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Le dernier «burlesker»

J'accuse cette vedette de la télévision de fous... (Photo Olivier Jean, archives La Presse)

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J'accuse cette vedette de la télévision de fous rires incontrôlables, particulièrement ceux, mémorables, de Suzanne Lapointe, sa complice des Démons du midi.

Photo Olivier Jean, archives La Presse

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Robert Aird

Historien de l'humour, l'auteur a publié plusieurs ouvrages, dont Histoire politique du comique au Québec et Qu'en dis-tu Socrate, écrit avec Yves Trottier.

La carrière de Gilles Latulippe représente une page immense de notre histoire de l'humour. Elle débute en avril 1959 dans une pièce mise en scène par Paul Buissonneau, La Bande à Bonnot, pour se terminer en 2014, alors qu'il perpétuait la tradition du vaudeville avec son théâtre d'été à Drummondville. Seule la maladie pouvait arrêter ce grand comique, véritable réservoir de jokes.

Je retiens de Gilles Latulippe son attachement au théâtre burlesque et à ses comédiens comme Olivier Guimond, Juliette Pétrie ou Paul Berval. Du début du XXe siècle jusqu'aux années 1950, le genre burlesque dominait la scène au Québec. Le Théâtre National de Rose Ouellette (La Poune) faisait salle comble, sept jours sur sept, malgré le snobisme des bien-pensants. Le théâtre burlesque a survécu au cinéma et à la grande dépression.

Toutefois, la télévision qui fait son apparition dans les foyers, au cours des années 1950, est un coup dur pour le théâtre populaire. Déjà, les «burleskers», comme les appelaient Latulippe, avaient suivi leur public dans les cabarets. Gilles Latulippe apprend d'ailleurs son métier de comédien et de conteur dans ces lieux parfois peu recommandables devant un public distrait et bruyant.

Pour Latulippe et ses complices, les conditions de travail sont supérieures à la télévision. De 1963 à 1968, Latulippe joue donc dans l'émission Le Zoo du Capitaine Bonhomme à Télé-Métropole (TVA) avec notamment Michel Noël dans le rôle-titre et Olivier Guimond. Dès lors, il devient une vedette incontournable. L'émission est officiellement destinée aux enfants, mais les farces font autant rire les parents que leur progéniture, qui voit d'ailleurs le sens de quelques blagues leur échapper.

Le genre burlesque persiste donc, malgré la disparition des salles. Seulement, la grande particularité des comédies de vaudeville était le jeu librement improvisé, à partir d'un canevas sommaire. L'auditoire était partie prenante de la comédie, puisque l'acteur déterminait son jeu selon les réactions du public. Les burleskers déplorent les contraintes de la télévision et c'est pourquoi Latulippe fonde le Théâtre des Variétés en 1967. Il poursuit donc la tradition du théâtre burlesque.

Il sera confronté à l'inévitable manque de relève et devra altérer la formule, mais la mécanique que Latulippe sait bien huiler demeure similaire et les histoires obéissent sensiblement aux mêmes poncifs et mêmes ressorts dramatiques: renversement, quiproquo d'usage, répartie comique, situation loufoque ou chaotique mettant l'accent sur le jeu physique, jeu dynamique entre un comique et un faire-valoir, opposition du héros (antihéros) face à une autorité, etc. Latulippe incarne à merveille ce type de personnage jusqu'au cinéma, par exemple son rôle de Conrad dans Pousse, mais pousse égal (1974) de Denis Héroux.

Entre 1963 et 1993, chaque année, Latulippe a au moins une émission au petit écran. On peut même encore regarder en reprise les Symphorien (1970-1977) dans laquelle il interprète le concierge d'une maison de chambre ayant toujours une bonne histoire à raconter à son ami Éphrem (Fernand Gignac). J'accuse cette vedette de la télévision de fous rires incontrôlables, particulièrement ceux, mémorables, de Suzanne Lapointe, sa complice des Démons du midi (1987-1993).

Ce n'est pas seulement un artiste qui s'éteint, mais tout un passé dans l'art de faire rire. Le théâtre burlesque est confiné au théâtre d'été et l'humour est devenu plus «cérébral». Le conteur de jokes a été remplacé par le stand-up comic qui se raconte lui-même. Gilles Latulippe laisse toutefois une trace indélébile: son sens inné du spectacle, de l'humour, de la répartie, du punch et du timing qui demeure une condition sine qua non pour être un grand humoriste.




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