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Procréation assistée : quelle dérive?

Dans sa chronique du 29 avril («La dérive»), Lysiane Gagnon évoque l'ignorance... (Photo Thinkstock)

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Dans sa chronique du 29 avril («La dérive»), Lysiane Gagnon évoque l'ignorance dont souffrent les enfants qui ne connaissent pas leurs origines. En ce moment, toutefois, c'est l'ignorance de Mme Gagnon et d'autres chroniqueurs concernant les réalités homoparentales qui nous paraît plus problématique.

Le débat sur la procréation assistée est complexe, et s'il est légitime de remettre en question l'intervention de l'État ou la gestation par autrui, il est dangereux de recourir à des arguments simplistes. Selon Mme Gagnon, les hommes homosexuels n'ont qu'à adopter et les femmes n'ont qu'à demander à un ami de leur fournir du sperme. Ces raisonnements paraissent logiques quand on y pense deux secondes. Mais on ne devient pas parent en y réfléchissant deux secondes, justement.

Lorsque les couples homosexuels s'interrogent sur les moyens qui s'offrent à eux pour devenir parents, qui passent parfois par des ateliers d'information, ils réalisent bien souvent que les solutions simples qu'ils avaient considérées ne leur sont pas accessibles. Pour reprendre les exemples de Mme Gagnon, l'adoption internationale est interdite aux hommes gais, tandis que le processus d'adoption au Québec demande un détachement et comporte des risques que tous ne sont pas en mesure d'affronter.

Par ailleurs, si certaines femmes préfèrent «avoir recours aux bons services d'un ami fiable» pour «engendrer sans contact hétérosexuel», il reste néanmoins que d'autres, à l'instar des couples hétérosexuels, ont plutôt recours à une banque de sperme. Pourquoi l'inquiétude de Mme Gagnon quant à la question des origines ne se poserait que dans le cas des couples lesbiens?

D'autres éléments du texte de Mme Gagnon sont carrément erronés. Premièrement, les jumelles de M. Legendre pourront connaître leurs origines lorsqu'elles le désireront, avec peut-être plus d'acuité encore que des enfants nés dans un cadre traditionnel ou issus de l'adoption. Deuxièmement, «la production industrielle d'enfants-éprouvettes» est une fiction. Les enfants sont des enfants, peu importe leur mode de conception. Troisièmement, il n'y a pas de «droit à l'enfant» au Québec plus qu'ailleurs. Quatrièmement, l'État québécois n'a pas «financé l'embauche d'un ventre féminin». Cette dernière affirmation est une grossière erreur, puisqu'elle suppose que l'État a remboursé l'ensemble du processus, alors qu'il n'a assumé que les frais de fécondation in vitro. Cinquièmement, l'objectif du programme de procréation assistée n'est pas exclusivement de remédier à l'infertilité, mais surtout de prévenir les grossesses dangereuses.

Le texte de Mme Gagnon semble vouloir faire porter le poids du débat aux familles homoparentales, oubliant que la majorité des personnes qui ont recours à la procréation assistée sont des couples hétérosexuels infertiles. Bien que le cas d'espèce concerne un couple gai, nous trouvons curieux que tant d'accent soit mis sur la question de la parenté des homosexuels, alors que le débat concerne plutôt l'intervention de l'État et la légitimité du recours à la gestation par autrui.

Mona Greenbaum, directrice de la Coalition des familles homoparentales

Steve Foster, directeur général du Conseil québécois LGBT

Line Chamberland, titulaire de la Chaire de recherche sur l'homophobie, directrice de l'équipe Les jeunes de minorités sexuelles, professeure au Département de sexologie (UQAM), membre du Regroupement québécois des chercheures féministes (RéQEF)

Marie-France Bureau, professeure agrégée à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke, spécialiste en droit de la famille

Isabel Côté, professeure au département de travail social, Université du Québec en Outaouais

Robert Asselin, président de Gai Écoute

Martine Roy, présidente de la Fondation Émergence

Karol O'Brien, directrice générale du Centre de solidarité lesbienne (CSL)

Judith Lussier, journaliste indépendante

Réponse de Lysiane Gagnon

J'ai été parmi les tout premiers commentateurs à appuyer l'idée du mariage gai, à l'époque où cette question était très controversée et bien avant que le parlement légifère sur la question, comme en font foi les nombreuses chroniques que j'ai écrites à ce sujet. Je n'ai donc pas de leçon à recevoir concernant ma sensibilité à la condition homosexuelle.

Ma chronique de lundi portait sur la gestation pour autrui incluant le recours à l'achat d'ovules, une pratique que je ne juge pas plus acceptable quand elle est utilisée par des couples hétérosexuels. Mais comme Joël Legendre s'est lui-même mis en scène, le débat de l'heure tournait autour d'un couple gai et c'est évidemment sous cet angle que je l'ai abordé.

Des militants comme les signataires de cette lettre auront beau tenter d'occulter les graves problèmes éthiques posés par l'instrumentalisation du corps de la femme, on doit se demander si l'État doit légitimer, en assumant les frais de la fécondation in vitro, ce genre de pratiques dégradantes pour les « productrices d'ovules » et dangereuses pour les «mères» porteuses.

Pourquoi les auteurs de cette lettre prétendent-ils que les jumelles « pourront connaître leurs origines lorsqu'elles le désireront? ». Rien n'est plus faux. La mère biologique a vendu ses ovules sous le couvert de l'anonymat, et les deux hommes ont mélangé leur sperme dans le but explicite d'empêcher l'identification du père biologique; seul un test d'ADN pourra la dévoiler.

- Lysiane Gagnon




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