Quel rôle pour l'immigration?

L'immigration est ici pour rester. Il faut donc... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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L'immigration est ici pour rester. Il faut donc chercher à optimiser la contribution économique des immigrants.

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Gilles Grenier

L'auteur est professeur au département de science économique de l'Université d'Ottawa et membre du Groupe de recherche sur l'économie de l'immigration.

Le Québec reçoit plus de 50 000 immigrants par année et le Canada plus de 250 000. Quelle est l'incidence économique de cette immigration? Est-ce qu'elle contribue à accroître notre richesse ou, au contraire, constitue-t-elle un fardeau? La réponse n'est pas claire.

Les immigrants sont en général bien éduqués et ont un grand potentiel économique, mais leur performance sur le marché du travail est souvent décevante parce que l'éducation et l'expérience reçues à l'étranger ne sont pas toujours valorisées. Donc, il n'est pas évident à l'heure actuelle que l'immigration rapporte plus qu'elle ne coûte.

On dit souvent que l'économie a «besoin» d'immigrants pour combler les pénuries de main-d'oeuvre dues entre autres au vieillissement de la population. En fait, l'immigration n'aura pas beaucoup d'effet sur la structure d'âges. Le vieillissement va se poursuivre, avec ou sans immigration, et il va falloir y faire face. Plusieurs économistes ont tendance à penser que l'immigration a une incidence minime sur le bien-être économique. Bien sûr, une augmentation de la population accroît l'activité économique, mais le niveau de vie moyen n'est pas affecté par l'immigration.

Peu d'incidence

sur le bien-être économique

Si l'immigration a un effet assez petit sur l'économie, doit-on la réduire ou l'augmenter? Il y a des enjeux autres qu'économiques. Sur le plan humanitaire, les Canadiens et les Québécois désirent être accueillants, et c'est pour cela qu'on reçoit des réfugiés. De plus, comme il y a des communautés ethniques installées ici et que d'autres membres de ces communautés veulent venir, il serait difficile de les en empêcher. Le Canada est un pays riche et ne peut pas fermer ses portes. S'il le faisait, des immigrants viendraient quand même clandestinement.

Il y a aussi pour le Québec un enjeu politique à ne pas négliger. Dans le reste du Canada, il y a une sorte d'engouement en faveur de l'immigration qui est sans doute exagéré. Selon certains, les niveaux d'immigration actuels ne sont pas assez élevés et devraient être augmentés à plus de 350 000 par année, soit 1% de la population canadienne.

Au Québec, tout en étant ouvert à l'immigration, on n'a pas le même enthousiasme pour en augmenter les niveaux. Mais il y a une contrainte politique: le poids démographique du Québec va en diminuant et cette tendance va s'accentuer si on réduit l'immigration. Donc, le Québec n'a pas vraiment le choix et doit ajuster ses niveaux d'immigration plus ou moins en proportion de ce que fait le reste du Canada.

La particularité québécoise

L'immigration est ici pour rester, qu'elle ait ou non un effet sur l'économie. Il faut donc chercher à optimiser la contribution économique des immigrants. À cet égard, le Québec réussit moins bien que le reste du Canada dans l'intégration de ses immigrants, notamment dans l'accès à l'emploi.

Les contraintes sont différentes. Comme l'anglais est la langue internationale, le bassin de candidats qualifiés est plus grand dans le reste du Canada qu'au Québec. La connaissance du français est un critère qui limite les candidatures au Québec. Et même les immigrants qui connaissent le français s'aperçoivent qu'ils doivent aussi connaître l'anglais pour travailler à Montréal. L'intégration des immigrants est plus difficile au Québec qu'ailleurs.

Enfin, il faut noter que la Charte des valeurs que l'on propose constitue une complication supplémentaire. Les pays musulmans du Maghreb sont une source majeure d'immigrants parlant français. Si on rend le Québec moins attrayant pour eux, il faudra trouver des immigrants ailleurs qui sont moins susceptibles de connaître le français. Leur intégration sera d'autant plus difficile et certains décideront peut-être de s'en aller dans le reste du Canada.




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