2.1 - Le Québec comparé aux pays scandinaves, Presses de l'Université de Montréal