Les régions et la charte

La question que les Québécois ne cessent de se poser est la suivante: pourquoi... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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Photo Martin Chamberland, archives La Presse

Jacques Duquette

L'auteur est un avocat à la retraite.

La question que les Québécois ne cessent de se poser est la suivante: pourquoi les gens des régions, qui ne côtoient que rarement des immigrés, appuient-ils massivement (69% chez les francophones, selon le dernier sondage de Léger) la Charte des valeurs québécoises, censée protéger l'identité de notre société devant cette immigration qui sévit dans les grands centres urbains?

Bien que je sois originaire de Montréal, y ayant passé toute ma jeunesse jusqu'à la fin de mes études, j'ai par la suite exercé ma profession pendant presque 40 ans dans la belle région de Chaudière-Appalaches. Aussi, je pense connaître un peu ces deux mondes. Parfois, quand je discute de cette Charte des valeurs avec mes amis, je dis, à la blague, que je suis à moitié Montréalais et à moitié «Hérouxvillois»

Pour expliquer cet appui à la Charte, certains ont parlé d'une plus grande religiosité chez les gens des régions, mais je pense que cette explication n'est pas significative.

Pour comprendre les différents motifs de cette attitude d'appui à la Charte, il faut d'abord poser le postulat que le citoyen d'une région la moindrement éloignée ne sait pas vraiment ce qui se passe dans les grandes villes. Non seulement il ne sait pas, mais à cause d'une information biaisée, il pense qu'il s'y passe des choses graves. Que les citoyens des grands centres urbains sont envahis par des immigrés, et qu'ils ont besoin d'aide, sous la forme d'un vote d'appui à la Charte.

Quand un ministre déclare le plus sérieusement du monde qu'il y a une crise, le simple citoyen, que celui-ci soit issu d'une région ou d'une grande ville, a tendance à le croire. Imaginez! C'est le gouvernement qui parle.

Mais, selon moi, la mauvaise information vient d'abord des médias. Elle est véhiculée surtout dans les bulletins de nouvelles de nos deux grandes chaînes de télévision. Le moindre incident relativement à un éventuel accommodement raisonnable prend dans les instants des proportions nationales. Nous pourrions en énumérer une longue liste, allant de la demande de changer les horaires des piscines publiques, jusqu'au tout dernier incident, la prière dans une garderie.

Quand ces bulletins de nouvelles parlent d'un vêtement, comme le voile, le tchador ou la burqa, on nous montre en boucle une rue, supposément de Montréal, remplie de femmes portant de longs vêtements noirs qui les cachent presque totalement. Une scène qui pourrait avoir été filmée en Iran ou en Arabie.

Les Québécois habitant en région pensent que les gens vivant dans les grands centres urbains sont en danger d'être envahis, et que toute la province doit apporter sa contribution en appuyant cette Charte des valeurs. Le citoyen ordinaire croit ce qu'on lui montre par cette fenêtre sur le monde que constitue pour lui l'écran de son téléviseur. Il faut le dire, peu de citoyens lisent les articles de fond et les éditoriaux des journaux, qui eux, essaient de rétablir les faits.

Le Montréalais a l'avantage de voir de ses yeux ce qui se passe réellement, et il ne trouve pas la situation préoccupante à ce point. Le reste de la province n'a pas cet avantage. Par solidarité pour ce Montréalais, et aussi pour tous les Québécois, qu'il croit en danger, il risque de voter aux prochaines élections pour le candidat qui prônera cette charte salvatrice.

Cela risque de changer profondément la carte électorale du Québec, au profit du parti politique qui a imaginé cette grave crise.




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